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Liberté d’informer

Bolloré, la presse et les poursuites « homéopathiques » en diffamation

par , Ivan du Roy

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Jeudi 1er décembre se tenait l’audience en appel du procès intenté à Basta ! par Vincent Bolloré, qui s’estime diffamé par l’un de nos articles sur l’accaparement de terres dans les pays du Sud. C’est bien sûr son droit le plus élémentaire de porter plainte, mais ce procès pose une fois de plus la question de l’énergie déployée par le PDG du groupe Bolloré pour empêcher les médias de rendre compte de certaines de ses activités.

L’avocat de V. Bolloré a pourtant affirmé lors de l’audience que celui-ci ne poursuivait qu’à « dose homéopathique », et que s’il devait attaquer tous les propos diffamatoires à son encontre dans les médias, il faudrait « créer une chambre spéciale » au tribunal. Les échanges ont été assez tendus, l’avocat estimant que nous faisions « un travail de cochon »... En première instance, il avait affirmé que nous étions « la honte du journalisme ».

Débouté en première instance en avril dernier, Vincent Bolloré a fait appel de cette décision. Sa plainte cible notre site, mais également Rue89 qui avait cité notre article en revue de presse, ainsi que trois blogueurs – un professeur des écoles à la retraite, un ébéniste choqué par la procédure et une journaliste retraitée – qui ont publié un lien vers notre article et s’interrogeaient à juste titre sur ce qu’ils faisaient encore sur le banc des accusés ce 1er décembre. Ils ont demandé une indemnisation pour procédure abusive.

Le résultat de l’audience sera connu le 9 février. Mais le traitement « homéopathique » de Vincent Bolloré ne s’arrête pas là : il a déposé contre Basta ! une deuxième plainte en diffamation pour un court article que nous avons publié en 2014 pour rendre compte d’une rencontre entre le groupe Bolloré et des représentants de communautés rurales concernées par la question de l’accaparement des terres.

Homéopathie, toujours. Médiapart est également visé par une plainte en diffamation déposée par la Socfin (dont le groupe Bolloré est le principal actionnaire) et sa filiale camerounaise Socapalm (dont Vincent Bolloré est administrateur) suite à un article évoquant l’occupation de plantations d’huile de palme par des villageois et paysans camerounais. Également visée par une plainte similaire, l’association grenobloise React, qui avait pourtant servi d’intermédiaire pour ouvrir des négociations entre le groupe Bolloré et les associations de riverains de plantations (négociations dont nous avons rendu compte, ce qui nous vaut la deuxième plainte évoquée).

Homéopathie, encore. En juillet dernier, Vincent Bolloré a également assigné France 2 devant le Tribunal de Commerce de Paris après la rediffusion d’un « Complément d’enquête » consacré à Vincent Bolloré, dans lequel il est question des activités de la Socapalm. Dans cette procédure, il réclame 50 millions d’euros à France Télévisions. Lors d’une assemblée générale en juin, Vincent Bolloré a publiquement accusé l’auteur du documentaire, Tristan Waleckx, d’avoir truqué son enquête et le témoignage de deux travailleurs d’une plantation de palmiers à huile.

Il a également porté plainte devant le Tribunal de grande instance de Nanterre, contre la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, les journalistes Nicolas Poincaré et Tristan Waleckx, mais aussi les rédacteurs en chef Thomas Horeau et Clément Castex, le journaliste reporter d’images Matthieu Rénier qui a tourné les images sur place, et le monteur Mikael Bozoainsi. Il a également décidé de poursuivre France 2 devant le tribunal de Douala, capitale économique du Cameroun, où Delphine Ernotte, Nicolas Poincaré et Tristan Waleckx seront cités à comparaître en février prochain. Au Cameroun, où l’indépendance de la justice laisse à désirer selon Reporters sans frontières, la diffamation peut être punie six mois de prison ferme. Arrêt sur images s’interroge dans un article sur ces stratégies de contournement de la loi française sur la liberté de la presse.

A lire, les articles faisant le compte-rendu de l’audience du 1er décembre :

- La dépêche de l’AFP, reprise par TV5 Monde, Le Point, France 24, RTL, L’express...
- Médiapart, Bastamag contre Bolloré, ce « type formidable »
- Le Courrier de Genève, Bastamag de retour devant les juges
- Politis, Bolloré vs Bastamag : un procès en appel sous haute tension
- Reporterre, La brutale attaque de Bolloré en justice contre Basta et des sites internet
- La Télé libre [video] : Accaparement des Terres : Bolloré nie Toujours

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