BASTA !
Accueil > Témoignages > En direct du Forum social africain

Altermondialisme

En direct du Forum social africain

Par Rédaction (26 novembre 2008)

Le 5ème Forum social africain se tient à Niamey, capitale du Niger. Zoul, militant français de l’association Survie et travaillant pour un réseau d’organisations paysannes raconte son voyage, dans la sphère altermondialiste du continent noir.

  • Réagir à cet article
  • Recommander à un-e ami-e
  • Augmenter la taille du texte
  • Diminuer la taille du texte
  • Imprimer

Zoul est membre de Survie, de l’association Inter-réseaux développement rural et du Collectif pour l’annulation de la dette du Tiers-monde (CADTM). Il anime également un blog sur lequel vous pouvez suivre ses pérégrinations.

« En 2006, j’avais déjà eu la chance de participer à la deuxième édition du Forum Social du Niger, organisé autour de l’association Alternative Niger, par de nombreuses organisations de la « société civile » nigérienne. Cette fois-ci, on change d’échelle, puisque c’est toute l’Afrique qui est attendue à Niamey, et même le monde, puisqu’on attend de nombreux participants d’Europe, d’Asie et des Amériques.

En deux ans, beaucoup de choses ont changé au Niger. On pense évidemment au conflit du Nord-Niger qui s’installe dans la durée, provoqué entre autre par l’exigence d’une meilleure répartition des bénéfices immenses liées à l’exploitation des ressources naturelles. La France et Areva ne sont plus seules à avoir de l’appétit pour la formidable richesse des sous-sols nigériens. La délivrance, dans la plus totale opacité, de plus de 120 permis de recherches et d’exploitations ont amenés un groupe d’individus à former le Mouvement des Nigériens pour la Justice, qui a pris les armes, affrontent l’armée nigérienne et dérangent les multinationales. Par ailleurs, le président Tandja a mis intelligemment à l’ombre son principal allié, ancien premier ministre Hamadou Hama qui croupit en prison depuis presque 6 mois, et qui constituait alors son principal adversaire pour les prochaines présidentielles.

"Tazarché !"

"Continuer !" Vous n’y échapperez pas dans tout le Niger. C’est l’esprit du temps, l’ambiance qui est dans l’air, irrespirable. Les nigériens semblent mystifiés et se préparent déjà à voir Tandja effectuer son troisième mandat, pourtant interdit par la constitution. Comme on l’a souvent connu dans la sous-région, il est difficile de quitter le pouvoir : ce Monsieur veut continuer coûte que coûte. La tension, pour ne pas dire la guerre, au Nord lui permettrait ainsi de se prolonger ad vitam eternam.

Me voilà donc en route pour Niamey, et déjà dans l’avion, j’ai la chance de tomber entre deux personnes fort sympathiques : Chloé Leprince, journaliste à Rue89, qui vient faire une formation « webmédias » à des journalistes africains, dont mon ami togolais Dimas Dzikodo, et Guy Désiré Yaméogo, principal responsable du marché du film du Fespaco, le premier festival de cinéma africain, qui rentre tout juste du Brésil.

A l’aéroport, mieux vaut avoir son carnet de vaccination, si l’on veut s’éviter quelques négociations fastidieuses. Avec un peu de tact et de bonne humeur, on finit par se comprendre. Dehors, Idrissa Moumouni, chargé de communication de la Plateforme Paysanne du Niger nous accueille chaleureusement, puis nous accompagne dans une auberge, qui par chance fait face à une buvette qui propose la traditionnelle, et particulièrement de rigueur « conjoncture » : une bière locale un peu moins chère que les autres, qu’on consomme surtout en temps de crise. La soirée a continué au groupe Alternative où l’ambiance pré-forum est déjà là. Je retrouve de nombreux amis, et suis accueilli avec une chaleur incroyable, qui donne l’impression qu’un rien de temps s’est écoulé depuis mon dernier séjour, qui remonte pourtant à deux ans.

