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Agrocarburants

Face à l’importation d’huile de palme, la FNSEA menace de bloquer les raffineries

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Va-t-on connaître une pénurie d’essence d’ici quelques jours ? La FNSEA, syndicat agricole majoritaire, annonce vouloir bloquer les raffineries et les sites de stockage pétrolier « dans toute la France » à partir du 10 juin. Dans le collimateur des agriculteurs : l’autorisation délivrée le 16 mai par la préfecture des Bouches-du-Rhône à la multinationale Total pour exploiter la « bio-raffinerie » de La Mède avec de l’huile de palme [1].

300 000 tonnes d’huile de palme devraient ainsi être importées chaque année sur ce site de la zone industrielle de l’étang de Berre. Selon la FNSEA, ces importations viendront directement concurrencer la filière colza et tournesol française. « L’ouverture de nos frontières aux prix bas, à des produits importés sans les mêmes contraintes que les nôtres, à des produits responsables de désastres écologiques, n’est pas une solution. C’est une erreur stratégique ! », dénonce le syndicat qui appelle à la mobilisation [2].

« Projet industriel destructeur »

« Ce n’est pas de gaieté de cœur que j’ai autorisé la raffinerie de la Mède à rouvrir », s’est défendu Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et solidaire, faisant valoir que la multinationale avait reçu le feu vert du précédent gouvernement pour cette conversion, en contrepartie du maintien de 450 emplois [3]. Sur les 500 000 tonnes de biodiesel produits chaque année à la Mède, son ministère aurait notamment obtenu l’engagement de Total « à limiter » le recours à l’huile de palme à 300 000 tonnes, le reste provenant d’huiles usagées et de graisses animales.

Un ratio mis en doute par l’association Les Amis de la Terre qui constate que cette limitation « est absente de l’autorisation officielle ». Greenpeace rappelle également que les agrocarburants produits à partir d’huile de palme « sont responsables de trois fois plus d’émissions de gaz à effet de serre que les carburants fossiles » et contribuent à une déforestation massive en Malaisie et en Indonésie. « Comment un ministre de la Transition Écologique et Solidaire peut-il ainsi servir de caution à un projet industriel destructeur pour les forêts et la biodiversité de notre planète ? », s’insurge l’ONG.

- Relire notre enquête : Crime environnemental : sur la piste de l’huile de palme

La vente d’armes prioritaire pour Matignon ?

« On est en train de s’organiser au niveau européen pour sortir de l’huile de palme et de la déforestation importée », a par ailleurs précisé Nicolas Hulot. Des négociations se tiennent cette semaine à Bruxelles entre la Commission et le Conseil européen, sur le renouvellement de la directive décidant de la part des énergies renouvelables dans les transports. Le 17 janvier dernier, les députés européens ont en effet voté la suppression de l’huile de palme dans les carburants d’ici à 2021.

Or, la France fait partie des États-membres opposés à cette interdiction. D’après une lettre adressée aux institutions européennes et relayée par Le Canard enchaîné, il semble que l’argument de la vente d’armes, et en particulier du Rafale, à la Malaisie soit entrée en ligne de compte dans la position du gouvernement français. La Malaisie aurait en effet mis ces contrats dans la balance...

« Je vais soutenir la position forte parce que je veux à terme qu’on sorte définitivement des agrocarburants et principalement de l’huile de palme, surtout celle faite sur le dos de la biodiversité », assure Nicolas Hulot. A défaut du soutien de Matignon, le ministre de la Transition écologique et solidaire pourra toujours s’appuyer sur la colère des céréaliers français...

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