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Logement

Place des Vosges, le collectif Jeudi Noir poursuit l’occupation

Par Rédaction (25 janvier 2010)

Trente étudiants et travailleurs précaires, militants du collectif Jeudi Noir, occupent depuis octobre un immeuble de 1.000 m², place des Vosges à Paris, inoccupé depuis 45 ans. Le 18 janvier, la justice a donné raison à la propriétaire. Les habitants doivent quitter le bâtiment, sous peine d’une astreinte de 25.000 euros par mois. Pour défendre le droit au logement, ils ont choisi de rester. Et lancent un appel à soutien.

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« Pourquoi nous restons »

Le 18 janvier, le Tribunal d’Instance du 5e arrondissement a condamné les habitants de l’hôtel particulier de la place des Vosges à payer 12 000 euros d’indemnités, auxquelles s’ajouteront 25 000 euros par mois d’occupation supplémentaire. Les forces de l’ordre ont également la possibilité de nous expulser manu militari à partir de la semaine prochaine. Voilà les raisons pour lesquelles nous avons tous décidé de rester, illégalement mais légitimement.

Parce que nous n’avons nulle part ailleurs où habiter. Étudiants ou jeunes travailleurs, nous avons besoin d’un toit sous lequel pouvoir dormir, travailler, vivre. Si l’on nous expulse, nous nous retrouverons au mieux sur le vieux canapé d’un vieux copain ou d’une vieille tante, au pire dans la rue. Nous souhaitons pouvoir finir l’année scolaire sans devoir nous battre des mois durant pour décrocher un logement.

Parce que nous ne portons préjudice à personne. Notre présence ne dérange personne, puisque le bâtiment est inoccupé depuis longtemps. Notre présence ne change rien, ni pour le quartier, ni pour la propriétaire, ni pour la Marquise de Sévigné, ni pour Louis XIII qui enfourche gaiement son cheval en face de chez nous. Cela change juste quelque chose pour les 30 habitants qui savent où dormir le soir.

Parce que la préfecture a l’obligation de nous reloger avant de nous déloger. Fait rare, la juge, dans l’ordonnance de référé, a enjoint le préfet à reloger tous les habitants avant de procéder à la moindre expulsion. Nous attendons donc que la préfecture étudie nos demandes et trouve un logement à chaque habitant. En attendant ces relogements, nous croyons que notre droit au logement, droit à valeur constitutionnelle, nous permet et nous pousse à rester dans notre domicile actuel.

Parce que le bâtiment restera vide après notre départ. Voilà maintenant un demi-siècle que le bâtiment était resté vide avant notre arrivée, et après notre départ forcé c’est encore un autre demi-siècle qu’il pourrait rester inoccupé. Il n’y a aucun projet sur le bâtiment : ni de projet de logement, ni de projet de vente, ni de reprise des travaux. Nous avons toujours accepté de quitter un bâtiment réquisitionné lorsqu’un projet de réhabilitation était entrepris. Bien que la propriétaire soit un particulier, il nous paraît tout de même aberrant qu’elle laisse ces appartements vides encore longtemps, alors que 1 200 000 personnes sont en attente d’un logement social en France.

Parce qu’enfin, notre combat nous semble juste et légitime. Au nom des millions de sans-logis et de mal-logés, nous voulons continuer à dénoncer le manque d’initiative et de mesures prises par l’Etat en poursuivant cette réquisition citoyenne. Nous faisons face à une crise du logement très grave, qui recouvre des formes multiples et condamne à la précarité des jeunes, des familles, des vieux, des très pauvres, des moins pauvres. L’Etat, par la bouche du secrétaire d’Etat au logement, refuse toujours de réquisitionner les logements vacants, mesure peu coûteuse et pourtant efficace pour augmenter considérablement l’offre de logements. Aucun plan de construction massive de logements sociaux n’est prévu. L’encadrement des loyers n’est toujours pas à l’ordre du jour, malgré un prix au mètre carré qui atteint parfois des sommets (un exemple pris au hasard, 50 euros le mètre carré place des Vosges, ce qui fait un 20 m² à 1000 euros).

Parce que nous ne restons pas dans cet hôtel particulier pour admirer la vue sur l’ancienne « place Royale », ou pour le plaisir d’avoir DSK comme voisin. Nous restons ici pour que les 3,5 millions de mal-logés en France obtiennent un logement décent. Nous vous invitons donc tous à nous rejoindre à la « nuit solidaire » que nous organisons à la Marquise dans la nuit du 26 au 27 février, pour demander à l’Etat d’assumer ses responsabilités face à la crise du logement et pour nous apporter votre soutien face à la menace de l’expulsion.

Adeline, Anaïs, Annika, Bolewa, Damien, Dimitri, Émeric, Francis, Fred, Gwen, Jonathan, José, Laetitia, Laurent, Lena, Lila, Marc, Margaux, Nabila, Nicolas, Raphaël, Ricardo, Romain, Sabrina, Sam , Sarah, Stéphane, Solène, Sylvain, Vlad.

(et toute les militants non habitants de Jeudi-Noir qui les soutiennent dans cette démarche courageuse).

- Appel à soutien pour faire face aux frais de justice (coût du procès uniquement)

- Nuit solidaire pour soutenir le droit au logement : La Nuit du 8ème Jour

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