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Brésil

Bolsonaro s’attaque aux fonctionnaires de gauche et aux populations indigènes

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Le 1er janvier, le nouveau président du Brésil Jair Bolsonaro a officiellement été investi lors d’une cérémonie au Planalto, le palais présidentiel, à Brasilia. Tout juste en poste, il a immédiatement décrété des mesures qui s’attaquent directement aux populations indigènes et aux droits des travailleurs. Le président d’extrême droite a ainsi décidé de transférer la compétence de la démarcation des terres indigènes au ministère de l’Agriculture. Cette démarcation était auparavant du ressort d’un organisme gouvernemental, la fondation nationale des indiens (Funai). Cette institution était chargée de cartographier et de protéger les terres traditionnellement habitées et utilisées par les communautés indigènes, qui comptent 900 000 personnes, selon l’ONG Survival International.

Fin de la protection des terres pour les communautés autochtones

Protégées, ce terres ne peuvent pas être accaparées par l’agrobusiness, ni soumises à la déforestation ou à l’extraction de minerais. Le transfert de la compétence au ministère de l’Agriculture représente donc une menace directe pour les populations indigènes : la nouvelle ministre de l’Agriculture, Tereza Cristina (l’une des deux seules femmes du gouvernement) est une fervente partisane des intérêts de l’agrobusiness. Elle était la tête de file du groupe des « ruralistes » – les gros propriétaires terriens – au Parlement brésilien, qui avait soutenu la candidature de Bolsonaro dès le premier tour des élections présidentielles d’octobre. Autant dire qu’aucune nouvelle démarcation de terres n’est à attendre sous cette législature.

Le droit à la terre des populations indigènes brésiliennes est garanti par la constitution de 1988, celle adoptée après la fin de la dictature militaire. « Si nous sommes les premiers à être attaqués, nous devons être les premiers à réagir. Si nous avons résisté jusqu’à maintenant, ce n’est pas maintenant que nous allons reculer », a réagi Sonia Guajajara, activiste indigène brésilienne, qui a été candidate à la vice-présidence en octobre pour le parti de gauche PSOL.

Réforme du droit du travail, réforme des retraites et privatisation

Le nouveau président a également entériné la suppression du ministère du Travail brésilien, ainsi que de celui de la Culture, qui ne feront donc plus partie des priorités [1]. Les compétences du ministère du Travail seront réparties entre le ministère de l’Économie et celui de la Justice. La politique culturelle sera du ressort du ministère de la Citoyenneté.

La revalorisation automatique du salaire minimum brésilien, mise en place par l’ancien président Lula en 2007, est également supprimée. Le 1er janvier, Jair Bolsonaro a signé un décret fixant le salaire minimum à 988 reais (233 euros) en 2019, soit moins que ce que le Parlement avait prévu lors du vote du budget. Le gouvernement prépare aussi de nouvelles réformes dérégulant le droit du travail, déjà entamées sous la présidence du néolibéral Michel Temer (qui avait pris la suite de Dilma Roussef après la destitution de celle-ci, en 2016) ainsi qu’une réforme du système de retraites. La privatisation totale d’Eletrobras, la compagnie nationale d’électricité, est également annoncée.

Nettoyage idéologique des administrations

Le premier ministre, Onyx Lorenzoni, a indiqué vouloir un « nettoyage » idéologique des administrations publiques. Objectif : en chasser tous les personnels soupçonnés d’être trop proche de la gauche. Il s’agit, selon lui de « dépétiser le Brésil », du nom du PT (Parti des travailleurs), le parti de l’ancien président Lula.

Ce « nettoyage » ne s’applique manifestement pas aux politiciens de droite impliqués dans des affaires de corruption, alors même que c’est en surfant sur la vague de la vaste opération anti-corruption lancée en 2014 que Bolsonaro est arrivé au pouvoir. Son premier ministre est lui-même accusé d’avoir bénéficié à deux reprises de financement illégaux de ses campagnes électorales, de la part de la multinationale agroalimentaire JBS, l’une des entreprises les plus mises en cause par les scandales de corruption. Cela ne dérange manifestement pas le président qui l’a confirmé à la tête de son gouvernement. Chef d’un gouvernement qui n’a jamais compté autant de militaires depuis la fin de la dictature, Bolsonaro a enfin déclaré qu’il libéraliserait le port d’arme par simple décret, sans passer par le Parlement. C’était une de ses promesses de campagne. Le pays connaît déjà l’un des taux d’homicides les plus élevés du monde [2] et est également l’un des endroits où défenseurs des droits humains et militants écologistes sont le plus assassinés. 63 880 homicides ont été commis au Brésil en 2017, soit 175 par jour.

Photo : Jair Bolsonaro et son chef de gouvernement, Onyx Lorenzoni / CC Senado Federal

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