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Redistribution des richesses

Et si on transformait EDF, GDF-Suez et France-Télécom en sociétés coopératives ?

Par Ivan du Roy (13 mars 2009)

Les PDG des trois anciennes entreprises publiques semblent prendre Sarkozy pour un sot. EDF, GDF-Suez et France-Télécom, dont l’Etat est pourtant un actionnaire dominant, vont redistribuer en dividendes les trois quarts de leurs bénéfices de 2008, très loin de la proposition présidentielle de les répartir à parts égales entre salariés, actionnaires et investissements. Si l’Elysée veut préserver un semblant de crédibilité, une seule solution : modifier les statuts des trois anciennes entreprises publiques et en faire des sociétés coopératives.

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Les administrateurs d’EDF, de GDF-Suez et de France Télécom sont restés sourds à la proposition du Président de la République de partager les bénéfices en trois : un tiers pour les actionnaires, un tiers pour les salariés, un tiers pour les investissements. Ils font même exactement le contraire. EDF, dont l’Etat est encore le propriétaire de fait (84% du capital), redistribue 73% de ses bénéfices (3,4 milliards d’euros) à ses actionnaires. Idem pour GDF-Suez, où l’Etat pèse quand même plus d’un tiers du capital. La multinationale de l’énergie s’apprête à verser en dividendes les trois quarts de ses 6,5 milliards de recettes. Quant à France-Télécom, ancienne propriété de la République, qui y détient encore 26,7% des actions, c’est « tout pour nous, rien pour eux ». Le géant des télécommunications se prépare à signer un chèque de 3,5 milliards à ses actionnaires, soit 90% de ses bénéfices. Une augmentation de 8% des dividendes alors que le chiffre d’affaires, lui, n’a pas bougé ! Cerise sur le gâteau : le leader des fournisseurs d’accès à Internet envisagerait de pousser vers la sortie entre 10.000 et 15.000 salariés dans les trois années à venir, selon la Confédération générale des cadres (CFE-CGC). Précisons que son PDG, Didier Lombard, est sur le départ et doit soigner la progression de ses stock-options avant de les empocher. Les temps sont durs. Que celui qui n’a jamais voulu négocier de coquettes indemnités avant de franchir la porte du Pôle emploi lui jette la première pierre…

Les trois PDG - Pierre Gadonneix (EDF), Gérard Mestrallet (GDF-Suez) et Didier Lombard – n’ont, semble-t-il, rien à cirer de la parole de l’Elysée. Comprenons-les : le trio a fait Polytechnique, donc les conseils en stratégie d’un type qui n’a même pas été reçu à l’oral de l’ENA… A moins qu’ils ne considèrent que les propos du Président ne pèsent aussi lourd que du vent (ce qui serait étonnant, non ?). Pour enfoncer le clou, les trois entreprises comptent toutes des filiales dans des paradis fiscaux, pratique dénoncée au plus haut niveau. De quoi s’interroger sérieusement sur la compétence des représentants de l’Etat au sein de leurs conseils d’administration.

Quoi qu’il en soit, nous sommes très loin de la nouvelle répartition des richesses claironnée par l’occupant de l’Elysée le 5 février. Nos trois anciennes entreprises publiques ne sont pas seules en cause. Selon les calculs du mensuel Alternatives économique, la répartition des bénéfices réalisés par l’ensemble des entreprises françaises en 2006 – soit 95 milliards d’euros après impôts - se déclinait ainsi : 75% pour les actionnaire, 16% pour les salariés via l’intéressement et la participation, 9% pour les investissements de l’entreprise [1]. Il y a donc du boulot pour arriver à un semblant d’équité. Et l’on touche là le principal problème qui a généré l’actuelle crise financière, sociale et morale : la répartition des fruits de « l’effort », pour paraphraser le vocable gouvernemental.

Une solution simple existe : transformer les anciennes entreprises publiques en Société coopérative (Scop). Nul besoin de nouvelles lois pour fixer la répartition des bénéfices, le statut Scop s’en charge. Au Conseil d’administration, où siègent salariés et « sociétaires » (ceux qui amènent le capital financier), chaque représentant pèse une voix, quel que soit le montant du capital qu’il détient. Et les salariés y sont de toute façon majoritaires. Tout le contraire des sociétés anonymes classiques où posséder 50% des actions revient à détenir 50% des votes. Aux administrateurs de la Scop de fixer la répartition des bénéfices selon une fourchette bien définie : entre 25% et 84% pour les salariés, entre 16% et 75% pour les réserves de l’entreprise, entre 0% et 33% pour les dividendes. La finance y est remise à sa place. Pour d’énormes entreprises comptant plusieurs de dizaines de milliers de salariés, l’esprit « participatif » de la Scop sera certes difficile à appliquer à tous les niveaux de l’organigramme. Au moins, la répartition des richesses se fera à la source. Reste à penser la place des usagers. Des remises sur les factures d’électricité, de gaz ou de télécoms et autres « gestes commerciaux » pourraient intervenir, par exemple, lorsque les bénéfices nets dépassent un certain seuil.

Sarkozy n’envisagera bien évidemment pas un instant cette perspective. Mais pourquoi pas Martine Aubry ? Un bon moyen pour le PS de réparer les absurdités passées. Le cycle des privatisations engagées ou continuées sous les gouvernements de gauche, entre 1988 et 2002, a conduit aux aberrations actuelles.

Ivan du Roy

Notes

[1] Calcul réalisé par Guillaume Duval, rédacteur en chef d’Alternatives économiques, à partir des comptes nationaux établis par l’Insee

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