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Sierra Leone

Accaparement des terres : quand les agrocarburants menacent la sécurité alimentaire

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10 000 hectares. C’est la surface allouée, pour une durée de 50 ans, à la société suisse Addax Bioenergy dans la région de Makeni, au Sierra Leone, pour une plantation de canne à sucre. L’équivalent de près de 200 exploitations agricoles françaises de taille moyenne ! Le groupe genevois veut y produire 90 000 m3 de bioéthanol par an, destiné essentiellement à l’Union européenne. Démarré en 2008, le projet intègre la construction d’une raffinerie d’éthanol et d’une centrale électrique à biomasse qui devrait alimenter 20 % du réseau national. 2000 personnes seront employées par la compagnie, assure Addax Bioenergy. Présenté par ses promoteurs comme « un projet de développement durable sans précédent associant agriculture et énergie », le projet de Makeni attire pourtant les foudres des ONG.

Silnorf, le réseau de la Sierra Leone pour le droit à l’alimentation, dénonce dans son rapport annuel, le non-respect du consentement libre, préalable et informé des communautés. Et relève des promesses non tenues, mettant en péril la sécurité alimentaire. « Addax Energy avait promis qu’ils ne planteraient pas de canne à sucre sur les terres les plus fertiles, réservées aux rizières, mais seulement sur des terres dégradées », illustre Silnorf. L’ONG locale pointe aussi la destruction et le détournement de certains cours d’eau afin d’irriguer les plantations. Ce travail d’alerte est appuyé en Suisse par l’ONG Pain pour le Prochain, qui estime que « cultiver des aliments pour les réservoirs au lieu de les mettre dans les assiettes ne fait pas sens ».

Alors que 13 000 personnes vivraient sur les terres allouées au groupe suisse, le réseau Silnorf demande que « le droit à la sécurité alimentaire soit effectivement mis en œuvre en Sierra Leone ». Depuis 2007, les entreprises étrangères s’emparent en moyenne de 10 millions d’hectares dans le monde chaque année, rappelle l’association Grain. Dans le cas de la canne à sucre en Sierra Leone comme de l’huile au palme au Libéria (lire notre enquête), l’Union européenne demeure le destinataire final de ces produits alimentaires transformés en carburants.

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