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Monde du travail

Salariés de tous les pays, adaptez-vous !!!

Par Ivan du Roy (7 octobre 2009)

De Didier Lombard, PDG de France Télécom, à Christophe Barbier, directeur de la rédaction et éditorialiste de L’Express, voici ce que pensent certaines « élites » du monde du travail et de ses évolutions. Une pensée, teintée de mépris et d’arrogance, qui se résume en deux mots : vide abyssal.

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Il s’appelle Didier Lombard. Ce brillant Polytechnicien, diplômé de l’Ecole nationale supérieure de télécommunications, docteur en économie et ingénieur est PDG depuis février 2005 de l’un des géants mondiaux des télécommunications, France Télécom – Orange, grande entreprise de plus de 100.000 salariés cotée au CAC 40. Pour ses incomparables compétences et responsabilités, le PDG a perçu une rémunération de 1,6 millions d’euros en 2008. C’est bien le moins.

En janvier 2009, à Lannion (Côte d’Armor), devant un auditoire de chercheurs en NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) et de « top managers » du groupe, il expose sa clairvoyante analyse du contexte économique, sa vision avant-gardiste du rôle que France Télécom doit jouer et la stratégie innovante qui en découle : « En fait on ne sait pas bien ce qui va se passer. Il va falloir qu’on s’adapte à la réalité qui va se présenter vers nous avec une rapidité encore plus grande. » Prophétique, n’est-ce pas ? En fait, ce type est payés 137 fois le Smic pour « ne pas bien savoir ce qui va se passer » et pour appeler ses troupes à « s’adapter » - et vite - et à laisser tomber « la pêche aux moules ». Mais s’adapter à quoi ? Lui-même ne le sait pas. Terrible aveu d’incompétence.

Ce discours creux et vide de sens est servi depuis des années à de nombreux salariés, et bien au-delà du seul cas de France Télécom. L’injonction est permanente : il faut vous adapter !

Heureusement, un lumineux éditorialiste, celui de l’hebdomadaire L’Express, nous a récemment expliqué,le 15 septembre sur LCI, ce que signifie concrètement « s’adapter » et pourquoi les agents de France Télécom en sont décidément incapables : « La vie économique, désormais, c’est rude, c’est un combat, il faut y être un peu cuirassé psychologiquement, visiblement à France Télécom on a un peu oublié cela. » S’adapter, c’est se cuirasser psychologiquement, être fort, se montrer supérieur, prouver que l’on fait partie de la race des guerriers, des « killers » et pas de la fange dans laquelle se complaisent les faibles, les geignards, les loosers et les archaïques, quand ils ne se suicident pas.

Pour avoir l’honneur d’accéder à cette nouvelle élite, les fonctionnaires sont mal barrés, comme nous le rappelle Christophe Barbier : « L’Etat, socialement, a trop protégé ses troupes, ses fonctionnaires. Pas de mutation ou d’avancement au mérite, le tranquille avancement à l’ancienneté, la sécurité de l’emploi bien sûr, la culture de la fonction publique à la française. (…) L’Etat, c’est un peu un éleveur d’agneaux qui les lâcheraient ensuite dans la forêt sans leur avoir dit qu’il y a des loups. »

Le problème, pour l’éditorialiste, ce n’est pas que l’homme puisse être un loup pour l’homme, mais c’est qu’il y a encore trop de braves gens qui se comportent comme des agneaux. Ces imbéciles heureux, qui caressent encore l’espoir de servir un peu l’intérêt général ou de satisfaire le client, qui sont même peut-être épris de justice sociale, et qui vont se faire, au choix, dévorer par les loups ou décapiter par un collègue en armure, s’ils ne se sont pas, eux-mêmes, donné la mort devant tant de barbarie. Pour les faibles et autres fragilisés, point de salut : « On peut mettre plus d’inspecteurs du travail, que les Comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail soient renforcés et durcis, ce n’est peut-être pas la bonne solution. Ce sont les managers qu’il faut aider, qu’il faut coacher, qu’il faut encadrer pour qu’ils puissent emmener leurs troupes, à défaut d’enthousiasme au moins avec solidité, vers cette mutation. » [1] Cette mutation, à laquelle Didier Lombard enjoint chacun à s’adapter promptement. Mais une « mutation » vers quoi ? Ni le polytechnicien, ni le normalien ne le savent. Ce qui ne les empêchent pas de montrer le chemin, droit vers l’abîme, où eux-mêmes n’iront pas.

