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Forum de l’eau à Marseille : aidons les multinationales à boire la tasse !

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Suez, Veolia et la Banque mondiale ont rendez-vous cette semaine à Marseille pour un Forum mondial de l’eau. Leur objectif : tirer davantage profit de la crise mondiale de l’eau et des privatisations engagées depuis des décennies. Une dynamique qui commence à prendre l’eau, grâce à l’action de ceux qui se battent pour la reconquête de ce bien commun de l’humanité.

Du 12 au 17 mars, Marseille accueille la 6e édition du Forum mondial de l’eau (FME), organisé par le Conseil du même nom. Fondé notamment par Suez, Veolia et la Banque mondiale, ce Conseil mondial de l’eau, dont le siège est à Marseille, est dirigé par le PDG de la Société des eaux de Marseille. Comble de l’affaire, ce forum se tiendra au parc Chanot, concession de Veolia. De quoi faire de Marseille la capitale internationale de la privatisation de l’eau. Privatisation dont le monde entier reconnaît qu’elle a été inventée et généralisée en France. Veolia, Suez et Saur, trois des plus importantes multinationales de l’eau dans le monde, ne détiennent-elles pas 69 % de la distribution de l’eau et 55 % de son traitement en France ?

Imaginez donc un Forum international pour la paix dirigé et animé par les multinationales de l’armement qui dicteraient leurs résolutions aux États et aux institutions de l’ONU ! Impossible ? Non ! Veolia et Suez l’ont fait pour l’eau, s’arrogeant, avec le soutien des États, l’espace international de négociations autour de ce bien commun ! Et cela dure depuis quinze ans. Après Marrakech (1997), La Haye (2000), Kyoto (2003), Mexico (2006) et Istanbul (2009), voici Marseille. À chaque fois, y sont promues des mesures et recommandations qui renforcent les stratégies des grands groupes en leur permettant de tirer profit de la crise mondiale de l’eau.

Des milliers de communes reviennent à une gestion publique de l’eau

Mais l’édifice prend l’eau. Le FME a réservé la grande majorité des hôtels de Marseille. Au point qu’il est aujourd’hui impossible de trouver une chambre pour la période. Mais, au final, la majorité restera vide. Sur les 20 000 à 25 000 congressistes payants annoncés, ils sont aujourd’hui moins de 4 000 inscrits. C’est un échec. À 700 euros l’entrée, c’est aussi un terrible manque à gagner. Qui règlera la note ? Les finances publiques, qui ont déjà aligné 16,9 millions d’euros ? Certains prédisent un désastre. Nicolas Sarkozy, dont la présence était prévue de longue date, ne devrait même pas s’y rendre. Le FME est boudé et fui. Le FME est-il fini ?

L’édifice prend l’eau, car sous les coups de boutoir de mouvements, de personnalités et de quelques États, l’ONU a été replacée au centre du jeu. En juillet 2010, à la suite de l’exigence de la Bolivie, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution reconnaissant le droit à l’eau et à l’assainissement. L’exigence des mouvements aujourd’hui est que sa mise en œuvre progressive soit faite par l’ONU. Pour cela, un nombre important d’associations et d’organisations de la société civile réclament que l’ONU organise un Forum mondial sur l’eau en octobre 2014, hors du lobbying des multinationales.

L’édifice prend l’eau, car après Buenos Aires et Atlanta, ce sont Munich, Berlin et Paris – sans compter les milliers de communes dans le monde – qui sont revenus à une gestion publique de l’eau. Tendance confortée par la victoire du « non » en Italie, lors d’un référendum d’initiative populaire sur question de la privatisation de l’eau, en juin 2011. Partout sur la planète, des luttes pour la préservation de l’eau, pour l’accès à l’eau potable de qualité, et contre la mainmise d’intérêts privés sur une ressource essentielle à la vie, changent la donne.

Que dégagent Veolia et Suez !

L’édifice prend l’eau, enfin, parce que la légitimité du FME sera remise en cause par le Forum alternatif mondial de l’eau (Fame), qui se tiendra en parallèle à Marseille du 14 au 17 mars. Organisé par des mouvements de la société civile de très nombreux pays, et sans aucun soutien du gouvernement français, le Fame s’oppose au « processus de mondialisation capitaliste des services de l’eau et de l’assainissement ». Seront mises en exergue les pollutions de l’eau provoquées par l’extraction des ressources naturelles – dont les gaz et huiles de schiste – ou des complexes industriels, comme près d’El Salto au Mexique (voir ici). Seront également mises en avant et discutées les alternatives aux spoliations et mésusages de l’eau qui empêchent des centaines de millions de personnes d’avoir accès à de l’eau potable de qualité (voir ici pour une vidéo intitulée Du Nord au Sud, l’Amérique au fil de l’eau).

Le FME prend l’eau. Qu’il soit donc « occupé » ! Ou annulé ? Pas besoin d’un forum à la dérive qui s’échoue sur les récifs marseillais, venant obstruer la rade. Que dégagent donc Veolia, Suez et consorts ! Puisse l’eau, bien commun de l’humanité, s’extraire un peu plus des mailles serrées des filets des multinationales. Pour que Marseille ne résonne plus comme la capitale de la privatisation de l’eau, mais comme celle d’une étape essentielle de sa déprivatisation.

Maxime Combes

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