Microcrédit

Des caisses d’épargne autogérées fleurissent au Mali

par

  • Ajouter
  • Imprimer
  • Partager sur Delicious
  • Partager sur Google+

Le malien Alou Keita gère un réseau de caisses villageoises qui finance des projets locaux grâce à l’épargne des migrants. Son ambition : concurrencer les transferts de fonds de type Western Union pour donner une valeur ajoutée aux transactions vers les pays d’origine et faire en sorte que l’argent arrive au cœur des communautés.

Photo : flickr

Basta ! : Comment fonctionne le réseau de caisses villageoises d’épargne et de crédit autogérées que vous dirigez au Mali ?

Les caisses villageoises d’épargne et de crédit autogérées permettent aux migrants d’ouvrir un compte et d’y déposer de l’argent, rémunéré à un taux annuel de 5%. Les caisses sont gérées par la communauté qui mobilise l’épargne et répartit le crédit sur la base de règles qu’elle définit elle-même de manière à n’écarter personne du crédit.

Historiquement, il s’agit d’un Centre d’appui à la microfinance et au développement (CAMIDE), créé en 1994 grâce à deux associations de Maliens vivant en France. Très vite, les demandes de fonds ont dépassé nos capacités d’encours de crédit. Nous avons donc eu l’idée d’associer l’épargne pour accroître notre portefeuille. Ce projet a un lien étroit avec les migrants. Dans le cercle de Kayes, où je vis, on ne peut pas entreprendre quelque chose sans impliquer les Maliens vivant en France. L’organisation sociale est basée sur leur apport. Le projet a été lancé en 1998, avec le soutien de l’Agence française de développement.

Quel montant d’épargne récoltez-vous ?

La première année, les villageois étaient sceptiques. Nous avons travaillé avec les associations, nous avons fait des animations et de la promotion autour de la caisse pour gagner leur confiance. Nous avons recruté 2.000 clients pour sept caisses. Parmi eux, 140 migrants avaient ouvert un compte. Nous avons immédiatement mobilisé beaucoup d’épargne : 200 millions de Francs CFA (environ 300.000 euros) pour les sept caisses.

Aujourd’hui, nous avons 70 caisses et nous sommes présents dans 70 villages, qui comptent entre 600 et 8.000 habitants. Nous regroupons 30.000 adhérents, dont environ 2.500 migrants, et nous collectons 2 milliards de francs CFA (environ 3 millions d’euros). Je ne pensais pas que la collecte de l’épargne nous permettrait d’avoir suffisamment de fonds pour financer des projets ! Nous sommes autonomes financièrement et certaines caisses ont plus d’argent que de besoin de crédit ! Cela permet de refinancer des caisses où il y a moins d’argent.

Que finance concrètement l’épargne des migrants ?

Avec les excédents des caisses, nous finançons des projets communautaires dans les villages : un moulin, une formation pour l’école, une étude sur la réalisation d’une route entre deux villages ou la construction d’une mosquée. Avec les crédits, nous aidons les habitants à exercer une activité économique. La caisse permet de développer des services qui n’existaient pas : nous avons, par exemple, financé des gens pour acheminer et vendre de la potasse, alors qu’avant les femmes devaient faire 50 km ou envoyer de l’argent pour aller en acheter. Nous développons les petits équipements, et soutenons l’agriculture. Avant, l’argent envoyé par les migrants finançait une économie de la consommation. Aujourd’hui, nous générons de l’activité sur place.

Quelle est la motivation des migrants pour placer leur argent dans vos caisses villageoises ?

La caisse est vue comme un outil de développement de leur village, où ils reviennent une fois tous les deux ans en moyenne. Par ailleurs, ce système permet à leurs parents restés au village d’avoir accès à des crédits, de mener une activité. Le système permet au migrant de prêter à ses proches via la caisse, ce qui est plus sécurisant. En effet, donner de l’argent directement à son parent ne garantit pas forcément qu’on sera remboursé. Tandis que si un migrant dépose son argent à la caisse et que son parent emprunte par ce biais, il a un contrat avec la communauté. Il est donc obligé de rembourser.

Vous souhaitez à présent gérer les transferts d’argent ?

Nous cherchons un partenariat avec une banque pour proposer un produit de transfert. Nous sommes en discussion en France avec la Banque d’Escompte. Au Mali, les migrants n’utilisent pas Western Union, car leur réseau ne va pas jusque dans les villages. Western Union s’arrête dans la grande ville. Les gens sont obligés de prendre les transports pour se rendre en ville et récupérer de l’argent, cela a un coût supplémentaire. Ou ils doivent faire appel au système de la “valise” qui pose des problèmes de discrétion – quand un migrant envoie de l’argent à sa femme, il n’a pas envie que son oncle ou son père sache combien ! – et de sécurité.

Le transfert d’argent doit arriver jusqu’au dernier kilomètre. Nous souhaitons acheminer l’argent de la grande ville au village, dans les caisses, où les clients pourront effectuer leur retrait au guichet.
En moyenne, le montant des transferts mensuels oscille entre 50 et 300 euros. Les migrants maliens, présents surtout en Île-de-France, sont principalement des ouvriers et gagnent aux alentours de 1.000 euros par mois. Nous réfléchissons à un coût de transfert minime, grâce à un principe de transferts groupés. Nous souhaitons qu’une partie de la commission revienne à la Camide pour financer les caisses et le développement local.

Recueillis par Elodie Bécu

En bref

Vidéos

  • Loi travail L’affaire du barrage forcé de Vitrolles : pour la première fois les principales victimes s’expriment face caméra

    Voir la vidéo

Voir toutes les vidéos