Ivan du Roy

Notes

[1] « Quand l’Etat sur le plan économique a été mauvais, il est obligé de mettre dans le privé toute une série de ses activités jadis publiques », explique l’éditorialiste qui ferait bien, avant d’écrire ses chroniques, de se pencher sur le bilan comptable de l’entreprise dont il parle. France Télécom a toujours été bénéficiaire entre 1990 et 2000 : entre 300 millions et 3,6 milliards d’euros de bénéfices en fonction des années. Pour la première fois de son histoire, elle enregistre une perte - de 8,3 milliards d’euros – en 2001, soit quatre ans après l’ouverture du capital et son entrée en bourse, et alors qu’elle abandonne progressivement ses missions de service public.

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1 contribution

  • De Phil  | 17:00 | 03/11/09 |
    Salariés de tous les pays, adaptez-vous !!!

    Il est clair que les techniques actuelles de gestion du personnel dans les entreprises tendent, avec une perversité parfaitement odieuse, à pousser certains individus au suicide. Quand, par exemple, on individualise les objectifs mais qu’on ne donne de prime qu’à l’équipe, on incite le groupe à s’auto-purger de ceux dont les résultats sont jugés insuffisants. Tout est fait pour favoriser des mécanismes d’auto-élimination de ce genre, qui visent à cerner l’individu dans une sphère de dépréciation et de rejet dans laquelle ne lui restent plus aucunes possibilités d’échappatoires (et de façon, évidemment, dissimulée car, au grand jour, ce sont uniquement des préceptes moraux qui apparaissent). Rejeté par son supérieur, puis par son groupe, puis par ses proches collègues, l’individu, qui reste pour une part tenant de l’esprit collectif qui s’est retourné contre lui, en vient à se rejeter lui-même.
    C’est le sens insidieux des « auto-évaluations » auxquelles sont soumis les salariés dans les grandes entreprises : il s’agit de pousser l’individu à s’accuser lui-même (la perversité du procédé tient en cela que de telles évaluations passent pour plus humaines). C’est aussi le sens de « l’esprit collectif » qui est entretenu de manière si caricaturale, et non moins perverse, dans les mêmes entreprises. En jouant sur ces mécanismes, les promoteurs des nouvelles techniques de management, savent qu’ils favorisent des tendances à l’auto-élimination qui aboutissent au suicide. Mais on ne peut s’empêcher de penser que c’est précisément leur but : le suicide est utilisé comme un moyen de sélection naturelle ! Les licenciements étaient déjà considérés comme un signe de bonne santé par l’actionnariat, on ne s’étonnera pas que le taux de suicide, à condition qu’il reste, évidemment, secret, puisse être pris, de même, comme un indice appréciatif.
    Tout serait pour le mieux, dans le meilleur des mondes… mais il y a un risque. Le suicide, élimination de soi-même par soi-même, a un équivalent logique : l’élimination de tous. On voit bien les liens qui unifient, ici, l’un et le tout ; c’est à cause d’un seul que tout le groupe est privé de sa gratification, c’est parce que tout se tourne contre lui que l’individu est conduit à s’en prendre à lui-même… Il peut dès lors se résoudre au suicide ; mais il peut aussi choisir de s’en prendre au tout (et cela de façon d’autant plus justifiée que c’est effectivement le tout, d’une manière déterminée, qui a été organisé pour qu’on en arrive là) ou à celui qui le représente, le patron par exemple.
    Tel est le risque ; le GIGN s’y est déjà préparé. Mais il sera peut-être difficile, étant donné les conditions que l’on sait, de faire porter les dommages et les responsabilités sur la seule tête d’un individu. Espérons-le. Et disons-le !

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