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Elections présidentielles

2007, année illusoire ?

Par Ivan du Roy (21 avril 2006)

Sarko ou Ségo ? Le credo libéral-sécuritaire ou le chèque en blanc signé à la candidate sociale-conservatrice du PS ? A un an de l’élection présidentielle, les perspectives politiques se résument à ce choix même pas cornélien.

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Sarko ou Ségo ? Le credo libéral-sécuritaire ou le chèque en blanc signé à la candidate sociale-conservatrice du PS ? A un an de l’élection présidentielle, les perspectives politiques se résument à ce choix même pas cornélien. Oui, il y a bien eu un vaste mouvement social qui a secoué le pays pendant deux mois. Ce mouvement a été l’occasion, pour de nombreux étudiants et lycéens, de sortir des sentiers battus, signalisés par le diplôme, le chômage, le boulot incertain et l’aléatoire retraite. Il a permis à des dizaines de milliers de jeunes et moins jeunes de débattre, de se politiser, de s’amuser - c’est essentiel. Ils se sont interrogés sur la finalité de la société et de sa valeur centrale, le travail, et ont contesté son nouveau mode de gouvernement : le capitalisme financier mondialisé. Complètement dépassé, le pouvoir en place s’est même ridiculisé.

«  Dans une perspective à plus long terme, les conséquences politiques de cet état de faits iront peut-être plus loin que ne le soupçonnent les étudiants français, pourtant politisés. Leur prise de position qui peut sembler rétrograde [...] pourrait s’avérer prophétique », écrit William Pfaff, chroniqueur de l’International Herald Tribune, que l’on peut difficilement suspecter de « gauchisme ». Malgré son importance, ce mouvement n’a pour l’instant pas ouvert les perspectives espérées. Le CPE a été retiré. Point. Amer retour à la case départ, malgré la tentative de la Coordination nationale étudiante de poursuivre la mobilisation contre la loi « pour l’égalité des chances ». Les étudiants sont un peu frustrés. Les chômeurs et précaires demeurent. Jeune de banlieue rime toujours avec casseur. Seuls les syndicalistes se réjouissent d’avoir retardé l’offensive programmée contre le nouveau Graal hexagonal, le CDI. Mais dans un an, le choix se résumera toujours à Ségo ou Sarko.

C’est oublier la surprenante victoire du « non de gauche », objecteront certains. Une victoire contre l’Europe néo-libérale, c’est bien, mais encore faut-il l’exploiter. Constitution ou pas, cette Europe continue d’avancer. La grève historique d’un million et demi de fonctionnaires britanniques, le 28 mars, pour défendre leurs retraites, ou le vaste plan social préparé par Volkswagen en Allemagne (20 000 suppressions d’emplois) viennent nous le rappeler. « L’après 29 mai » n’a débouché sur rien. Irritant retour à la case départ. Comme si le syndrome du 21 avril 2002 ne cessait de se reproduire : on écarte le pire pour se contenter du plus mauvais. L’escroc ou le facho. L’Europe libérale d’hier ou l’Europe libérale de demain. La précarité avec le CPE ou le chômage sans. Sarko ou Ségo.

Cette logique est largement due aux poussiéreuses institutions qui, une fois le sketch électoral passé, laissent les citoyens de côté. Elles continuent de résister envers et contre tout aux remous politiques et sociaux, qu’ils viennent des banlieues populaires ou des classes moyennes précarisées, qu’ils surgissent de la rue ou des urnes. Incapables d’impulser la moindre dynamique innovante, elles semblent ne poursuivre qu’un seul but : reproduire perpétuellement les élites en place. Sarko ou Ségo. Leur jeunesse en politique - ils ont respectivement 53 et 55 ans - n’est qu’apparente. Le premier mandat électif important de Sarkozy (maire de Neuilly) date de vingt-trois ans - pour l’anecdote, Sarkozy était conseiller en communication du gouvernement Chirac pendant la catastrophe de Tchernobyl en 1986. Quant à Royal, pur produit de l’ENA, elle est entrée dans les arcanes du pouvoir socialiste, comme « conseillère technique » à l’Elysée, il y a un quart de siècle... Ségo et Sarko, ou l’illusion de la rupture. Comment éviter d’être, une fois de plus, confronté à cette rédhibitoire alternative ? Il serait peut-être temps de s’interroger sur notre incapacité chronique à transformer l’indéniable potentiel de contestation en énergie transformatrice. Pour qu’un jour - en 2007 ? - nous nous battions pour le meilleur et contre le pire.

Ivan du Roy

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