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Mouvement social

3M : un directeur scotché par ses salariés

Par Ivan du Roy (25 mars 2009)

La multinationale 3M a réalisé un bénéfice net de 3,46 milliards de dollars en 2008. Qu’importe ! Comme d’autres grandes entreprises, 3M profite de la crise pour licencier, et refuse d’en payer le prix à ses salariés. Ceux de l’usine de Pithiviers, en grève, ont décidé de séquestrer l’un des directeurs de la filiale française.

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3M, c’est la marque des célèbres « post-it » et autres rubans adhésifs qui peuplent les bureaux du monde entier. 80.000 salariés dans le monde et un chiffre d’affaires de 25,3 milliards de dollars. C’est aussi une activité pharmaceutique, qui représente environ 20% du chiffre d’affaires de la multinationale états-unienne. C’est dans cette branche que travaillent les 235 salariés de l’usine 3M à Pithiviers (Loiret), en grève depuis le 20 mars. Car la moitié d’entre eux s’apprêtent à être mis à la porte. L’information tourne en boucle depuis le 25 mars au matin : les grévistes ont eu l’outrecuidance de séquestrer un de leurs directeurs, Luc Rousselet, membre du Comité de direction de 3M France, au titre de « directeur Supply Chain » (logistique). Celui-ci comprend la détresse de ses futurs ex-employés, remerciés pour cause, officiellement, d’une « surcapacité de production » de l’usine : « Ces gens sont plus à plaindre que moi », a-t-il déclaré à l’AFP. Leurs revendications ? Une renégociation des indemnités de départ, des primes de transfert (40 seront reclassés dans une autre boîte) et un congé « mobilité » de deux ans. Mais la dépêche, reprise en cœur par nombre de médias, oublie de citer les raisons qui ont énervé les grévistes « à plaindre » de Pithiviers.

La question n’est pas de compatir ou non vis-à-vis du sort de salariés obligés de radicaliser leur mode d’action pour être écoutés, comme ceux de Sony qui, dans les Landes dix jours plus tôt, avait eux aussi séquestré leur PDG. La question est celle de la justice sociale et, comme toujours, de l’équilibre entre rémunération du travail et du capital. 3M a réalisé en 2008 un bénéfice net de 3,46 milliards de dollars. Les dividendes reversés aux actionnaires ont augmenté de 8,67% par an en moyenne depuis 2003. Il est logique que les salariés de Pithiviers, quitte à être licenciés, réclament leur part du gâteau. D’autant que, en 2007, 3M a conclu la revente progressive de ses activités pharmaceutiques pour 2,1 milliards de dollars, dont 857 millions de dollars pour ces activités en Europe, rachetées par un groupe suédois, Meda. Deux ans plus tard, ses dirigeants chipotent des indemnités et des primes de départs pour 110 salariés remerciés. Et ont l’hypocrisie de les plaindre. « Dans la culture du groupe 3M, le respect de l’éthique environnementale est fondamental, au même titre que le respect de l’éthique sociale et économique », précise le site du groupe.

Ivan du Roy

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