Impunité

Chiapas : des paramilitaires impliqués dans un massacre remis en liberté

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Près de douze ans après le massacre d’une communauté indigène du Chiapas par des groupes paramilitaires, la Cour suprême de justice du Mexique vient d’ordonner la libération de vingt personnes condamnées pour ces actes. Ces remises en liberté ont été orchestrées par un organisme public mexicain, soutenu financièrement par la Fondation Hewlett et l’Open Society Institute du financier George Soros.

Photo : commémoration du massacre d’Acteal par les communautés locales (© Philippe Ruel)

Le 22 décembre 1997, dans la municipalité de Chenalho, 300 paramilitaires ont assassiné 45 indigènes tzotziles, des vieillards, des femmes, des enfants. Pour ce massacre, connu sous le nom de massacre d’Acteal, organisé et orchestré par les autorités de l’époque dans leur lutte contre le mouvement zapatiste, 80 personnes avaient été jugées et condamnées à des peines de 30 à 40 ans de prison. Selon les défenseurs des accusés, ceux-ci n’ont pas bénéficié d’un procès et d’un jugement équitable, ce qui n’est pas une surprise quand on se rappelle l’empressement avec laquelle le pouvoir avait jeté en pâture ces coupables (eux-mêmes indigènes, parfois de la même communauté) afin de faire oublier ses propres responsabilités.

En se basant sur ces arguments, le Centre de recherche et d’éducation supérieure (CIDE), un organisme dépendant du secrétariat de l’Éducation publique (SEP), vient donc d’obtenir la libération d’une vingtaine de personnes. La Cour suprême se prononcera très prochainement sur le sort d’une quarantaine d’autres accusés. Pour arriver à ses fins, le CIDE n’a pas regardé à la dépense : selon le quotidien mexicain La Jornada, l’organisme a dépensé près de 30 000 euros (551 560 pesos) pour la défense des personnes accusées. Plus de la moitié de ces fonds proviennent d’une aide de 15.000 euros de la Fondation Hewlett, du nom du cofondateur de l’entreprise Hewlett Packard, et d’un don de 2 500 euros de l’Open Society Institute, un institut fondé par le spéculateur George Soros. Au-delà du montage financier hétéroclite de cette opération de défense de justiciables massacreurs, il est intéressant de voir que les représentants du CIDE entreprennent ces actions afin de faire naître « un véritable état de droit » au Mexique. Les victimes du massacre d’Actéal et leurs proches qui attendent toujours que justice leur soit rendue apprécient sans doute tout l’intérêt d’une telle démarche !

En attendant, les représentants de la communauté de Chenalho, organisés au sein d’un mouvement local, Las Abejas (Les Abeilles), ont reçu l’appui du représentant du Haut commissaire des Nations unies pour les droits de l’Homme au Mexique, Alberto Brunori. Il demande au gouvernement mexicain une enquête précise, indépendante et impartiale concernant le massacre de 45 indigènes. Dans un communiqué officiel, il insiste pour que soit garanti « le droit individuel et collectif à connaître la vérité sur cette tuerie survenue le 22 décembre 1997 et que soient prises les mesures nécessaires pour que les familles obtiennent réparations ». Concernant la remise en liberté des accusés du massacre, le Haut-commissaire s’alarme de cette impunité : « Une des conséquences de la transgression des droits procéduriers par les autorités judiciaires, qui sont indispensables pour garantir un jugement juste, est que le massacre d’Acteal reste impuni, ce qui est inadmissible. »

Au Chiapas, alors que les rumeurs de refondation des groupes paramilitaires agitent sans cesse les communautés, la remise en liberté des responsables matériels du massacre pour des questions de forme et de procédure, inquiète au plus haut point les familles des victimes et constitue, pour les associations, une menace pour la paix.

Stéphane Fernandez

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