Les statistiques sur les personnes sans domicile sont peu fiables, d’autant que la notion même de SDF est mal définie : les documents de la Préfecture de police annonce entre 10 000 et 12 000 sans-abri, dont plus de mille femmes. Ces dernières, souvent très discrètes, tentent le plus possible d’échapper aux regards. « Dans le monde de la rue, on reconnaît un nouveau venu au barda qu’il trimbale avec lui », raconte un vieux monsieur qui a finalement trouvé un logement stable après dix ans d’errance. « Au début, le SDF garde tout ce qu’il peut avec lui : vêtements, couverture, ustensiles de cuisines, souvenirs. Mais, dès la première semaine, il se débarrasse de ses affaires trop encombrantes. Il quitte son passé sans rêve d’avenir. » Vivre dans la rue, c’est un métier à plein temps où la survie dépend d’une bonne organisation. Le quotidien est un parcours du combattant : manger, dormir, se tenir propre. Les sacs qu’on traîne avec soi rassurent et gênent : les vols sont fréquents, dans la rue comme dans les foyers d’hébergement. Avec le plan Vigipirate, les consignes des gares se font de plus en plus rares. Surtout, elles sont chères.
C’est pour faire face à toutes ce difficultés qu’est née l’association Bagagérue, il y a maintenant 3 ans : Claire Grover et Thierry d’Auzon décident en effet de proposer un projet de bagagerie et s’adressent aux quatre conseils de quartier du centre de Paris et à la mairie du IVe. Après un an d’effort, l’association ouvre ses portes en mai 2006 dans le bâtiment des Bains-Douches de l’Île-Saint-Louis. Le local de 12 mètres carrés comporte 30 casiers, dont 20 sont fermés à clé et ouvre deux fois par semaine, le lundi de 8h30 à 9h30 et le mercredi, de 10h à 11h. L’utilisateur signe un contrat pour deux mois, renouvelable. Certains sont là depuis l’ouverture de la structure. Claire, qui a porté le projet de bout en bout, bénévole depuis le début, attache une attention toute particulière à conserver une bonne ambiance entre usagers mais aussi entre usagers et bénévoles. Elle ne transige pas sur ce point mais s’emploie aussi à offrir un accueil chaleureux, propose un café ou un chocolat, demande des nouvelles de l’un ou de l’autre, oriente et conseille à l’occasion. « Nous essayons aussi de favoriser l’insertion des femmes, plus vulnérables. Sur une trentaine d’usagers, sept femmes fréquentent aujourd’hui la bagagerie. Mais contrairement aux hommes, elles viennent peu », explique-t-elle.
La bagagerie a été la première, sur Paris, à ouvrir ces consignes. Elle a servi d’exemple à d’autres structures, telle “Mains libres”. Mais elle a tenu à conserver son indépendance. Tandis que les autres organisations entraient dans le moule des services sociaux, filtrant et orientant les futurs utilisateurs, Bagagérue reste en accès direct à ceux qui en font la demande, sans intermédiaire, sans recommandation. Une façon de ne pas trier les êtres humains.
Françoise Galland
Bagagérue, 8, rue des Deux-ponts, 75004 Paris






