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Migrations

À Calais, toujours plus de violences policières contre les réfugiés, dont des enfants

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Pendant que l’attention médiatique se porte ailleurs, à Calais, les violences policières à l’encontre des exilés se poursuivent (lire notre reportage de juillet dernier). Un nouveau rapport publié le 5 décembre par des organisations locales d’aide aux migrants (l’Auberge des migrants, Utopia 56, Refugee Info Bus, et la Cabane Juridique) révèle 972 cas de violence physique disproportionnée, d’utilisation de gaz lacrymogène, de destruction de propriété personnelle, d’expulsions de lieux de vie, et d’autres atteintes au droits perpétrées par les forces de l’ordre à l’encontre de réfugiés faisant halte à Calais. Des mineurs de moins de 15 ans font aussi partie des victimes de ces violences.

Les données ont été collectées entre novembre 2017 et novembre 2018 par des bénévoles ayant fondé une équipe d’observation des droits humains. Les forces de l’ordre impliquées dans ces abus font partie des CRS, de la police nationale, de la police aux frontières, de la gendarmerie nationale et des brigades anti-criminalité. « La nuit dernière, alors que l’on revenait de la gare, nous avons rencontré beaucoup de policiers dans la rue. Sans aucune raison, ils sont sortis de leurs voitures et nous ont battus. Nous avons couru parce qu’ils voulaient nous frapper », a par exemple témoigné un Soudanais de 25 ans le 6 novembre 2017.

« Les CRS ont lancé du gaz lacrymogène avec des armes et le ciel s’est rempli de fumée, rapporte aussi un bénévole britannique. À travers la fumée, j’ai vu un garçon porté par ses amis, couvert de sang. Il avait été atteint à l’œil et on ne pouvait pas l’emmener à l’hôpital… Ses amis pleuraient, c’était un groupe de mineurs et lui-même n’avait que 16 ans. » Un Érythréen mineur non accompagné de 16 ans a ainsi perdu un œil après que les CRS ont tiré du gaz lacrymogène en direction d’un groupe de réfugiés.

« Leurs droits fondamentaux sont violés par les mêmes autorités censées les protéger »

De plus, sur l’année, le groupe de bénévoles a documenté 393 opérations d’expulsion. « Elles se déroulent à grande échelle tous les deux jours, avec deux ou trois opérations par jour, forçant les réfugiés à quitter leurs zones de vie », souligne le rapport, qui ajoute que la légalité de ces opérations d’expulsion reste incertaine, « étant donné qu’aucune réquisition ou document officiel n’ait été montré sur le moment ». « On dort sous le pont. La police dit de ne pas dormir sous le pont. La police prend le sac de couchage de mon ami et après la police met du spray [agent chimique]. On va au commissariat, pendant une heure. On est arrêtés. Après la police dit : “Go” », témoigne un garçon éthiopien de 15 ans.


Lésions cutanées à la suite d’un contact avec un agent chimique émis par un agent de police, rue des Verrotières, 28 octobre 2018, documenté par les organisations de l’Observatoire des droits humains. © : DR.

D’après les données collectées par les associations, 160 arrestations de réfugiés ont eu lieu sur la période. « La situation à Calais est intenable. Les bénévoles reçoivent divers rapports de violence policière de la part de personnes exilées chaque jour, en allant de personnes frappées pendant leur sommeil, à des individus ayant été aspergé d’agent chimique dans la bouche. Leurs droits fondamentaux sont violés par les mêmes autorités censées les protéger, dit Charlotte Head, coordinatrice du Human Rights Observer.  Ce rapport souligne un niveau particulièrement inquiétant de pratiques abusives. Ces actes d’abus systématiques doivent immédiatement cesser. »

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1500 réfugiés vivent actuellement dans les zones industrielles ou boisées autour de Calais et Dunkerque, y compris plus de 100 mineurs non accompagnés et dix familles, signalent les organisations. Ces communautés comprennent des hommes, des femmes et des enfants venant d’Érythrée, d’Éthiopie, du Soudan, du Soudan du Sud, d’Afghanistan, du Yémen, d’Iran, de Syrie, d’Irak, du Kurdistan, du Pakistan… Les organisations demandent aux autorités un rappel officiel des obligations déontologiques qui incombent aux forces de l’ordre en opération, ainsi que des limites de leur cadre légal d’intervention.

Les association demandent également que les personnes exilées soient informées, dans une langue compréhensible, sur les interventions des forces de l’ordre. Et exigent l’organisation régulière de missions indépendantes d’observation des pratiques des forces de l’ordre, un accès facilité à l’information sur les droits, à la plainte et à la prise en charge psychologique pour les personnes victimes de violences, ainsi que l’ouverture de lieux d’accueil et d’hébergement dignes à Calais, et l’attribution de moyens supplémentaires pour protéger les mineurs exilés non-accompagnés.

Le rapport « Violences à Calais : Pratiques abusives et illégales des forces de l’ordre » est disponible ici.

Photo de une : Grenades d’agent chimique lancée à un attroupement de personnes exilées, rue des Verrotières, 25 janvier 2018. © : DR.

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