Extrêmes droites

En Allemagne, les députés de l’AfD emploient des assistants néo-nazis au Bundestag

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Depuis six mois, pour la première fois depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, un parti d’extrême droite siège au Parlement allemand. L’AfD (Alternative für Deutschlad) a récolté 12,6 % des voix aux élections de septembre et fait élire 92 députés au Bundestag (94 initialement, mais deux députés ont quitté le groupe). Comme tout groupe parlementaire, pour fonctionner, les députés d’extrême-droite emploient des centaines de collaborateurs, assistants parlementaires, porte-paroles… payés par sur fonds publics. De quels réseaux viennent-ils ? Combien d’entre-eux sont directement liés à des groupes clairement néo-nazis, violents, aux identitaires ? C’est la question que s’est posé le quotidien allemand Tageszeitung, la Taz [1].

Qu’ont ils trouvé ? D’abord d’anciens militants de partis conservateurs, comme le parti bavarois CSU ou le parti libéral FDP, et même d’anciens membres du parti pirate. Ils ont également identifié plusieurs dizaines militants – anciens ou actuels – et proches de mouvements aux positions encore bien plus extrêmes que l’AfD : groupuscules néo-nazis, fraternités étudiantes ultraconservatrices, rédacteurs de la presse d’extrême droite, et bien évidemment des participants du mouvement islamophobe et anti-migrants, proche de l’AfD, Pegida…

Masculinistes « tribalistes », groupe néo-nazi interdit, identitaires...

L’ancien directeur de l’Institut für Staatspolitik est par exemple l’assistant d’un député. Cet institut, basé dans l’est de l’Allemagne, édite une revue influente au sein de la mouvance idéologique d’extrême droite d’Outre-Rhin, Sezession, dirigée par l’un des orateurs phare de Pegida, Götz Kubitschek. L’institut organise aussi des conférences où se côtoient des identitaires, des masculinistes « tribalistes » états-uniens, qui prônent la violence et la domination virile et masculine comme mode d’organisation, d’anciens membres du parti néonazi allemand NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands), parti qui dispose d’élus dans plusieurs parlements régionaux…

L’une des têtes de file de l’AfD, Alexander Gauland, emploie même un ancien cadre d’un groupe néo-nazi interdit depuis 2009, « Jeunesse allemande fidèle à la patrie » (“Heimattreue Deutsche Jugend”). Le député René Springer, ancien soldat, travaille de son côté avec un collaborateur membre du mouvement identitaire. Le député Frank Pasemann emploie une ancienne candidate de l’organisation de jeunesse du parti néo-nazi NPD. Le député Stephan Protschka a recruté des assistants venus du mouvement identitaire et des fraternités étudiantes ultraconservatrices.

Un « lien entre les extrémistes de droite et le reste de la société »

L’un des assistants du député Andreas Mrosek est un ancien des “Kameradschaft”, ces groupuscules néo-nazi informels et violents, et a participé à une conférence du parti néofasciste italien Casa Pound. L’AfD a en outre largement recruté parmi les médias d’extrême droite du pays : au sein de l’hebdomadaire Junge Freiheit, du mensuel Compact, de blogs xénophobes, de la revue Blaue Narzisse [2].

Ce gratiné pool d’assistants parlementaires remplit une double fonction : « Les collaborateurs sont non seulement payés avec des fonds publics, mais ils ont aussi accès à des informations sensibles, sur le renseignement par exemple », explique la Taz. Par ailleurs, souligne le journal, « ce personnel fait le lien entre les extrémistes de droite et le reste de la société ». Ils fréquentent, dans les couloir du Bundestag, d’anciens militants des partis établis et démocratiques, d’anciens rédacteurs de journaux locaux ou d’agences de communication sans couleur politique. Autant de vecteurs possibles de néo-nazification.

En photo : Manifestant du parti néo-nazi NPD arborant un tee-shirt où il est écrit « Mon T-shirt est plus important qu’Israël », un modèle vendu en ligne sur un site d’extrême-droite, avec d’autres tee-shirts à la gloire d’anciens SS ou du parti néo-nazi grec Aube dorée... / CC Igor Netz

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