Débattre Plan d’austérité

Grèce, chair à spéculation

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Alors qu’un hold-up social se déroule en Grèce avec la bénédiction de l’Union européenne, quelques investisseurs aux prophéties autoréalisatrices sont en train de réaliser d’énormes profits. Le FMI applique ses recettes éculées, les dirigeants des pays européens laissent faire, et les hedge funds s’enrichissent en spéculant sur l’éclatement de l’euro.

La situation reste tendue en Grèce après les manifestations du 5 mai 2010, les plus importantes depuis le début du mouvement contre le plan d’austérité. Des affrontements avec la police ont eu lieu, des bâtiments ont été incendiées, notamment des banques. Trois personnes ont trouvé la mort dans ces incendies. Ce drame ne doit pas masquer le caractère massif de la mobilisation, même s’il sera bien évidemment instrumentalisé contre celle-ci. Pour autant la violence aveugle de quelques individus dans cette manifestation est à rapporter à la violence du plan d’austérité imposé aux Grecs, soutenu par les dirigeants socialistes grecs récemment élus. Le FMI de Dominique Strauss-Kahn n’a pas oublié les vieilles recettes des ultra-libéraux Chicago Boys :

• suppression de deux mois de salaire par an pour les fonctionnaires et de deux mois de pensions pour tous les retraités, baisse du salaire minimum,

• hausse de la TVA de deux points sur tous les produits et des taxes sur l’alcool, le tabac, le carburant,

• passage de 60 à 65 ans de l’âge de départ en retraite pour les femmes,

• passage de 37 à 40 annuités de cotisations, instauration d’un âge minimum de départ à la retraite à 60 ans,

• « réforme » du marché du travail, licenciements facilités,...

• privatisations dans les secteurs des transports et de l’énergie.

Ces mesures imposées par l’Union européenne et le FMI sont celles qui ont été appliquées en Amérique Latine ou en Asie, avec les échecs et les drames que l’on connait. Elles devraient être votées le 6 mai par le Parlement grec.

Quand la crise grecque profite aux hedges funds

Le peuple grec, trahi par ses dirigeants, est aussi la victime collatérale d’un pari boursier qui pourrait rapporter énormément d’argent à certains. Selon le Wall Street Journal, les dirigeants de plusieurs « hedge funds », lors d’un dîner au début du mois de février, ont fait le pari que l’euro chuterait jusqu’à atteindre la parité de un pour un face au dollar. Parmi les fonds représentés se trouvaient SAC Capital Advisors, Greenlight Capital et Soros Fund Management. Le patron de ce dernier, George Soros, a notamment mis en garde contre un « éclatement de l’euro » si l’Europe ne mettait pas ses finances en ordre. « C’est une opportunité... pour faire beaucoup d’argent », explique Hans Hufschmid, un haut dirigeant de GlobeOp Financial Services SA, administrateur de fonds spéculatifs à Londres et à New York.

Selon le Wall Street Journal, cette spéculation sur l’euro peut se révéler très lucrative : les fonds spéculatifs bénéficient d’un effet de levier leur permettant d’investir jusqu’à 20 fois leur mise. Ce qui signifie qu’une évolution de la situation de 5% en faveur du pari financier (ici la parité euro/dollar) permet de doubler la mise de l’investisseur. Vu la chute de l’euro depuis février [1], les investisseurs concernés ont déjà quadruplé leur mise.

Le coupable laisser-faire de l’Europe

Les dirigeants européens ont fait le choix de laisser leurs peuples aux mains des spéculateurs. Comme l’indiquait Martine Billard (Parti de Gauche) à l’Assemblée Nationale le 4 mai, « si la BCE [Banque Centrale Européenne] avait prêté tout de suite à 1 % à la Grèce, nous n’en serions pas là. L’article 123 du traité de Lisbonne permet d’intervenir en cas de circonstances qui échappent au contrôle du pays concerné. L’Eurogroupe a décidé que l’on n’était pas dans cette situation et donc que l’on ne pouvait pas utiliser cet article. Or il aurait très bien pu décider le contraire ». L’article 66 du traité de Lisbonne va également dans ce sens, évoquant des mesures de sauvegarde possibles, lorsque des mouvements de capitaux « causent ou menacent de causer des difficultés graves pour le fonctionnement de l’Union économique et monétaire » [2].

Les membres de l’Eurogroupe, c’est-à-dire les gouvernants des pays de la zone euro, peuvent bloquer cette spéculation. Mais ils laissent faire. Ils laissent l’Espagne et le Portugal se faire chahuter. Peut-être font-ils le pari que ce chantage financier aura raison de la mobilisation sociale grecque et européenne ? Car la violence du plan d’austérité qui vise la Grèce se veut aussi un signal adressé aux autres populations européennes. Seule la population grecque, médiatiquement méprisée, semble aujourd’hui refuser de devenir de la chair à spéculation.

Mathieu Javaux

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