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Après le sommet de l’Otan

Violences policières verbales contre le mouvement altermondialiste

Par Ivan du Roy (10 avril 2009)

Une lettre du syndicat de police Synergie-Officiers, publiée le 7 avril, qualifie l’ensemble des manifestants contre le sommet de l’Otan, de « hordes » ou de « pyromanes politiques », sans distinction. Une agressivité inquiétante dans un climat social assez chaud. Alors que les mobilisations sociales s’amplifient et se radicalisent, les forces de l’ordre risquent d’être de plus en plus mises à contribution face à l’absence de réponse politique à la crise.

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© Photothèque du mouvement social

En ces temps de crises, de mouvements sociaux et de contestations multiples, des discours menaçants surgissent dans la police. La lettre du syndicat Synergie-Officiers, "Hebd’Off" publiée le 7 avril, est révélatrice d’un état d’esprit agressif (pour ne pas dire haineux) à l’encontre des formes de contestation altermondialiste. Synergie-Officiers est une composante du syndicat Alliance, classé à droite, et affilié à la CFE-CGC. Alliance est la deuxième force syndicale dans la police nationale (36,5% aux élections de 2006), derrière l’Unsa-police (41%), classée plutôt à gauche et dont plusieurs dirigeants sont proches du PS.

Idéologues planqués

Dans une sorte d’éditorial non signé, la direction du syndicat remercie « tous nos collègues » suite au sommet de l’Otan à Strasbourg. Jusque là, rien d’anormal pour des syndicalistes policiers. Mais le ton devient très hostile pour désigner les manifestants « qui, en réalité, n’étaient que des casseurs venus s’opposer à tout ce qui représente l’ordre établi et la société fondée sur le pacte républicain qu’ils haïssent. » Tout y passe pour qualifier les participants au défilé, organisé par des « leaders révolutionnaires » : « pyromanes politiques », « pseudo pacifiste », « nervis », « idéologues planqués » ou « hordes qui, en toute lâcheté, ont préféré s’attaquer aux quartiers périphériques ». Bref, de l’anarchiste encagoulé à l’honorable retraitée du mouvement pour la paix, tous dans le même panier (à salade) !

A lire le texte, on a l’impression que Strasbourg a échappé à une véritable invasion de barbares, probablement venue, comme leurs lointains ancêtres, d’outre-Rhin : « Synergie-Officiers affirme que nos collègues se sont battus sans discontinuer des dizaines d’heures, trois jours durant, pour faire barrage à ces hordes de « gentils pacifistes » ». On se croirait revenu au temps de la ligne Maginot ! Et de surenchérir dans le dramatique : « La sécurité du sommet de l’OTAN à Strasbourg aura été une réussite du maintien de l’ordre à la française : 98% de la ville épargnée et même s’il y a de trop nombreux blessés dans nos rangs, il n’y a pas eu de morts à déplorer, au grand désespoir des « anti ». »

Avec "force" et "vigueur"

Ces propos, qui émanent d’officiers de police amenés à commander des CRS ou à coordonner des opérations de maintien de l’ordre, sont à comparer avec le ton de la réaction du syndicat concurrent – le syndicat national des officiers de police (SNOP) – beaucoup plus modéré dans sa vision des évènements. Celui-ci « félicite » également policiers et gendarmes sans afficher d’hostilité particulière à l’égard des manifestants : « Une fois encore, le savoir faire de chacun a été mis en lumière et le professionnalisme des forces de sécurité intérieure a permis de traiter la sécurité de l’événement ainsi que des manifestations sans qu’aucun blessé grave n’ait été à déplorer. » Le SNOP se contente d’évoquer « des groupuscules de casseurs déterminés aux comportements criminels » sans les assimiler à l’ensemble des altermondialistes. Pas un mot des deux syndicats, cependant, sur le « caillassage » de manifestants par plusieurs membres des forces de l’ordre, comme le montre cette vidéo.

A Londres pendant le G20, un manifestant est décédé après, semble-t-il, avoir été violemment jeté à terre par des bobbies britanniques. Le maintien de l’ordre « à la française » n’a pas à présenter un tel bilan. Pas encore. Cette agressivité verbale risque de se concrétiser sur le terrain en violences gratuites et répression incontrôlée. Le ton employé dépasse largement le repli sur soi corporatiste traditionnel des syndicats de « gardiens de la paix ». Un tel langage avait déjà été utilisé par Alliance lors des émeutes dans les quartiers populaires de banlieues, en 2005. Synergie-Officiers représente 45% chez les officiers et commandants. « L’intérêt de la nation exige parfois que la loi soit appliquée avec force et vigueur », écrivent ses dirigeants. On peut légitimement s’inquiéter de ce que pourra être leur conception de la « force » et de la « vigueur » du maintien de l’ordre alors que les luttes et mobilisations sociales s’amplifient et que leurs acteurs sont tentés de radicaliser leur pratique face à l’autisme gouvernemental. Est-ce une menace à peine voilée à l’encontre de tout futur gréviste ou manifestant ?


Lire la lettre de Synergie-Officiers en entier (à télécharger) :

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