Pays de la Loire

840 000 euros de subventions publiques à Lactalis pour « seulement deux emplois » créés

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Le géant laitier Lactalis, récemment épinglé pour non-respect du code de l’environnement dans sept usines des Pays de la Loire, vient pourtant de se voir attribuer une grosse subvention publique par les élus de droite de cette même région.

C’est le « chèque-cadeau » de trop, à quelques mois des élections régionales. Le 13 novembre, la commission permanente du conseil régional des Pays de la Loire a voté une subvention de plus de 840 000 euros au géant de l’agroalimentaire Lactalis. « Une subvention attribuée par la majorité LR-UDI, alors que le groupe laitier mayennais a récemment été épinglé pour non-respect du code de l’environnement dans sept usines de la région [quatre en Mayenne, deux en Loire-Atlantique et une en Maine-et-Loire] », dénonce le Groupe écologiste et citoyen du conseil régional [1]. Selon une enquête diffusée par Envoyé spécial le 22 octobre en partenariat avec le média indépendant Disclose, 38 des 70 usines du groupe Lactalis en France ont été ou sont toujours en violation du code de l’environnement.

Les motifs de violation du code de l’environnement pour 38 usines françaises du groupe Lactalis. © Disclose

Pour l’opposition, cette aide aux investissements du groupe mayennais est injustifiée, pointant du doigt la création de « seulement deux emplois et l’absence d’innovation majeure » dans le projet de Lactalis. Le Groupe socialiste, écologiste, radical et républicain est sur la même ligne : « Avec seulement deux créations d’emplois et peu d’innovations à la clef, cette subvention ne se justifie pas, s’agissant d’un groupe prospère et qui plus est aux pratiques contestées. Ce type de soutien doit s’accompagner préalablement d’engagements précis », précisent les élus, ce qui les a conduit à voter contre la subvention [2].

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Dans un communiqué publié le 17 novembre, Jean-Luc Bordeau, directeur général de la division Lactalis Ingrédients, tente de répondre aux critiques. Il indique que le groupe a répondu à un appel à projets en faveur des industries agroalimentaires, en 2019, et a été sélectionné. « Le groupe Lactalis va investir au total plus de 8,7 millions d’euros pour ce nouvel atelier de caséine [qui fabrique des protéines composantes du lait, ndlr] », explique t-il. Les élus du groupe LR « assument » et « revendiquent » également cette subvention : « Notre politique consiste à faire en sorte que les Pays de la Loire demeurent une terre d’industries. Et c’est un combat très rude qu’il nous faut mener contre la crise, contre la concurrence internationale, et maintenant contre la démagogie de cette gauche décroissante qui critique toujours et qui ne propose jamais rien » [3].

Plus de 30 millions d’euros de « chèques cadeaux » versés aux industriels de l’agroalimentaire en 4 ans

Selon Disclose, le géant laitier a aussi transféré, par différents mécanismes, plus de 1,3 milliard d’euros du chiffre d’affaires de sa branche française et plusieurs centaines de millions d’euros de ses filiales européennes vers une société-écran luxembourgeoise détenue par la famille Besnier, propriétaire de Lactalis et 11ème fortune française avec 9,9 milliards d’euros de patrimoine estimé [4]. Selon la France insoumise des Pays de la Loire, « la majorité de droite du conseil régional dilapide l’argent public et subventionne le vice. […] La région Pays de la Loire doit exiger le remboursement de toutes les sommes déjà versées tant que l’entreprise ne justifie pas son plein respect de l’environnement et de la justice fiscale. » [5]

Ils demandent à ce qu’aucun centime d’argent public ne soit plus donné à Lactalis ni à aucune autre « sans contreparties écologiques, sociales, fiscales ». Selon les élus du groupe écologiste et citoyen, plus de 30 millions d’euros de « chèques cadeaux », c’est à dire de subventions sans contreparties environnementales ou sociales, ont été versés depuis 2016 aux industriels de l’agroalimentaire en Pays de la Loire par la Région. La remise à plat complète de ce type d’aides publiques apparaît plus que jamais nécessaire.

Sophie Chapelle

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