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Au milieu des arbres et des oeuvres d’art, bienvenue dans un des premiers « cimetières naturels » de France

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Lasse d’utiliser des produits chimiques pour entretenir ses allées, et de constater la chute de fréquentation des tristes cimetières traditionnels, la ville de Niort (Deux-Sèvres) a décidé de créer un « cimetière naturel ». Les tombes, discrètes et non polluantes, sont placées au cœur d’un parc où la nature a sa place, et qui est entretenu de manière écologique. Une initiative réussie.

Cet article a initialement été publié dans le journal L’âge de faire (voir en dessous de l’article).

« Les gens se promènent, jouent, pique-niquent dans ces espaces qui sont verts et boisés. » Cela peut paraître étonnant, mais Ève-Marie Ferrer, paysagiste à la direction des espaces publics de Niort, évoque bien… des cimetières ! Et plus spécifiquement ceux des pays anglo-saxons. Car en France, surtout depuis les années 70, la tendance est inverse : les cimetières sont devenus des lieux d’utilisation intensive de produits phytosanitaires afin de faire disparaître tout brin d’herbe. Même les arbres ont souvent disparu, pour donner des lieux entièrement minéraux, à l’exception des fleurs coupées posées sur les tombes. Aujourd’hui, si cette esthétique austère essuie de plus en plus de critiques, les alternatives restent rares dans l’Hexagone [1]. La ville de Niort (60 000 habitants), dans les Deux-Sèvres, fait ainsi figure d’exemple.

« Une ambiance de sous-bois »

Au cimetière naturel de Souché, « on est vraiment dans une ambiance de sous-bois, très apaisante. Des gens viennent même s’ils n’ont pas de proches inhumés ici », témoigne Amanda Clot, responsable du service cimetières à la mairie. Ouvert depuis 2014, ce site d’un nouveau genre en France s’étend sur 4 000 m2. Dominique Bodin, le précédent responsable du service, n’appréciait pas l’évolution de ces lieux de mémoire. Il avait d’ailleurs remarqué que les visiteurs y étaient de moins en moins nombreux. Il a donc imaginé un lieu moins gris, plus accueillant et plus vert. La volonté était aussi de diminuer l’empreinte écologique de nos pratiques mortuaires : cercueil en bois massif, pierres tombales souvent importées d’Asie ou d’Inde, caveaux en ciment, produits chimiques utilisés pour la conservation des corps… « On sentait dans le même temps une volonté de plus en plus marquée de revenir à une forme de simplicité », note Amanda Clot.

En 2010, Dominique Bodin fait valoir son point de vue auprès de Geneviève Gaillard, la maire (PS) nouvellement élue. Celle-ci lui donne carte blanche pour mener à bien son projet en s’entourant d’une petite équipe d’agents municipaux. Le choix du terrain, appartenant à la mairie, ne fait pas débat. D’abord parce que celui-ci jouxte le cimetière traditionnel. Mais aussi parce qu’il a été laissé en friche et comporte donc de grands arbres. « On a composé le lieu en partant de l’existant, c’est-à- dire en contournant ces vieux arbres. Nous avons fait en sorte de tous les garder », explique Ève-Marie Ferrer. Seule l’allée principale est renforcée par du gravier. Ailleurs, les herbes sont partout, parfois laissées hautes, parfois coupées à mi-hauteur, rarement tondues.

Pour le reste, l’équipe à l’origine du projet disposait de 50 000 euros. Un petit budget, donc, puisque les trois quarts ont financé la clôture… Mais un budget qui s’est finalement révélé suffisant, voire vertueux, selon Ève- Marie Ferrer : « On a dû se débrouiller avec ça et on s’est ainsi aperçu qu’on avait tous les savoir-faire en interne. Au niveau du matériel, on s’est servi de ce qu’on avait dans les stocks inutilisés des régies municipales. »

Urnes et cercueils biodégradables

Une grande meule en granit a par exemple été récupérée puis déposée au centre du cimetière en guise de banc. Un agent municipal, par ailleurs artiste, s’est chargé de concevoir les sculptures du « Gardien » et de « L’Arbre des printemps » – dont les feuilles en laiton portent les noms des personnes dont les cendres ont été dispersées. Ces œuvres ont ensuite été fabriquées par les ateliers de serrurerie de la régie « voirie ». « Ça a été une vraie aventure humaine », se souvient Ève-Marie Ferrer.

Ce cimetière est aussi très exigeant sur le plan écologique. Le parc est entretenu sans aucun produit phytosanitaire. Un hôtel à insectes a été installé, attirant les pollinisateurs et favorisant la richesse de l’écosystème. Les caveaux sont interdits, ainsi que les grandes pierres tombales : seul un pupitre carré de 30 cm de côté et de 8 cm d’épaisseur, en pierre calcaire locale, sur laquelle est gravé le nom du défunt, est admis. Les urnes contenant les cendres doivent être constituées de matériaux biodégradables.

De la même manière, les cercueils sont enterrés en pleine terre et sont obligatoirement biodégradables. S’ils sont en bois, celui-ci doit être issu d’une forêt française et non-traité. Quant aux corps, il est recommandé de les habiller uniquement avec des fibres naturelles. La thanatopraxie et son cortège de produits polluants n’est autorisée qu’en cas « d’absolue nécessité ». « Le fait que la ville possède aussi un cimetière traditionnel nous permet d’être plus exigeants sur le cimetière naturel. Au final, c’est vrai qu’il y a pas mal de contraintes », reconnaît Amandat Clot.

À l’entrée du cimetière est gravée cette phrase du jardinier-écrivain Gilles Clément : « Pour faire un jardin, il faut un morceau de terre et l’éternité. »

Nicolas Bérard (L’âge de faire)

Cet article est extrait d’un numéro du journal L’âge de faire consacré aux pratiques funéraires. L’âge de faire est un partenaire média de Basta !.

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