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Copenhague

Face à l’enjeu climatique : « Mais où est passé le peuple ? »

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George Monbiot est britannique, journaliste et chroniqueur du quotidien The Guardian. Ce spécialiste des questions environnementales, auteur de plusieurs ouvrages, livre à Basta ! ses impressions sur le sommet de Copenhague et en dresse son bilan. Sans langue de bois aucune. Tout le monde en prend pour son grade, y compris les « opinions publiques ».

Quelle est votre opinion concernant les négociations jusqu’à présent ?

Pour être honnête, nous avons assisté à un fiasco complet. C’est absolument désespérant de voir tous ces pays qui se déchirent les uns les autres plutôt que de s’aider, comme cela aurait dû être le cas. Voir des pays qui produisent des propositions toujours plus faibles chaque jour, à mesure que le temps s’écoule… Certains pays ont pu adopter une position acceptable - le gouvernement britannique n’a pas été si mauvais que ça - mais l’Union européenne a tout simplement disparu de la surface de la Terre. Au cours des pourparlers de Kyoto en 1997, c’est l’Union européenne qui était la locomotive. Cette fois, elle est invisible. Que se passe t-il ? Le véritable héros des négociations semble être Lumumba Di-Aping, le délégué soudanais qui a vraiment poussé les nations riches à prêter attention à ce que la science recommande. Il est assez ironique que ce soit un représentant d’une des nations les plus pauvres du monde qui dise aux pays riches, qui ont commandé et payé la plupart des scientifiques, ce que dit réellement la science.

Etiez-vous plus optimiste au départ ?

Je n’ai jamais débordé d’optimisme à ce sujet. Je connaissais bien les contraintes existantes, notamment le fait que tout soit suspendu à la décision du Sénat américain, qui ne prendra probablement pas une décision qui reflète la gravité de la situation. Tant que le Sénat continuera de chanter, tout le reste sera lettre morte. Je dois dire que même mes perspectives les plus sombres ne rendent pas compte de l’inutilité de ces crétins qui sont très loin de produire quelque chose ressemblant à un accord raisonnable.

Le temps est-il venu de renouveler complètement le processus de négociations ?

Oui. Ce qui me frappe c’est le peu de choses qui ont changé en 150 ans. Les visages autour de la table sont différents. Des gens proviennent de beaucoup plus de pays du monde que lors des négociations avec les anciennes puissances européennes qui ont pris une carte du monde, tracé des lignes et se sont partagés la planète. Mais il n’y a pas de dialogue avec le peuple en dehors des gouvernements nationaux. Il n’y a aucun processus par lequel le peuple peut apporter ses points de vue dans le processus. Nous devons changer ce modèle. Les gouvernements nationaux assument un mandat pour parler au nom de tous les peuples du monde sans aucune référence à ceux-ci. Cela doit changer ! Le processus est corrompu, il est exclusif. Il y a un mur gigantesque entre ceux qui prétendent nous représenter et le peuple. Il n’est guère surprenant que ce processus n’ait rien produit de substantiel jusqu’à présent.

N’est-ce pas difficile pour les gouvernements de mettre en œuvre cet aspect « participatif », quand on sait que beaucoup des politiques proposées pourraient se révéler très impopulaires ?

C’est certainement l’un des problèmes. Certains gouvernements, et notamment celui du Royaume-Uni (dont je ne suis pas un supporter normalement), devancent, malheureusement, les opinions publiques. On a envie de croire que ce sont les gens qui poussent les gouvernements. Mais dans le cas britannique c’est le gouvernement qui tire les gens. Il dit : « Nous adoptons une position relativement ferme sur le changement climatique – elle ne va pas assez loin mais c’est une assez bonne position - parce que nous croyons que c’est la bonne chose à faire et parce que c’est ce que nos conseillers scientifiques nous conseillent de faire ». Or, nous ne voyons pas une vaste majorité de l’opinion publique réclamer de bonnes politiques climatiques sous peine de virer les gouvernements à la prochaine élection. Ce n’est tout simplement pas le cas, et c’est une véritable honte. Nous devrions voir des centaines de milliers de personnes dans les rues. Copenhague est la réunion la plus importante qui ait jamais eu lieu car il s’agit probablement du plus grand défi auquel l’humanité n’a jamais été confrontée… Mais où est passé le peuple ?

Supposons que tout le processus s’effondre, ou bien qu’il aboutisse à une déclaration faible. Comment le public peut-il davantage prendre conscience de l’enjeu, la société civile se rassembler et se concentrer une nouvelle fois sur la question ? N’y a-t-il pas un risque que les gens voient tout ceci comme une perte de temps après ces dernières semaines ?

C’est un danger réel ! Une fois l’excitation passée, le tapis rouge remballé, et les couverts rangés, alors les gens peuvent oublier et perdre leur élan, et les pourparlers perdre leur dynamique. Je crois que les gens vraiment déterminés à ce que des mesures soient prises doivent adopter une attitude beaucoup plus conflictuelle. Je souhaite voir une série d’actions directes conflictuelles et non violentes à travers le monde contre la plupart des industries à forte intensité de carbone, comme les mines de charbon, contre les entreprises qui exploitent les sables bitumineux, contre les raffineries de pétrole, contre les banques et les investisseurs qui permettent que de telles choses se produisent. Nous avons besoin de voir des gens qui amènent ça dans l’esprit du public. On parvient à cela plus efficacement en faisant des actions qu’en faisant des discours.

Quel type de liens voyez-vous entre les mouvements sociaux et les États-nations ?

Les Etats-nations doivent faire partie du processus. On doit trouver la manière dont la société civile et les citoyens pourraient apporter leurs points de vue et formuler leurs recommandations. C’est pourquoi je pense qu’il faudrait créer un parlement mondial, mais bien sûr, ce n’est pas entre aujourd’hui et la prochaine série de pourparlers que nous allons l’obtenir.

Recueillis par Ronack Monabay, dans le cadre des programmes Echanges et partenariats

Le blog (en anglais) de George Monbiot : http://www.monbiot.com/

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