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Solidarités internationales

Iran : « Je n’ai jamais vu une manifestation aussi grande de toute ma vie »

Par Rédaction (18 juin 2009)

Voici une chronique de la contestation contre le régime autoritaire et conservateur iranien. Ce témoignage nous est transmis par une correspondante iranienne qui vit à Téhéran et participe au mouvement démocratique. Nous sommes bien évidemment obligés de préserver son anonymat pour des raisons qui paraîtront évidentes à chacun. Les photos et vidéos qui l’accompagnent sont envoyées par les acteurs de la contestation via le réseau social Internet Twitter. Nous ne sommes pas en mesure de les créditer pour l’instant.

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Téhéran, mardi 16 juin, 3h58 du matin

Rapide mise à jour. Je suis exténuée. Tous les accès Internet sont coupés. Nous avons essayé de nous connecter via un modem, mais en vain. Même les appels téléphoniques vers l’étranger sont quasiment impossibles. Je vous remercie tous chaleureusement de me lire. Vous m’êtes d’un soutien extraordinaire. Même si je n’ai pas pu envoyer un seul email la nuit dernière. J’ai l’impression d’être Sisyphe...

Téhéran, le 15 juin

Aujourd’hui, au moins un million de personnes se sont réunies pour une marche silencieuse entre la Place de la Révolution et la Place de la Liberté. La foule s’étirait tout le long de l’avenue. Bientôt, il devint difficile d’avancer tant il y avait de monde. Impossible d’avoir un quelconque chiffre officiel de participation (de toute façon, celui-ci aurait été largement contestable), mais je n’ai jamais vu une manifestation aussi grande de toute ma vie, ici ou ailleurs.

Les gens ont marché calmement, les mains levées. On nous a averti qu’il fallait rester à l’intérieur du cortège, sinon la police allait tirer à balles réelles. En Iran, la police ne rigole pas. Mais bien évidemment, les gens n’écoutent pas ce qu’on leur dit. Ainsi, quand la nuit s’est mise à tomber, les Bassiji [miliciens islamistes rattachés au pouvoir théocratique, ndlr] ont ouvert le feu sur la foule, tuant une personne (dont la photo circule partout), et en blessant de nombreuses autres. La ville s’est de nouveau enflammée, mais j’étais déjà rentré chez moi à ce moment là.

Dans notre quartier, des Bassiji et des policiers étaient stationnés à un endroit stratégique au nord de notre maison, tapant sur la foule et sur les voitures, et leur ordonnant de rentrer chez eux. Vers 21h30, les gens se sont mis à monter sur les toits et à hurler "Dieu est grand" ainsi que "Mort à la dictature". Nous avons entendu des détonations, qui ressemblaient à des tirs de gaz lacrymogène - bien que le gaz qu’ils utilisent ici en Iran soit plutôt de composition chimique inconnue. Nous avons également entendu des balles réelles.

IMG/flv/mirdamad.flv

Aujourd’hui, les étudiants de l’Université de Téhéran portent le deuil. Plusieurs de leurs camarades ont été arrêtés la nuit dernière, un des leurs a même été tué quand les Bassiji ont envahi leur dortoir et les ont frappés. La manifestation est passée devant l’Université. On pouvait voir les étudiants protester vigoureusement à l’intérieur, et parler aux gens à travers les grilles. Ils étaient tenus dans l’enceinte. Je ne vais pas m’étendre sur les décisions qui sont en train d’être prises dans les hauts rangs du régime, ou parmi les réformateurs. Ces gens, qu’ils incarnent le changement ou non, sont des leaders politiques problématiques au passé trouble.

(Policiers en civils à moto exhibant leurs pistolets, à la ceinture pour celui de gauche, à l’épaule pour celui de droite, ndlr)

Aujourd’hui, nous pleurons nos morts et nous nous préparons à d’autres morts encore. Mais quelque chose est en train de prendre forme, et ce n’est qu’une question de temps avant qu’une réaction encore plus violente ne voit le jour.

Voici les noms des cinq personnes qui ont été tuées lors des affrontements d’hier et de samedi. Il s’agit de deux femmes et de trois hommes, tous enterrés au cimetière de Behesht Zahra, sans même que leurs familles soient prévenues : Fatemeh Barati, Kasra Sharafi, Mina Eterami, Kambiz Shoai, Mohsen Imani. Nous ne connaissons pas le nom de l’homme tué ce soir.

B.

(Traduction : Vincent Le Leurch pour Basta !)

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