Poursuite-bâillon

Désistement de Chéritel : une victoire pour basta ! et la journaliste Inès Léraud

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Depuis un an et demi, basta ! fait l’objet d’une plainte en diffamation déposée par Jean Chéritel et l’une de ses sociétés agro-alimentaires, Chéritel Trégor Légumes. Cette plainte fait suite à notre enquête, réalisée par la journaliste Inès Léraud, sur les pratiques très particulières de l’entreprise et de son directeur : « Travail dissimulé, fraude sur les étiquettes : les multiples abus d’un groupe agro-industriel breton ».

Notre enquête racontait un recours massif au travail dissimulé, détaillait des fraudes « en quantité industrielle » sur l’étiquetage de fruits et légumes, et témoignait du « règne par la terreur » décrit par des salariés ayant travaillé au sein de l’entreprise. Les plaignants ont estimé dans leur plainte que l’enquête n’était pas sérieuse, ni prudente dans l’expression, donc diffamatoire.

Pour ces raisons, Jean Chéritel et sa société nous réclamaient respectivement 10 000 euros de dommages et intérêts, ainsi que le retrait des passages incriminés dans l’article publié en ligne. Le procès devait se dérouler ces 28 et 29 janvier, devant la 17ème chambre du TGI de Paris. Quelques jours avant l’audience, Chéritel a fait savoir qu’il se désistait.

Ce désistement démontre que la direction de Chéritel n’est pas en mesure de contredire sérieusement les informations révélées par basta !, et que l’enquête d’Inès Léraud s’appuie bien sur des témoignages dignes de foi et un travail journalistique rigoureux. L’entreprise a d’ailleurs déjà été condamnée pour plusieurs des faits évoqués dans l’article.

Ce désistement de dernière minute laisse penser qu’il s’agit, encore une fois, d’une « poursuite-bâillon », visant à entraver le travail d’information de médias, d’associations ou de lanceurs d’alertes sur les activités de groupes et intérêts privés. Ces poursuites, sans fondement, visent à dissuader les journalistes d’enquêter, en multipliant les pressions financières.

Cette poursuite judiciaire illustre également la difficulté de mettre en lumière les pratiques du secteur agro-industriel en Bretagne, bien au-delà du cas Chéritel : les pressions, les harcèlements, les campagnes de communications mensongères se multiplient à l’encontre des quelques journalistes qui s’intéressent de trop près aux activités néfastes, sur le plan social ou environnemental, de certains groupes agro-alimentaires. Suite à la publication de son enquête en bande-dessinée, Algues vertes, l’histoire interdite, Inès Léraud avait ainsi déjà fait l’objet d’une plainte en diffamation, retirée quelques jours avant le procès prévu. Sans oublier le prix payé par les salariés qui osent témoigner de certaines pratiques internes : souvent sanctionnés, parfois par des licenciements, ils sont pourtant des sources indispensables à tout travail journalistique.

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