Agence d'informations sur les luttes environnementales et sociales
BASTA !
Accueil > Chroniques > Sur le parvis de la chasse à l’Homme

Scène de vie

Sur le parvis de la chasse à l’Homme

Par Julien Brygo (22 avril 2009)

Un après-midi ensoleillé sur le parvis des droits de l’Homme du Trocadéro, à Paris. Pendant que les touristes prennent la pose, des vendeurs à la sauvette africains proposent des tours Eiffel fabriquées en Chine à des touristes chinois, non loin d’un rassemblement de Tamouls dénonçant les massacres perpétrés au Sri-Lanka dans une totale impunité. Des policiers français viennent perturber ce bel agencement et se lancent dans leur course-poursuite quotidienne avec les vendeurs de Tour Eiffel. L’un d’eux tombe et s’ouvre la main droite. Les policiers l’emmènent.

  • Réagir à cet article
  • Recommander à un-e ami-e
  • Augmenter la taille du texte
  • Diminuer la taille du texte
  • Imprimer

© Julien Brygo

Les touristes prennent la pose sur une inscription dans le marbre du père Joseph Wrésinski, fondateur du mouvement ATD Quart-monde : « Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. » (17 octobre 1987). Ils sourient et filent voir la Tour Eiffel, plein cadre. Le soleil frappe. Des guitaristes chantonnent des airs funky, tandis que quatre policiers essoufflés cherchent leurs casquettes au sol. Cette fois, ils ont perdu la course-poursuite qu’ils ont engagée contre les vendeurs de tours Eiffel, une vingtaine de vendeurs quotidiens qui s’adonnent, sans papiers ni autorisations, au démarchage touristique. À midi, elles sont à un euro l’unité. Il est 17 heures, on casse les prix : cinq pour un euro.

Les policiers, eux, ne font pas grand cas des inscriptions en marbre. Ils cherchent leurs casquettes. De l’autre côté du parvis, les vendeurs jouent des épaules pour se frayer un chemin au milieu des Tamouls, qui dénoncent le « génocide » de leur peuple, et des touristes. Puis déguerpissent au plus vite. « C’est comme ça tous les jours. Les policiers viennent, nous chassent. On part 30 minutes, puis on revient », souffle un Rwandais portant à bout de bras ses petites tours Eiffel attachées les unes aux autres. Les policiers, eux, jurent qu’ils n’ont « pas d’instructions particulière » et qu’il ne font que de la « sécurisation ». L’un d’eux, ancien militaire au Chili et « journaliste militaire » en Centrafrique s’adonne aux joies de l’humanisme version Paris mythique : « Je suis allé là-bas, je les connais. Ils n’ont pas le droit d’être là, mais nous, on les embête pas. Vous ne verrez jamais un policier courir après un vendeur de tours Eiffel ici. » Devant la photo, le policier est un peu gêné. « Bah, c’était pas nous en tout cas »...

Trois jours plus tard, rien n’avait bougé : La trentaine de vendeurs sénégalais, rwandais ou guinéens continuent de vendre aux touristes chinois des tours Eiffel fabriquées en Chine, avec à leurs trousses, des policiers français. Les Tamouls de Paris, pancartes en main, hurlent toujours au massacre. Le 20 avril à la gare du Nord, ils crient trop fort contre le silence de la communauté internationale alors que leurs proches sont bombardés. Résultat : 210 interpellations de Tamouls à la gare du Nord, dont 143 étaient toujours en garde à vue le lendemain. L’année prochaine, ce seront peut-être des Tamouls fuyant la guerre qui vendront des tours Eiffel. Tout va bien au pays du marbre et des discours, où l’on entend des touristes qu’ils sont de plus en plus mal reçus à Paris. La faute à l’impolitesse, sûrement...

Julien Brygo

Réagir à cet article

Sur le même thème

Se mobiliser

Du même auteur

soutenir !
une information alternative

Vous appréciez les articles que nous mettons en ligne et notre manière d'aborder l'actualité. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer à vous offrir une information indépendante. Merci de vos généreuses contributions.

Faire un don en ligne

Envoyer un chèque

Toutes les thématiques

Tous les dossiers

Chroniques

Elections régionales

L’abstention : une sécession silencieuse

Par Eros Sana

Quels enseignements tirer de ce premier tour des régionales ? Une gauche (au sens large) presque majoritaire, un mouvement écologiste politiquement renforcé, une gauche anticapitaliste en reconstruction, une droite sarkozyste considérablement affaiblie. Et pourtant… une ombre inquiétante se profile, signe d’une considérable fracture sociale et démocratique. Sans que l’on sache ce qu’il en sortira.

[Lire la suite]

ça bouge !

Clip

Aux immigrés, la patrie non reconnaissante

Clip d’appel à la journée sans immigrés du 1er mars, par le rappeur Youssoupha et le réalisateur Jean-Michel Vecchiet. « Le 1er mars, ce sera 24h sans nous ! Et vous ? »

[Lire la suite]

A VOIR AILLEURS

A LIRE AILLEURS

ACTION !

Creative Commons License Sauf mention contraire, le contenu de ce site est sous contrat Creative Commons | CGU  | Nous contacter | Spip | RSS 2.0 fil rss