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Visite à Marituba

Vivre dans une banlieue polluée, en Amazonie

Par Agnès Rousseaux (29 janvier 2009)

A Marituba, dans l’État du Para au Brésil, les conditions de vie sont difficiles. Entre occupations illégales des terrains et lutte contre les problèmes environnementaux, les habitants tentent de gérer au mieux la pression foncière, la déforestation, le manque d’infrastructures, la criminalité et l’inertie politique. Au risque, parfois, d’habiter dans une décharge. Petite visite guidée...

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La ville de Marituba, en banlieue de Bélem, s’est créée pour loger les travailleurs qui ont construit la ligne de chemin de fer. Certains venaient d’Italie, de France, d’Espagne... Ici vivent aujourd’hui 130 000 personnes, d’origines très diverses : indigènes, descendants d’européens et descendants d’esclaves. Beaucoup travaillent à Bélem et rentrent le soir à Marituba. Pendant le FSM, 350 personnes sont hébergées dans l’école voisine. Ils sont une dizaine d’habitants à nous accueillir sur la place du village, motivés pour nous montrer leur lieu de vie et les problèmes qu’ils rencontrent.

Rapidement l’échange se concentre sur les questions foncières. Ici, pas de place pour étendre la ville, à cause du fleuve qui sert de frontière. Sur le territoire de la ville, une partie des terres sont occupées illégalement. Un projet gouvernemental vise à améliorer cette situation en permettant à ceux qui vivent sur un terrain depuis 5 ans de devenir automatiquement propriétaires. Dans certaines parties de la ville, la forêt a été remplacée depuis 5-10 ans par des quartiers de maisons, construits de manière inappropriée : pas d’égouts, peu d’infrastructures. L’accès aux services de base est très précaire, il n’y a aucun assainissement et les eaux usées se déversent directement dans le fleuve. Les habitants qui nous accueillent déplorent l’absence de politique environnementale, le manque d’investissement. Ils nous disent à quel point le fleuve « est mort ». Il n’y a plus de vie dans les nombreuses rivières polluées qui rejoignent l’Amazone à cet endroit. Les habitants boivent l’eau des sources et nappes phréatiques, polluées elles aussi, ce qui provoquent de nombreuses maladies. Nous passons devant une forêt d’eucalyptus que le gouvernement du Para menace de détruire pour en faire un quartier résidentiel pour les riches. Plus loin, une zone a déjà été défrichée pour construire des maisons. Une association de protection environnementale a été créée pour préserver cette zone.

Nous arrivons au bout d’une route le long de laquelle sont installées de nombreuses maisons. À l’extrémité, une décharge. Sur la route défoncée se croisent des camions en provenance de plusieurs municipalités environnantes qui viennent y déverser leurs déchets. Des vautours (urubu) s’acharnent sur un cadavre de chien dans un fossé. La décharge fume. Des enfants escaladent la montage de déchets, pour faire de la récupération et du « recyclage ». Les maisons ici se sont construites illégalement, en même temps que la route. Le gouvernement fédéral a interdit la décharge, mais le gouvernement municipal n’a pas encore mis cette décision en application. Les habitants accusent la municipalité de droite, mais aussi l’enchevêtrement des échelons administratifs qui compliquent toutes les décisions politiques. Ils ont dénoncé la situation auprès du journal local, mais rien n’a bougé.

De l’autre côté de la décharge, un autre trafic s’organise : des camions viennent chercher des cargaisons de terre. Une terre polluée par la décharge, qui servira pourtant à construire des maisons.

Un peu plus loin, c’est le quartier de Santa Clara. Nous nous arrêtons au centre médical public et discutons avec le médecin responsable, une « héroïne » selon nos accompagnateurs. Ils considèrent le quartier comme très dangereux. Avant de s’y aventurer, ils ont essayé sans succès de convaincre des policiers de nous suivre en voiture pendant notre visite. Pendant que nous sommes au centre médical, un groupe d’hommes s’agite de l’autre côté de la rue. Après les avoir rassurés sur les raisons de notre présence – nous ne sommes pas envoyés par le gouvernement - nous engageons la discussion avec eux. Ici les jeunes sont sans travail et surtout sans perspectives. Ils ne voient aucune possibilité d’action et semblent complètement perdus et désabusés.

Juste à côté pourtant, un groupe d’une vingtaine d’enfants et d’adolescents pratiquent la capoeira, encadrés par quelques adultes. Le professeur nous explique combien cet art martial favorise l’harmonie et le respect. C’est la transmission d’une partie de leur culture et une manière d’affirmer leur identité. Il regrette le manque de soutien du gouvernement, du fait que ce ne soit pas un sport olympique. Pourtant, ce groupe de jeunes motivés et fiers est la preuve vivante des conséquences bénéfiques que peut avoir la pratique de cette discipline exigeante. Dans un quartier limitrophe, nous rencontrons ensuite Alejandro, qui nous fait visiter l’exploitation agricole dont il est propriétaire avec sa famille. Ses produits biologiques, qu’il vend sur les marchés et aux supermarchés, ont été servis au Pape lors de sa visite dans le Para. Ici, l’ancien gouverneur de l’État a rebaptisé le quartier de son propre nom. Mais les habitants continuent d’utiliser l’ancien, quartier « Che Guevara ».

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