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Expulsion des sans-papiers

Hortefeux, le funeste bilan

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Qui aurait dit, il y a à peine quelques mois, qu’un ministre de la République s’enorgueillirait d’un bilan aussi macabre. 30 000 expulsions. Le compte n’est pas bon mais qu’à cela ne tienne. Pour complaire à son ami et patron de toujours, le bon ministre de l’Identité nationale et de l’Immigration gonfle les chiffres comme il le peut. 30 000 vies et destins brisés. 30 000 personnes qui ont croupis dans les centres de rétentions, dans les zones d’attente indignes d’un pays qui veut encore donner des leçons en matière de droits de l’Homme à la terre entière ! Parmi ces 30 000 expulsés, Brice Hortefeux compte-t-il les sans-papiers décédés lors des contrôles ? Dans ce décompte statistique, comment sont comptabilisés ce Tunisien de 41 ans mort d’une crise cardiaque dans le Centre de rétention de Vincennes le 21 juin ou le jeune congolais qui s’est jeté du deuxième étage de l’Hôtel de Police de Lyon, le 4 août ? Comment sont pris en compte Baba Traore, malien de 29 ans qui s’est jeté dans la Marne pour fuir les policiers, Chulan Zhang, Chinoise de 51 ans, qui s’est défenestrée à Paris, Elvis Akpas qui est tombé du septième étage en tentant de fuir la police, John Maïna, jeune kenyan de 19 ans qui s’est pendu à Meudon le 15 février 2008 en apprenant le rejet définitif de sa demande d’asile ? Et qu’est-il advenu de tous ceux qui se sont retrouvés à tout devoir recommencer dans leur pays d’origine ? De tous ceux-là, le ministre ne dit mot bien qu’il tente de draper son discours et son action dans le principe d’humanité. On ne peut que relayer les interrogations de la Cimade : « Où était son humanité lors de l’incendie du centre de rétention de Vincennes, le 22 juin 2008, au lendemain de la mort d’une personne retenue ? Conséquence de l’obsession des quotas d’expulsion, la révolte des sans-papiers retenus à Vincennes est le symbole de la détresse quotidienne infligée par l’Administration à des dizaines de milliers de migrants : la traque, la séparation des familles, l’incompréhension et l’injustice des décisions, l’indifférence froide d’une politique répressive appliquée mécaniquement par un appareil d’Etat contraint de le faire. Où est l’humanité de cette politique quand les exilés afghans ou irakiens dans le Calaisis sont livrés à eux-mêmes voire pourchassés par la police, tandis que les pouvoirs publics gênent voire interdisent aux associations humanitaires de leur apporter le minimum d’aide due à tout être humain ? »
La communication autour du chiffre lui-même révèle en outre les objectifs réels de ce ministère. Le chiffre derrière lequel disparaît toute réflexion, tout questionnement sur l’accueil, l’identité, l’intégration. Le chiffre pour rassurer la droite la plus extrême. Le chiffre pour faire peur aussi. Pour prouver au monde entier qu’il ne fait plus bon tenter l’aventure migratoire en France. Le chiffre pour seule politique. Le chiffre est devenu l’horizon indépassable d’un ministère qui ne fait pas honneur à la République.

Stéphane Fernandez

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