Violences

Des réseaux d’extrême droite lourdement armés mis à jour en Italie et en Allemagne

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La police italienne a découvert un véritable arsenal au cours de perquisitions dans plusieurs locaux de groupes d’extrême droite, dans le Nord de l’Italie. Des fusils d’assaut, mitraillettes, armes de poings, baïonnettes, et des centaines de munitions ont été saisis. Les enquêteurs ont même mis la main sur un missile sol-air ou air-air, de fabrication française, en état de fonctionnement [1]. Des objets à la gloire du fascisme et du nazisme, de la propagande nazie, des croix gammées, ont également été saisis. Parmi les personnes arrêtées, figure un ancien candidat aux législatives de 2001 du parti néofasciste Forza Nuova.

Un mois plus tôt, la police allemande a elle-aussi démantelé un vaste réseau d’extrême droite, armé, et soupçonné de vouloir s’en prendre à des personnalités politiques locales. Le 12 juin dernier, la police criminelle de l’État-région du Mecklembourg-Poméranie, dans le nord-est, arrête quatre policiers et anciens policiers membres du commando spécial d’intervention des forces de l’ordre allemandes (Spezialeinsatzkommando). Ils sont soupçonnés d’avoir subtilisé des munitions depuis 2012, puis de les avoir livrées à des membres de groupes d’extrême droite à tendance survivaliste. 14 appartements et bureaux ont été perquisitionnés. Chez l’un des suspect, des dizaines de munitions ont été découvertes, ainsi qu’un pistolet mitrailleur [2].

Cela fait deux ans que la police, et des journalistes, allemands enquêtent sur cette affaire, en particulier sur deux hommes, un avocat et un ancien policier. « En août 2017, des perquisitions ont lieu chez les deux accusés et quatre témoins. En plus d’armes et de munitions, les enquêteurs trouvent une collection de données personnelles, des extraits de registres officiels, des recherches sur internet… », rapporte le quotidien la Taz le 17 juin dernier [3]. Les deux hommes avaient établi une liste de 29 personnes, des personnalités politiques de gauche et des activistes locaux, qu’ils envisageaient d’assassiner.

Une liste de 25 000 personnes auxquelles le réseau voulait s’en prendre

Il apparaît vite aux enquêteurs que les deux suspects sont liés à un réseau plus large, et que la liste des personnes que ce réseau souhaitait éliminer est elle aussi bien plus longue. L’avocat et l’ancien policier faisaient partie de groupes de discussions liés à la mouvance d’extrême droite. Les participants y préparaient un supposé « jour X », où l’ordre politique et social allemand s’effondrerait. Il échangeaient notamment sur un groupe Telegram appelé « Nordkreuz », administré par un soldat des forces spéciales, selon le quotidien Taz. Le groupe réunissait des personnes habitants les régions du nord-est de l’Allemagne, tout en étant relié à un réseau plus étendu, avec des groupes « sud », « est » et « ouest ». Le groupe « Nordkreuz » avait établi une liste de 25 000 cibles, principalement des élus locaux du SPD (parti social-démocrate), de Die Linke (gauche radicale), et du parti conservateur CDU (droite), ainsi que des militants engagés dans l’accueil des exilés.

Le réseau « Nordkreuz » comptait environ 30 personnes. « La plupart des membres de Nordkreuz, liés les uns aux autres par le service de messagerie, viennent du milieu de l’armée et de la police », rapporte la Taz. De fait, les réseaux allemands d’extrême droite séduisent au sein de la police et de l’armée. Parmi les 91 députés du parti d’extrême droite AfD (Alternative für Deutschland) au Bundestag, le parlement allemand, douze sont issus de l’armée, sept sont d’anciens policiers et quatre sont procureurs ou juges de profession. Sans oublier leurs collaborateurs parlementaires, dont une petite dizaine vient également de l’armée [4].

En juin, un élu local tué par un militant d’extrême droite

Les découvertes des dernières semaines inquiètent encore davantage depuis l’assassinat d’un élu local du parti conservateur CDU, Walter Lübke, le 2 juin. L’homme a été visé en raison de son engagement public en faveur de l’accueil des personnes réfugiées. Le principal suspect du meurtre, qui a reconnu les faits, est lui aussi issus des milieux d’extrême droite. Passé par les rangs du parti néonazi NPD, il a été condamné pour des faits de violences politiques à plusieurs reprises.

En 2009, le meurtrier avait participé à l’attaque d’une manifestation syndicale par des néonazis. Puis il a disparu des radars. Il est resté lié à un groupuscule raciste-nationaliste très ancien (créé en 1951 et appelé « Artgemeinschaft » [5]). Or, ce groupuscule, de moins de 200 membres, entretenait des liens avec la NSU (Nationalsozialistischer Untergrund), un groupe terroriste d’extrême droite qui a tué au moins neuf personnes issues de l’immigration et une policière entre 2000 et 2007. Le procès de la dernière membre encore en vie de ce groupe et de quatre complices s’est terminé il y a un an, le 11 juillet 2018 [6]. Il n’a manifestement pas mis un terme à la violence meurtrière d’extrême droite.

Photo : Lors d’une manifestation néonazi, le 20 avril, dans l’État de Rhénanie-Palatinat. CC Kai Schwerdt via Flickr.

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