Climat

Des milliers d’activistes occupent pendant deux jours la mine de charbon la plus polluante d’Europe

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Durant tout le week-end, quelque 4000 activistes venus de toute l’Europe ont investi le complexe minier de Garzweiler, dans le nord-ouest de l’Allemagne, bloquant sa production avant d’être évacués par la police. Le mouvement Ende Gelände organise des actions d’occupation des mines de charbon allemandes depuis plusieurs années. Avec l’émergence d’un nouveau mouvement climatique dans toute l’Europe, d’Extinction Rebellion aux Fridays for future, cette nouvelle action marque un tournant.

Ce vendredi 21 juin, 40 000 jeunes Européens sont venus manifester dans la ville allemande d’Aix-la-Chapelle à l’appel du mouvement Fridays for Future, qui fédère les mobilisations du vendredi pour sauver le climat. Des milliers activistes sont ensuite partis à quelques dizaines de kilomètres pour occuper le complexe minier de Garzweiler, près de Cologne. C’est là que l’organisation Ende Gelände a appelé à bloquer l’une des grandes mines de charbon à ciel ouvert du bassin rhénan.

Cette région où le groupe énergétique RWE exploite toujours du lignite, et le brûle dans ses centrales à charbon, émet la plus grande concentration de CO2 dans l’atmosphère de toute l’Europe. Par cette action de désobéissance civile, le mouvement demande l’arrêt immédiat de l’exploitation du charbon en Allemagne, et pas en 2038 comme l’a décidé la « commission charbon » mise en place l’année dernière par le gouvernement allemand, et qui a rendu ses conclusions en janvier dernier.

La mine de Garzweiler s’étend sur 43km2 et fait 200 mètres de profondeur. © Gilles Potte

Ende Gelände organise des opérations d’occupation des mines allemandes depuis 2015. Mais aujourd’hui, avec l’émergence de nouveaux mouvements climatiques comme Extinction Rebellion et Fridays for Future, l’action a pris une nouvelle ampleur. Parmi ces activistes climatiques, il y avait Alex, venu de Lausanne en Suisse. « Ça fait un an que je m’engage à fond pour le climat. Après avoir participé à différentes actions comme "Bloquons la République des pollueurs", venir ici, c’était un peu une suite logique », explique-t-il.

La production bloquée une dizaine d’heures

Alex fait partie de ceux qui ont pu pénétrer dans la mine de Garzweiler. Une mine qui s’étend sur 43 km² et creusée à plus de 200 mètres de profondeur. Après avoir en dévalé les pentes, des centaines d’activistes, cernés par la police, en ont occupé le fond, et réussi à en bloquer la production pendant une dizaine d’heures. « Quand tu entres dans cette mine, c’est un peu comme dans un rêve, c’est hors du temps. C’est à la fois horrible et magnifique », rapporte Alex.

À une vingtaine de kilomètres de la mine de lignite de Garzweiler, un camp climat est organisé pour accueillir les activistes de toute l’Europe. Sur place, l’autogestion est de mise. © Gilles Potte

Sopina est une étudiante allemande de 23 ans. Choquée par la taille de la mine de Garzweiler et de celle, voisine, de Hambach, elle a rejoint l’action pour la première fois. Inquiète pour l’environnement, elle a participé à différents types d’initiatives tout au long de l’année : diffusion de tracts, manifestations… Mais elle a l’impression « de tourner en rond comme un hamster dans sa roue ». C’est pour cela qu’elle s’est jointe à l’opération de ce week-end. L’étudiante a participé au blocage, pendant une trentaine d’heures, des rails de la voie d’approvisionnement en charbon de la centrale de Neurath, la deuxième plus grosse centrale à charbon d’Europe. Elle confie que c’était sa première action de désobéissance civile, et qu’elle s’est sentie extrêmement enthousiastes à l’idée de faire « quelque chose avec un résultat immédiat et de voir la puissance émanant d’une foule pacifique ». Les rails ont été bloqués pendant trente heures.

Lors de l’arrivée des activistes sur les rails un train est bloqué. Plusieurs dizaines de policiers le protègent et cernent les activistes. Une heure plus tard le train repart en marche arrière et la police annonce aux activistes : « Vous avez gagné, vous pouvez passer la nuit ici sans être évacué. »© Gilles Potte

L’année dernière, le mouvement Ende Gelände et 6000 de ses activistes avaient bloqué une voie de chemin de chemin de fer contre la destruction de la forêt de Hambach, destinée à disparaître pour laisser s’agrandir la mine attenante. La forêt a finalement été sauvée, au moins pour l’instant. Cette nouvelle action parviendra-t-elle à exercer une pression suffisante sur les autorités allemandes pour sortir le plus vite possible du charbon ?

Gilles Potte, avec Rachel Knaebel

Photos : © Gilles Potte

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