Sauveteurs

Les soutiens et appels « à la résistance » se multiplient après l’emprisonnement de Carola Rackete en Italie

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La nuit du samedi 29 juin, Carola Rackete, capitaine du navire Sea Watch 3 affrété par une ONG allemande, est arrêtée par la police italienne. Elle vient d’accoster dans le port de Lampedusa, avec à bord 42 personnes secourues dans les eaux internationales au large de la Libye. Après 17 jours d’errance en mer, la capitaine de 31 ans a décidé d’entrer sans autorisation dans le port pour permettre une mise à l’abri des personnes.

Un appel à rassemblement ce 3 juillet à Paris

Elle est aujourd’hui poursuivie par la police et la justice italiennes. Elle est accusée de « résistance ou violence envers un navire de guerre », en l’occurrence une vedette de la police italienne qui tentait de l’empêcher d’accoster. Elle risque jusqu’à dix ans de prison. Carola Rackete a d’abord été placée en détention provisoire, avant qu’une magistrate italienne ordonne sa libération le 2 juillet, contre l’avis du procureur. Qualifiée de « criminelle » par le Premier ministre Matteo Salvini – qui a consacré à la capitaine allemande une vidéo de 20 minutes –, elle doit être expulsée d’Italie dans les jours qui viennent.

En soutien à Carola Rackete, à son équipage et contre la criminalisation des exilés et de leurs soutiens, un rassemblement est prévu à Paris ce mercredi 3 juillet, à 18 h, place de la Bataille de Stalingrad. « En niant le droit de ces personnes d’être secourues, l’Italie se rend complice de l’enfer qu’est devenue la Libye aujourd’hui pour les personnes exilées. En fermant les yeux et en se déresponsabilisant, la France se rend tout autant complice. En militarisant ses frontières et en déléguant l’accueil des personnes à des pays tiers, l’Union européenne est responsable du délitement de leurs droits », dénonce l’appel au rassemblement.

Banderole de soutien à Carola Rackete accrochée le 1er juillet à Paris (via le compte twitter @AccueilDeMerde

Des manifestations prévues samedi en Allemagne

En Allemagne, des manifestations de soutien sont prévues le samedi 6 juillet dans plus de 20 villes du pays à l’appel de l’organisation Seebrücke : « Aujourd’hui, une personne sur six qui tente la traversée de la Méditerranée s’y noie. Dans le même temps, les sauveteuses et sauveteurs en mer sont puni.e.s pour sauver de vies, déplore l’organisation. Depuis plus d’un an, Seebrücke se mobilise pour l’ouverture de voies de passages sécurisées en Méditerranée et pour l’accueil des exilés. « Du côté des États européens, nous faisons face à un manque total de solidarité et d’humanité : les personnes sont renvoyées dans des camps de torture en Libye, le sauvetage des vies humaines est activement empêché », explique l’appel. Un appel à dons pour financer la défense de Carola Rackete, lancé par deux présentateur de la télé allemande, a déjà récolté près d’un million d’euros.

Carola Rackete a aussi reçu le soutien explicite de plusieurs personnalités politiques allemandes, jusqu’au président – qui a un rôle essentiellement symbolique – Franz-Walter Steinmeier. Le ministre des Affaires étrangères, Heiko Maas, a demandé à l’Italie de libérer la jeune capitaine.

« Si l’Union européenne n’est pas en mesure de prendre ses responsabilités, nous le ferons »

Elle n’est pas la seule allemande poursuivie par l’Italie ou d’autres pays pour avoir sauvé des vies en mer Méditerranée. Pia Klemp, ancienne capitaine du navire Luventa, de l’ONG allemande Jugend Rettet, est elle aussi visée par la justice italienne. En août 2017, un parquet italien avait saisi le navire en invoquant un soupçon de collaboration avec des passeurs lors de trois opérations de sauvetage en 2016 et 2017. La capitaine risque aujourd’hui jusqu’à 20 ans de prison. En mai, le capitaine allemand de l’ONG Lifeline, Claus-Peter Reisch, a été condamné par la justice maltaise à payer une amende de 10 000 euros. Ce qui lui est reproché ? Un défaut dans la procédure d’enregistrement de son bateau. Il a fait appel.

Partout, les navires des ONG de sauvetage en Méditerranée font face à de plus en plus de difficultés, pour obtenir un pavillon de navigation pour leur navires, pour trouver un port où accoster après avoir secouru des personnes en mer. Partout, elles sont criminalisées, encore plus depuis l’arrivée au pouvoir en Italie du parti d’extrême droite de Matteo Salvini, la Ligue.

L’Union européenne joue aussi un rôle essentiel en voulant renforcer la coopération avec de fantomatiques autorités libyennes, et en y renvoyant les embarcations alors même qu’en Libye les personnes migrantes subissent torture et mauvais traitements. À cette situation, l’organisation allemande Seebrpücke répond par un appel à la résistance : « Aussi longtemps que l’UE et les gouvernements européens ne feront rien, nous serons ceux, nous, la société civile, qui résisterons et protégerons les droits humains, écrit-elle dans son appel à manifester samedi. Si l’Union européenne n’est pas en mesure de prendre ses responsabilités, nous le ferons. »

L’appel à rassemblement mercredi 3 juillet, 18 h, place de la Bataille de Stalingrad à Paris.

Photo : © Sea-Watch

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