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Agriculture

Comment trois paysans, malgré le prix du foncier, ont pu créer leur exploitation bio en Île-de-France

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Le prix du foncier agricole freine nombre d’apprentis paysans qui souhaitent s’installer. Les terres sont-elles inexorablement vouées à l’agrandissement des exploitations existantes, toujours plus concentrées, quand elles ne sont pas bétonnées ? En Essonne, la détermination et la patience de quelques propriétaires ont permis trois nouvelles installations, dont deux avec le soutien du réseau Terre de liens qui appuie les nouveaux agriculteurs bio. Voici l’histoire de Thomas, Victor et Pierre-Nicolas, maraichers et éleveur de volaille, qui se partagent terres et bâtiments. Un reportage à Milly-la-Forêt, initialement publié par notre partenaire Transrural initiatives.

Cet article a été initialement publié par notre partenaire Transrural initiatives.

Le 22 septembre, les fermes biologiques de la plaine de Milly organisaient leur première fête paysanne avec Terre de liens Ile-de-France – un réseau d’accompagnement agricole et d’investissement solidaire – et les Amap locales (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne). Une journée festive pour marquer le coup après plusieurs installations. Ces installations de nouveaux paysans se font rares, du fait de l’artificialisation des terres et, surtout, de leur concentration. « Sur le million d’hectares à reprendre, en moyenne, chaque année en France, seuls 10% quittent la surface agricole utile, et ne sont donc plus voués à l’agriculture, rappelle le sociologue François Purseigle. Sur les 900 000 ha restant, 500 000 vont à l’installation et 400 000 servent à l’agrandissement d’autres exploitations. La concentration constitue l’un des freins majeurs à la reprise. » En Ile-de-France, les transmissions sont d’autant plus compliquées que le prix moyen de l’hectare libre est supérieur à 8000 euros, et que les exploitations comportent souvent de grands bâtiments.

Quand la famille Briand, installée à Milly-la-Forêt en maraîchage, cesse son activité en 2010, le devenir de leur exploitation – une vingtaine d’hectares et trois bâtiments – est plus qu’incertain. Huit ans plus tard, Thomas Roche et Victor Bello, maraîchers en fermage avec Terre de Liens, et Pierre-Nicolas Grisel, éleveur de volailles, sont installés sur l’ancienne ferme des Briand, en bio, sur une surface d’un peu plus de 5 ha avec un bâtiment chacun.

Racheter la ferme « représentait un budget énorme »

Au début des années 2010, Thomas travaille sur un hectare qu’il loue du côté de Montereau en Seine-et-Marne. Il cherche de nouvelles terres pour développer son projet de maraîchage bio diversifié en Amap. « Lorsque l’on a visité la ferme de Milly, la décision de vendre n’était pas encore définitive et portait sur la totalité de la ferme, ce qui représentait un budget énorme, se souvient Thomas. De fil en aiguille, on nous a proposé un lot de 2,5 ha avec un hangar. On a réfléchi, mais cet investissement nous aurait imposé de travailler sans droit à l’erreur pendant les 25 prochaines années. »

Thomas préfère alors étudier la possibilité de devenir fermier de Terre de liens et les années 2012 et 2013 sont consacrées au montage de l’opération. Pour Jean Pluvinage, administrateur de Terre de Liens Ile-de-France à cette époque, « cette acquisition était politiquement intéressante pour nous : c’est une belle plaine, il y avait déjà des agriculteurs en bio et un potentiel pour d’autres installations ».

Soutien inconditionnel des futurs consommateurs des produits de la ferme

Les propriétaires, sensibles à l’installation de nouveaux paysans, sont patients et l’acquisition est finalisée en 2014. Le 30 mars de cette année-là, Thomas entre dans les parcelles et livre ses premiers légumes en juillet 2014. « Cette installation a aussi été rendue possible par le soutien inconditionnel de nos Amap et par l’accueil de nos voisins », estime Thomas. L’année suivante, Victor Bello, salarié agricole francilien en recherche de foncier, se montre intéressé par le site de Milly et Terre de liens s’interroge sur une nouvelle acquisition sur la ferme des Briand.

Après des débats au sein du mouvement, Terre de liens tranche pour l’acquisition de la moitié des biens restant à vendre. « Nous avons eu beaucoup de chance de rencontrer Pierre-Nicolas Grisel qui était volontaire pour acquérir une partie de sa terre et un bâtiment », se remémore Jean Pluvinage. À cette époque, Pierre-Nicolas, ancien salarié du Groupement des agriculteurs biologiques d’Ile-de-France, cherche des terres dans la région.

Mutualisation et entraide

« Après plusieurs mois de veille foncière quotidienne et infructueuse, j’ai rencontré Victor en formation, il m’a parlé de Milly et je l’ai vu motivé, explique Pierre-Nicolas. Le prix d’achat de la ferme dans sa totalité était hors de portée, en revanche, en divisant en deux, cela devenait envisageable. » Les deux porteurs de projets étudient différentes options avec Terre de Liens. Finalement, ils créeront deux propriétés distinctes : une partie – quelque 5 ha et un bâtiment – rachetée par Terre de liens où Victor s’installe en 2017 en maraîchage et le reste – à peu près identique – acheté en propre par Pierre-Nicolas qui la même année monte son élevage de volailles.

« Nous mutualisons du matériel et la commercialisation et nous nous entraidons. Sur le terrain la coupure ne se voit pas, et heureusement ! », s’amuse Pierre-Nicolas. Aujourd’hui, l’avenir agricole de la plaine de Milly est assuré au moins pour les prochaines décennies.

Hélène Bustos (Transrural Initiatives)

Photo de une : © Terre de Liens

Terre de Liens souhaite créer un groupe local pour continuer à faire pousser des fermes sur ce territoire. Si vous habitez dans les environs de Milly-la-Forêt et êtes intéressé, contactez l’association francilienne idf(a)terredeliens.org (contact).

- La diffusion de cet article a reçu une aide de la Fondation Terre de Liens.

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