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Méga privilèges

Quand les stock-options font sauter la banque

Par Ivan du Roy (1er septembre 2006)

La transparence en matière de gouvernance d’entreprise est nécessaire. Mais faire la lumière sur les abus des uns ou les magouilles des autres ne résout pas le problème. Les récentes « affaires » d’avant l’été - les titanesques plus-values de l’ex-PDG de Vinci, Antoine Zacharias, ou l’accusation de délit d’initié avancée à l’encontre de Noël Forgeard, ex-coprésident d’EADS - viennent nous le rappeler.

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Cet article a été initialement publié dans l’hebdomadaire Témoignage Chrétien

La loi « NRE » (nouvelles régulations économiques) votée en 2001 sous le gouvernement Jospin - et restreinte aux sociétés cotées en Bourse sous Raffarin - impose aux administrateurs d’une entreprise de communiquer leurs rémunérations. Résultat : des montants à faire pâlir d’envie n’importe quel gagnant de l’euromillion. Faut-il rappeler les additions à neuf chiffres qui accompagnent chaque évocation du nom de l’ex-PDG de Vinci : des stock-options, ces actions achetées par les dirigeants à un prix inférieur à la valeur boursière, dont la plus-value s’élève à 173 millions d’euros, une rémunération annuelle en 2005 qui atteint 4,2 millions, une prime de départ négociée à 13 millions et, enfin, une « retraite chapeau » (complément de retraite versé par l’entreprise) d’environ deux millions par an.

Si l’on déduit les impôts, il y a de quoi faire vivre un ménage français au revenu médian (25 000 euros annuels) pendant 150 générations ! Pour la caste des hauts managers, tout cela reste très normal : « Une action Vinci souscrite en 2001 aurait rapporté 171% du capital investi. Pour Mr Zacharias, cela fait une hausse de 50% de son salaire et 170 % pour les actionnaires. J’espère que personne ne contestera la validité de cette formule », répondait Quentin Davies, président du comité de rémunération de Vinci (et député conservateur britannique), aux actionnaires interloqués, lors de l’assemblée générale du 16 mai. Suite à la fronde de son Conseil d’administration, Zacharias aurait finalement négocié son départ à 37 millions d’euros. Maigre consolation...

Jack-Pot

Ce genre de jack-pot provoque à chaque fois un certain émoi : Daniel Bernard, ancien PDG de Carrefour, était parti en février dernier avec une prime de non-concurrence de neuf millions d’euros et une « retraite chapeau » d’un montant global de 29 millions. Noël Forgeard, qui a été « démissionné » fin juin du groupe franco-allemand EADS (et remplacé par Louis Gallois, PDG de la SNCF), a dû s’expliquer devant une commission parlementaire : le 15 mars, il revendait ses stock-options 2,5 millions d’euros, suivis par ses trois enfants qui, chacun, empochaient 1,4 millions. Trois mois plus tard, suite à l’annonce de retard de livraison des commandes d’Airbus, le cours d’EADS chutait.

« Golden hello » (prime de bienvenue),« golden parachute » (indemnités de départ), stock-options, prime de non concurrence, retraites chapeau, sans oublier les salaires, jetons de présence et autres avantages en nature, les modes de rémunération des dirigeants des grandes entreprises se sont multipliés autant que les chiffres sur leur chèque. Dans ce domaine, la France est championne d’Europe. En 2001, alors que la Bourse était au plus bas, les stock-options des entreprises du CAC 40 représentaient, selon le mensuel L’Expansion, une plus-value potentielle de 7,3 milliards d’euros pour 68 000 cadres et dirigeants. Depuis, la Bourse a grimpé...

Illusoire équité

Aux Etats-Unis, suite aux scandales Enron (2001) puis Worldcom (2003), un rapport préconisait, entre autres, l’interdiction de payer les dirigeants en stock-options. En France, on en est loin. Certains proposent d’étendre les stock-options à tous les salariés. Equité illusoire car même à un prix inférieur à la valeur boursière, acheter un nombre important d’actions pour engranger une plus-value conséquente ne sera possible que pour une minorité de très gros salaires. Peut-être faut-il augmenter leur taux d’imposition, inférieur au bout de six ans au taux appliqué aux revenus du travail (27% pour une plus-value inférieure à 152 000 €). Plus globalement comment instaurer des niveaux de rémunération « responsables » ? « Définir un plafond est compliqué. Il serait plus intéressant de fixer des objectifs sociaux et environnementaux aux entreprises », estime Eric Vidal du Centre français d’information sur les entreprises. « Mais ce qui attire les actionnaires, c’est l’augmentation régulière de leurs dividendes ». Un cercle vicieux. Tant que la valeur financière d’une entreprise, plus ou moins dopée par la spéculation, primera sur sa réalité industrielle et sociale, il ne servira à rien de s’indigner.

Ivan du Roy

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