Premier jour

Mon premier jour ici commence par une visite à la Plateforme Paysanne, qui place le droit à l’alimentation, l’agriculture familiale et les valeurs et savoirs paysans au coeur de son action. Beaucoup de promesses en lien avec le programme de la semaine puisque les paysans du Niger, mais aussi de la sous-région, seront mobilisés pour un grand forum autour de la souveraineté alimentaire qui réunira plus de 400 participants.

On voudrait continuer notre route, mais on nous chasse de l’hôtel, réservé pour la délégation ivoirienne. Peu de choix s’offre à nous, et c’est un peu contraint que nous nous rendons dans un hôtel de grand standing - d’où je vous écris - dans une espèce de suite présidentielle énorme. Ça coûte vraiment cher, mais c’est original, et pour le moins contradictoire pour des participants à un forum social. Je me demande si je ne vais pas rejoindre le camp des jeunes dès demain, même si pour des raisons professionnelles, il semble plus sage que je ne m’éloigne pas trop de mon collègue.

La journée continue donc au siège d’Alternatives, où les inscriptions sont en cours. L’activité frénétique annonce un forum d’envergure, même si les coupures de courant de la « Coupelec » nous privent parfois de nos principaux outils de travail. Un repas enfilé et la chaleur nous abat. On rencontre aussi un groupe d’espagnols sympas, croisé quelques années plus tôt, à Ouagadougou, à l’occasion d’une commémoration en mémoire de Thomas Sankara.

Grosse fiesta

Je prends la route de la frontière avec le Burkina pour accueillir les caravanes en provenance du Sénégal, du Nigeria et qui sont passés dans les différents pays pour prendre des passagers. Grosse fiesta à la descente du bus, même si nos amis sont fatigués. Les sénégalais sont dans des bus depuis cinq jours maintenant !

On les laisse donc continuer vers le stade où ils seront logés, tandis que je m’arrête à l’université. S’y déroule une grande soirée culturelle, avec des sketchs comiques joués par les étudiants, tous plus drôles et réussis les uns que les autres. Le concert est plus difficile, en playback essentiellement et avec une sono qui commence à sérieusement fatiguer. Sur la route, j’ai l’occasion de discuter longuement de la préparation du forum, avec Abdourahamane, du Réseau des Journalistes pour les Droits de l’homme, pièce-maitresse du forum que je connais depuis Porto Alegre en 2003, et avec Maestro Abdoul, un jeune technicien passionné de son qui travaille à la radio Alternative.

Mais je garde ça pour demain soir, si j’ai encore un peu d’énergie car je dois me lever à 8h pour aller en brousse pour un atelier d’écriture sur les savoirs paysans. Je serai de retour sur Niamey à la mi-journée pour la marche puis la cérémonie d’ouverture et le concert sur une place publique de la ville.

A très bientôt ! »

Zoul

  • twitter
  • facebook
  • delicious
  • google

Réagir à cet article

Débattre

Crise financière

Spéculation : l’Espagne a déjà remboursé trois fois sa dette !

Par Jérôme Duval, Yves Julien

En dix ans, l’Espagne a remboursé 1 020 milliards d’euros de dette, taux d’intérêt compris. Soit trois fois le montant de ce que l’État avait emprunté en 2000. Un énorme transfert des richesses ponctionnées sur la population et les services publics au bénéfice de riches créanciers. Comme en Grèce ou au Portugal…

[Lire la suite]

ça bouge !

De Lyon à Avignon

Une chaîne humaine pour sortir du nucléaire

Un an jour pour jour après Fukushima, plusieurs associations, syndicats et partis politiques, appellent à former une grande chaîne humaine d’Avignon à Lyon, dans la région la plus nucléarisée d’Europe, avec quatre centrales nucléaires et les sites de Marcoule et Pierrelatte. Basta ! reproduit l’appel national intitulé « Le 11 mars, réagissons ! ».

[Lire la suite]
Creative Commons License Sauf mention contraire, le contenu de ce site est sous contrat Creative Commons | CGU  | Nous contacter | Mentions légales | Spip | RSS 2.0 fil rss
Avec le soutien de la région Ile-de-FranceIle-de-France et la Fondation pour une Terre HumaineFondation pour une Terre Humaine