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MIGRANTS DU NORD

Au tribunal du mépris ordinaire

Par Julien Brygo (9 janvier 2009)

À Dunkerque, deux jours avant Noël, un vice-procureur s’est transformé en agent de recrutement pour l’armée. Avec, au passage, un mépris affiché pour les deux populations de migrants qui peuplent la région, en quête d’un exil improbable vers la Grande-Bretagne : les Afghans et les Irakiens.

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Le 15 décembre 2008, le Parquet de Dunkerque ordonne la destruction du campement de Loon-Plage, situé sur le port de Dunkerque, et dans lequel se serrent des migrants afghans et irakiens. C’est le procureur de Dunkerque qui a lancé l’ordre, dans le cadre d’une enquête sur l’agression de chauffeurs routiers aux alentours du terminal ferry, un mois plus tôt. Près de 70 migrants sont arrêtés. Certains sont placés en centre d’accueil pour demandeurs d’asile ; d’autres sont renvoyés dans le premier pays où leurs empruntes ont été identifiées, la Grèce ou l’Italie ; d’autres encore sont relâchés dans la nature par la Police aux frontières. La nouvelle remue les associations de défense des migrants, lesquelles s’étaient vues promises cet automne, par le sous-préfet de Dunkerque, que pendant l’hiver, aucune destruction de camp n’aurait lieu.

Récrutement pour l’armée et impunité

Dix jours après cette destruction spectaculaire, lors d’une banale audience de justice en correctionnelle, le vice-procureur de Dunkerque, Philippe Olivier, qui représente donc la position de l’État, dérape et amalgame « Irakiens » et « Afghans » - précisément les deux populations les plus nombreuses des « jungles » du Dunkerquois. Au cours de sa plaidoirie, le 23 décembre, dans une affaire de violences alcoolisées entre jeunes Dunkerquois, munis de casques de motos et de « matraques téléscopiques », le vice-procureur réagit à la demande de « Y.L », l’accusé, qui vient d’infliger dix jours d’interruption totale de travail à sa victime et demande de ne pas l’inscrire à son casier judiciaire. Le prévenu veut s’engager dans l’armée. Le vice-procureur semble ne pas vouloir gâcher une carrière si prometteuse : « Bah. Encore une bagarre entre jeunes alcoolisés. On ne saura jamais ce qui s’est passé. Laissons-les avec leurs histoires de jeunes. Le prévenu dit qu’il veut s’engager dans l’armée. Très bien. Et qu’il ne faut pas d’inscription sur le casier au bulletin n° 2. Je ne m’y oppose pas. Qu’il aille à l’armée, comme ça, il ira chasser de l’Irakien ou de l’Afghan. Ils lui mettront des armes entre les mains, il pourra alors se défouler. » (La Voix du Nord, 24.12.08)

Acharnement

« Y.L » écopera de trois mois de prison avec sursis, de 300 euros de dommages et intérêts et.... d’un casier aussi vierge qu’une dune. L’histoire ne dit pas si l’auteur des violences sera admis dans l’armée française, laquelle a détaché 3000 soldats en Afghanistan mais aucun en Irak. Il faut dire que le Parquet de Dunkerque, qui juge à longueur d’années des présumés passeurs sans que le nombre de migrants ne diminue dans la région - ce qui illustre le degré de succès des politiques de lutte contre l’immigration clandestine - est confronté à la banalisation de la présence afghane et irakienne sur le territoire du littoral dunkerquois. Jusqu’à amalgamer ces deux populations, et les identifier comme de vulgaires lapins à chasser. L’an passé, la PAF s’était illustrée en marquant la main des migrants au feutre rouge, pour mieux les identifier, sur les squats de Calais et de Loon-Plage. Aujourd’hui, c’est l’État, qui, par les mots qu’il choisit, illustre la routine de l’acharnement policier et des procédures répressives à l’encontre de plusieurs centaines de citoyens exilés de pays où se déroulent des conflits internationaux « pour la liberté et les valeurs de l’occident » [1].

Julien Brygo

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