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Chaque Européen paie 114 euros par an pour la Politique agricole commune : que proposent les candidats ?

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C’est l’un des plus gros budgets de l’Union européenne. La Politique agricole commune est pourtant l’une des grandes oubliées du débat politique et médiatique. Doit-elle servir à soutenir le bio ou à financer l’épandage de pesticides ? Comment la réformer pour que ces subventions soient plus équitablement réparties, alors qu’une grande partie du monde agricole est en souffrance sociale ? Tour d’horizon de ce que proposent les candidats à l’élection européenne.

C’est l’une des grandes oubliées du débat politique et médiatique de ces élections européennes. C’est pourtant l’un des budgets européens les plus importants : 58 milliards d’euros par an – 38 % du budget – dont 9 milliards par an pour la France, sont dédiés à la Politique agricole commune (PAC) [1]. Chaque citoyenne et citoyen européen paie ainsi 114 euros par an pour soutenir l’agriculture. Où va donc cet argent, alors que près d’un tiers des agriculteurs vivent avec des revenus indignes ? Finance-t-il le développement du bio ou l’achat de pesticides ? Et que proposent les candidats en la matière ?

« Ceux qui exploitent beaucoup de terres, reçoivent beaucoup d’argent », rappellent les auteurs de L’Atlas de la PAC 2019. La majeure partie des subventions sont attribuées à la surface, contribuant à ce que ce soit les plus grandes exploitations qui en captent le plus. En moyenne, ces primes s’élèvent à 267 euros par hectare et par an dans toute l’UE. Toujours selon cet atlas, « 82 % des fonds de l’UE ne vont qu’à 20 % des bénéficiaires des aides ». Cette concentration des aides s’accompagne d’une disparition des fermes : entre 2003 et 2013, plus d’un quart des exploitations agricoles en Europe ont mis la clé sous la porte et vendu leurs surfaces à d’autres. Aujourd’hui, plus de la moitié des terres cultivées sont gérées par seulement 3 % d’exploitations !

- Lire à ce sujet : La moitié des terres en Europe est contrôlée par 3% de gros propriétaires

Flécher les aides aux agriculteurs en faveur d’une alimentation de qualité

Qu’en disent les candidats aux européennes ? Plusieurs partis de gauche (Europe Ecologie - Les Verts, France insoumise, Parti socialiste/Place publique/Nouvelle Donne) proposent de passer d’une politique agricole commune (PAC) à une politique agricole et alimentaire commune (PAAC). Au-delà des mots se dessine la priorité donnée à l’accompagnement vers une agriculture biologique et locale. EELV propose notamment de conditionner l’ensemble des aides d’investissement à un critère territorial afin de bannir le soutien à l’export et généraliser les plans alimentaires territoriaux. L’interdiction des pesticides et des nouveaux OGM figurent aussi dans la priorité des Verts.

La France insoumise recommande un transfert massif des subventions vers les petites exploitations et l’agriculture bio, un plafonnement des aides pour les grosses exploitations, ainsi qu’un renforcement des aides à la conversion vers la bio. Plus globalement, elle insiste sur le besoin de « rompre avec le droit de la concurrence actuel » pour pouvoir imposer 100% d’alimentation bio, locale et en proposant des repas végétariens, dans la restauration scolaire partout en Europe. Si l’UE refuse d’interdire le glyphosate ainsi que la culture et l’importation d’OGM, la France insoumise préconise que chaque État puisse « appliquer unilatéralement ces mesures, y compris vis-à-vis des importations en provenance d’autres pays de l’UE ».

- Lire notre enquête : Des cantines scolaires avec des repas 100% bio et locaux, c’est possible ?

La liste Envie d’Europe portée par Raphaël Glucksmann estime que « l’Europe a trop longtemps subventionné l’hectare et la production, elle doit désormais subventionner en priorité l’emploi et le producteur ». Elle demande notamment que 70 % du budget de cette nouvelle "PAAC" soit « alloué aux pratiques agricoles qui visent à l’abandon des pesticides et des engrais de synthèse ». Les socialistes proposent aussi une TVA à taux réduit sur les produits de l’agriculture biologique afin de les rendre plus accessibles et de contribuer à leur développement.

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Les hypocrisies de la République en marche et des Républicains sur le bio

La République en marche souligne que les aides seront « orientées en priorité vers les exploitations à taille humaine » et des « modèles propres et respectueux du bien-être animal », avec l’objectif de « doubler les surfaces en bio ». Pourtant, c’est sous le gouvernement d’Emmanuel Macron que l’Etat se désengage des aides au maintien de l’agriculture bio, comme nous le relatons dans cet article.

Les Républicains proposent également dans leur programme de « renforcer les aides à la conversion vers l’agriculture biologique ». Or, dans les régions passées à droite, les financements du bio et de l’agriculture paysanne ont été sabrés. En Auvergne-Rhône-Alpes, dirigée par le chef de parti LR Laurent Wauquiez, « toutes les structures dans le domaine de l’agriculture paysanne ont eu une baisse de financement ». L’association Solidarité Paysans, qui accompagne les paysans en difficulté, a subi par exemple une baisse de 20 % de ses financements en Rhône-Alpes. Terre de Liens, qui acquiert du foncier via l’épargne solidaire pour installer des paysans, doit réduire ses effectifs. L’Ardear, qui accompagne les paysans dans leur autonomie, a aussi été touchée.

- Lire notre enquête : Neige artificielle, tout voiture, abandon du bio... Comment la droite prend sa revanche sur l’écologie

Le Rassemblement national veut, lui, arrêter de contribuer à la PAC pour la remplacer par une « Politique agricole française ». Le parti assure vouloir « protéger l’agriculture française face à la concurrence déloyale » tout en favorisant « à l’international les richesses du terroir ». Si le RN communique allègrement sur le « localisme » et la détaxation des circuits courts, notre récente enquête montre que leurs élus à Bruxelles se sont systématiquement prononcés contre toutes les mesures de protection des travailleurs européens. Avis aux agriculteurs dont un tiers ont un revenu mensuel inférieur à 354 euros par mois, subventions européennes comprises.

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