Répression

A la veille du couvre-feu, le gouvernement multiplie les expulsions de logements et de ZAD

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Une maison de quartier autogérée près de Nantes, des zones à défendre en Isère et dans l’estuaire de la Loire, des occupations de logements dans le Sud-Ouest : depuis quelques jours, les préfets multiplient les évacuations malgré la crise sanitaire.

Le « Village du peuple » situé à Donges, en Loire-Atlantique, a été expulsé le 15 octobre par la gendarmerie. Installés dans une ancienne ferme, les jeunes occupants refusent la bétonisation de 58 hectares de zone agricole pour un projet d’extension industrielle. A deux kilomètres se situe une autre zone à défendre, le Carnet, qui pour l’instant a échappé à l’évacuation.

Ces deux lieux de lutte sont différents mais se soutiennent et mobilisent ensemble contre la bétonisation de l’estuaire de la Loire. Au total, 110 hectares d’espaces naturel, dont 51 hectares de zone humide, ainsi qu’une bonne partie des 116 espèces animales et végétales protégées qui y vivent, risquent de disparaître sous le béton. Le Grand port maritime de Nantes-Saint-Nazaire envisage d’implanter un « parc écotechnologique » dédié aux énergies renouvelables (notre enquête). « La Zad du Carnet demande des soutiens importants sur place dès vendredi 16 octobre matin », font savoir les occupants sur leur site internet. Des chantiers de construction collective sont prévus ces 17 et 18 octobre.

Dans l’estuaire de la Loire, « on bétonne d’abord, on réfléchit après »

Évacuation d’une maison de quartier autogérée

Trois jours plus tôt, le 12 octobre, c’est le squat d’artistes dans la commune de Rezé, au sud de Nantes, et visé par un projet immobilier, qui est expulsé. Comme le rappelle le journaliste Sylvain Ernault, ce squat comprend des logements, deux bars, une salle de spectacle, divers ateliers d’artistes, ainsi que des activités associatives comme la réparation de vélo.

Les habitants de « La Commune » - référence au nom de la rue et à l’idéal communard - travaillent aussi avec des demandeurs d’asile tchadiens, occupant un bâtiment à proximité. Les recours en justice ont été épuisés il y a un an, ce qui n’a pas empêché la transformation de cet important ensemble en maison de quartier autogérée, possédant sa propre programmation d’événements culturels et militants. Le destin de « La Commune » n’est toutefois pas scellé. La ville de Rezé se propose d’acquérir cet ensemble pour qu’il échappe au promoteur immobilier.

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Expulsion de la Zad de Roybon en Isère

Le 13 octobre, les gendarmes ont procédé à l’expulsion de la zone à défendre de Roybon en Isère. Des militants occupaient la forêt de Chambaran depuis six ans, pour s’opposer à la construction d’un Center Parcs. Le projet touristique a été abandonné le 8 juillet dernier, mais des zadistes étaient restés sur le site. « Le juge a donné son accord le 5 octobre 2020, par trois ordonnances rendues en référé, souligne la préfecture de l’Isère dans un communiqué. Il a ainsi ordonné de faire cesser sans délai le “trouble manifestement illicite […] et le danger auquel ses occupants et les patients sont ainsi exposés”. » Cette expulsion a été saluée par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.

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Droit au Logement demande l’arrêt immédiat des expulsions en débutant dès maintenant la trêve hivernale

Le 14 octobre, deux autres occupations de logements ont été évacuées : l’une à Nantes avec une vingtaine de personnes se retrouvant « sans aucune solution de relogement et de prise en charge » [1], l’autre à Blagnac (Haute-Gironde) où 85 personnes, dont des enfants, vivaient depuis février. La préfecture de Haute-Gironde fait valoir le risque d’incendie et la ville de Blagnac avance de son côté la construction future d’une maison de retraite.

Alors qu’un couvre-feu doit être mis en place de 21h à 6h du matin dans huit métropoles à partir du 17 octobre, l’association Droit au Logement alerte : « La police va-t-elle dresser des procès verbaux contre les dizaines de milliers de sans-abris qui ne sont pas hébergés faute de place ? Pour toutes celles et ceux entassés dans des structures d’hébergement, des hôtels, des taudis, encore plus exposés au Covid dans des cluster potentiels ? Pour les dizaines de milliers de familles menacées d’expulsion sans relogement avant le début de la trêve hivernale et après, sachant que les dispositifs d’accueil sont saturés ? » L’association demande l’arrêt immédiat des expulsions et d’avancer le début de la trêve hivernale au 15 octobre, ainsi que la réquisition d’urgence des logements et locaux vacants.

Sophie Chapelle

Photo de une : expulsion du Village des peuples de Donges le 15 octobre, via le collectif Stop Carnet.

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