L’équipe de Basta ! s’engage à vous donner accès à des informations inédites, originales, étayées ; à des actualités qui ont du sens ; à des sources vérifiées ; à des analyses sérieuses. Nous diffusons une information d’intérêt général, accessible à tous, utile à l’indispensable transformation sociale, écologique et économique de notre société. Tout cela prend beaucoup de temps et nécessite de l’argent. Sans revenus publicitaires et sans actionnaires, nos ressources et notre indépendance dépendent de votre engagement dans cette aventure. Aidez-nous à atteindre le premier palier de 25 000 € afin que nous continuions à vous donner accès à des informations inédites.

Soutenez Basta Soutenez une information indépendante

Gauche

Après la primaire socialiste, comment en finir vraiment avec la « monarchie présidentielle »

par

  • Ajouter
  • Imprimer
  • Partager sur Delicious
  • Partager sur Google+

Avec la victoire de Benoît Hamon à la primaire socialiste ce 29 janvier, trois candidats de gauche incarneront donc lors de la présidentielle une rupture sociale, écologique et démocratique avec le néolibéralisme qui ronge lentement la société française. Et se disputeront un électorat en quête d’ « insoumission » et d’avenir « désirable » face à l’ordre existant... au risque de se neutraliser. Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon et Yannick Jadot proposent pourtant tous les trois d’en finir avec la monarchie présidentielle. S’ils sont sincères, il leur faudra d’abord surmonter une pesante contradiction : leurs divisions.

C’est donc une nouvelle gifle pour le quinquennat de François Hollande. Le président de la République avait renoncé à se représenter et à défendre son bilan. C’est désormais son premier ministre, celui du « virage social-libéral », qui a subi le désaveu de l’électorat de gauche. Près de 60 % des deux millions de participants à la primaire socialiste lui ont préféré Benoît Hamon, ancien ministre de l’Économie sociale et solidaire puis bref ministre de l’Éducation nationale avant de devenir l’un des chefs de file des frondeurs. Une énième sanction d’un quinquennat incapable de répondre aux grands défis du temps, et d’un président dont le très faible niveau de sympathie dans l’opinion est inversement proportionnel à la liste de ses échecs.

L’héritier direct du quinquennat sortant écarté, la gauche n’est pas pour autant sortie de l’ornière. L’extrême droite semble plus forte que jamais. La droite conservatrice banalise ses relents réactionnaires. Lors de son discours du 29 janvier à La Villette, François Fillon a répété 56 fois le mot « France ». Il n’a fait qu’une courte référence à l’écologie et au réchauffement climatique, et n’a pas prononcé une seule fois les mots « démocratie », « inégalité » ou « égalité ». Quant au terme « justice » il n’a été utilisé qu’une seule fois, pour qu’elle soit « ferme et rapide ». Questions de priorités… Face à eux, quatre candidats se disputent désormais l’électorat de gauche ou se qualifiant de progressiste. Et les choix qui s’offrent à nous, en tant qu’électeurs potentiels, sont loin de s’être clarifiés.

Le vainqueur du jour d’abord, Benoît Hamon. Sa victoire à la primaire socialiste repose en partie sur sa capacité à ouvrir le débat sur des idées nouvelles. Revenu universel, sénat citoyen, défense des « biens communs », loi anti-trust dans les médias comptent parmi de nombreuses autres propositions. Mais qu’adviendra-t-il de cette dynamique une fois que le camp du candidat socialiste sera rassemblé ? Ces idées iront-elles remplir les armoires poussiéreuses de la cave de Solférino au nom d’une nouvelle « synthèse » entre courants difficilement réconciliables ? Les dossiers « revenu universel » ou « sixième République » s’empileront-ils au dessus d’un discours oublié intitulé « mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance » ? Entre préserver ses propositions ou diluer son programme pour rallier notables du PS et membres du gouvernement Hollande, Benoît Hamon devra choisir.

Une partie de ses anciens camarades passeront probablement, avec armes, bagages et mandats électoraux, dans le camp d’Emmanuel Macron, censé rallier les « progressistes » de gauche comme de droite. Son programme politique reste, pour l’instant, aussi mystérieux que la dynamique sondagière qui le place en troisième position de la course présidentielle. L’ancien secrétaire général de l’Élysée et ex-ministre de l’Économie de Manuel Valls pourrait bien incarner, avec son mouvement En marche, un asile doré pour les tenants du « virage social-libéral » désavoué. Et plomber encore davantage les espoirs de « révolution » (le titre de son livre) qu’il prétend prôner. Au regard du parcours de plusieurs membres de son équipe et de ses récents soutiens, où l’on retrouve pléthore de cadres dirigeants de grandes entreprises, du milieu de la finance et de conseillers des élites en place, sa « marche » pour le renouveau semble déjà bien immobile. Le recyclage n’a pas que des vertus.

C’est aussi sur ce terrain que les partisans de Jean-Luc Mélenchon attendent de mettre à l’épreuve Benoît Hamon. Le candidat de La France insoumise dispose de la légitimité de s’être, le premier, opposé à François Hollande – Jean-Luc Mélenchon a quitté le PS en 2008 pour fonder le Parti de gauche. Reste que cette légitimité ne doit pas justifier une tentation isolationniste. Le candidat du Front de gauche en 2012 n’avait pas réussi à transformer son bon score – 11 % – en dynamique politique capable de véritablement peser, nationalement comme localement, et d’ouvrir de nouveaux horizons.

Lors de la présidentielle, Hamon et Mélenchon risquent de se neutraliser en divisant leur électorat potentiel. Yannick Jadot, le candidat écologiste, ne franchit pas, pour l’instant, la barre des 3 % des intentions de vote. Pour tous ces candidats qui souhaitent en finir avec « la monarchie présidentielle », le véritable enjeu réside peut-être dans les élections législatives qui suivront. Un pôle de gauche, s’appuyant sur un mouvement social revigoré, se construira-t-il pour être en mesure de peser à l’Assemblée nationale, d’empêcher des politiques rétrogrades, voire d’imposer des idées novatrices ? Ce pôle sera utile dans toutes les hypothèses où aucun des trois ne franchirait le second tour : en cas de victoire de Marine Le Pen ou de François Fillon, comme en cas de succès d’Emmanuel Macron.

Ailleurs, la gauche a commencé à entrer en ébullition. Les États-Unis connaissent un spectaculaire renouveau des mouvements sociaux, à peine Donald Trump investi. En Espagne, Podemos expérimente de nouvelles politiques et pratiques démocratiques à grande échelle, à Madrid où Barcelone conquise par des alliances citoyennes il y a deux ans. Au Portugal, socialistes, communistes, écologistes et gauche radicale tentent de gouverner ensemble pour éviter l’austérité néolibérale. Les gauches françaises resteront-elles au bord du chemin ?

Ivan du Roy

Photo : CC Photo : Nuit Debout, à Paris, le 16 avril 2016 / CC Olivier Ortelpa

En bref

Vidéos

  • Artisanat « Un métier n’est pas là pour vous emprisonner mais pour vous rendre libre »

    Voir la vidéo

Voir toutes les vidéos