Nucléaire

A Bure, le gouvernement engage la « concertation » avec gendarmes, bulldozers et arrestations

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500 gendarmes ont procédé le 22 février à l’évacuation du Bois Lejuc, près de Bure (Meuse), occupé par les opposants à la « grosse poubelle nucléaire », le projet de centre d’enfouissement de déchets radioactifs (Cigéo). Selon les autorités, le bois, qui s’étend sur 220 hectares, serait entièrement évacué de ses habitants – y compris celles et ceux qui occupaient des cabanes aménagées à la cime des grands arbres, parfois situées à 20 mètres de hauteur. Des escadrons de gendarmerie tentent désormais d’empêcher l’accès à la forêt. Néanmoins dans la matinée du 23, le compte twitter des opposants continuait à diffuser des vidéos sur place, et revendiquait la présence de militants « partout dans la forêt », appelant à « converger vers le bois » et à « manifester partout en France ».


Ce 23 février au matin, sept personnes restaient encore en garde à vue suite à cette évacuation, qui s’est aussi soldée par une perquisition improvisée – la deuxième en sept mois – dans la « maison de résistance Bure zone libre », dans le village de Bure. Présent sur place, le procureur de Bar-le-Duc, Olivier Glady, connu des opposants pour ses réquisitions à charge dans les nombreux procès qui ont émaillé la lutte ces derniers mois, a pris prétexte d’obstacles sur une route pour pénétrer dans cette habitation privée devenue centre névralgique de l’organisation collective contre Cigeo.

Les associations locales, dont le réseau Sortir du nucléaire, ont décidé de riposter d’abord sur le terrain judiciaire. Le réseau a annoncé le 22 au soir qu’il portait plainte pour « violation de domicile », étant copropriétaire de la maison de Bure depuis des années. La « maison de la résistance » avait déjà fait l’objet d’une perquisition le 20 septembre... Le bois Lejuc lui-même fait déjà l’objet de nombreux contentieux depuis 2016. Sa propriété est contestée : l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), en charge du projet Cigéo, a cherché à l’acquérir après un « échange » voté par le conseil municipal de la commune voisine de Mandres-en-Barrois. Deux procédures sont en cours, au pénal comme au civil, et une décision est attendue pour le 10 avril prochain.

État de droit ?

D’autre part, l’ordonnance d’expulsion produite par le procureur ce 22 février est très fragile : elle date en fait du 26 avril 2017, et ses termes n’auraient pas été respectés lors de l’évacuation. Sans oublier le défrichage illégal opéré sur le bois avant l’occupation, sanctionné par un jugement du 1er aout 2016 du TGI de Bar-le-Duc. Le 13 février dernier, devant le même tribunal, deux opposants comparaissaient en correctionnelle pour avoir participé à la destruction, le 14 août 2016, d’un mur en béton, installé par l’Andra pour se « protéger des zadistes ». Le procureur Olivier Glady a réclamé 4 et 5 mois de prison avec sursis – et 300 euros d’amende pour refus de prélèvement ADN.

La fragilité de ces procédures – de l’acquisition du bois à la perquisition d’un domicile privé – tranche avec les déclaration de Sébastien Lecornu, Secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire (Nicolas Hulot). « L’État de droit est en effet la condition absolue de la concertation et le préalable à une discussion sur le projet. Il ne pourrait en être autrement », a-t-il déclaré à Bar-le-Duc suite à l’évacuation musclée. La visite du ministre sur place se voulait pourtant « apaisante » pour aller rencontrer les acteurs du projet Cigeo et les associations qui s’y opposent, arguments scientifiques (voir ici) et juridiques à l’appui.

Nicolas Hulot apostrophé

La coordination Stop Cigeo, qui fédère l’action des opposants au projet de l’Andra, a boycotté le rendez-vous, s’étonnant d’avoir pris connaissance du programme de la visite du ministre uniquement par voie de presse, la veille, pour un rendez-vous furtif vendredi matin… « Étiez-vous au courant de cette opération musclée, qui accompagne votre visite de façon si peu glorieuse, crédible, honorable ? », condamne la coordination dans une lettre ouverte diffusée dans l’après midi. « Opération filmée, dont les images passent en boucle sur les médias, preuve que tout était bien anticipé, et que la propagande est plus importante que l’information…Vous ne nous rencontrerez pas demain vendredi, car il ne peut plus être question comme annoncé, de volonté de concertation, ni de reprendre le dialogue dans ce lourd dossier Cigéo », a déclaré Stop Cigeo.

A Paris, le ministre d’État Nicolas Hulot a été apostrophé lors de la séance de questions à l’Assemblée nationale par par une députée de La France insoumise, Mathilde Panot, arborant la photo montrant Nicolas Hulot, avant qu’il soit ministre, pausant parmi les opposants à Cigeo. « Je n’ai pas l’impression d’être en porte-à-faux avec ma conscience. J’aurais préféré ne jamais avoir à traiter ce sujet là, que l’on arrive pas à cette situation avec ces déchets dont personne ne veut », s’est défendu le ministre, avant d’ajouter : « On n’a pas brûlé les étapes à Bure. Rien n’est définitif, rien n’est acté. » En soirée, plus de 70 rassemblements se sont déroulés partout en France en solidarité avec les opposants.

- A relire : A Bure, habitants et paysans refusent que leur territoire devienne une « grande poubelle nucléaire »

Photo : ValK

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