L’information se consomme désormais comme n’importe quel autre produit. Un flot de nouvelles se déverse quotidiennement : un conflit remplace une catastrophe qui, elle-même, a succédé à un fait divers. Les espaces de réflexion, de mise en perspectives permettant à de véritables débats de se tenir, à des analyses de se faire jour, rendant possible une meilleure compréhension du monde qui nous entoure et la recherche de réelles solutions, se réduisent. L’information n’a plus aucun sens. Résultat : résignation ou frustration dominent tandis que « l’information divertissement » se décline des télévisions aux news magazines, suscitant émotions et indignations sans lendemain. Trop peu de médias, même dans la presse écrite, tranchent avec cet état de fait.
Les médias sont devenus avant tout des supports publicitaires. Les recettes publicitaires représentent près de la moitié du chiffre d’affaire de la presse en générale. Cette part peu atteindre plus de 60% dans les chaînes de télévision privées, encore davantage dans la presse féminine. Difficile dans ces conditions de jouer son rôle de contre-pouvoir vis-à-vis de secteurs économiques généreux en achat de pages ou de spots publicitaires. La pub est loin d’être neutre et véhicule une certaine idée du développement souvent contradictoire avec les valeurs de solidarité, les préoccupations sociales et écologiques. Les grandes surfaces, les marques automobiles ou les opérateurs de téléphonie mobile figurent ainsi parmi les principaux annonceurs. Cette dépendance financière se double d’une concentration de plus en plus grande entre les mains de quelques grandes familles et industriels : Amaury (Le Parisien…), Berlusconi (groupe Mondadori), Bouygues (TF1…), Dassault (Le Figaro, La Voix du Nord…) ou Lagardère (Elle, Paris Match…), sans oublier Bolloré (Direct 8…) qui s’intéresse aussi aux médias africains. La plupart affiche une grande proximité avec le pouvoir politique, quand ils n’accèdent pas eux-mêmes au pouvoir.
Les lecteurs ont leur part de responsabilité en plébiscitant certains titres et contenus. Les huit magazines « people » totalisent ainsi un tirage de plus de trois millions d’exemplaires. La presse dite féminine, beaucoup plus fournie en publicité affichée ou déguisée qu’en articles de fond, dépasse les quatre millions, tandis que les neufs principaux quotidiens nationaux peinent à atteindre un million et demi d’exemplaires.
Quelle information alternative ?
Dans nos sociétés aux interactions de plus en plus complexes, l’accès à une information de qualité est primordiale : pour aiguiser l’esprit critique et revivifier une démocratie fatiguée, pour décrypter les graves crises actuelles – climatique, financière, énergétique, alimentaire, sociale… - et permettre à des réponses de s’élaborer collectivement. Les acteurs de la solidarité internationale, les mouvements et associations qui cherchent à promouvoir un autre modèle de société, ne peuvent s’exonérer d’une véritable réflexion en la matière. Le recours aux médias ne doit pas être pensé uniquement en terme de stratégie de communication au service de telle cause ou de telle campagne. La critique des médias existants est nécessaire, mais pas suffisante.
Soutenir l’émergence de médias alternatifs au modèle dominant ou renforcer ceux qui existent est un enjeu aussi essentiel que de favoriser des échanges commerciaux équitables ou une agriculture non productiviste. Internet est, pour cela, un outil intéressant. La multiplication de sites d’information indépendants a diversifié les sources d’information. Internet a aussi permis une plus grande participation des lecteurs (forums) et l’expression d’opinions souvent ignorées par les médias traditionnels (blogs). Mais informer demande des moyens en terme d’investigations, de reportages, de vérifications, d’analyses et de rigueur journalistique. Les modèles économiques des sites d’information existants, gratuits pour la plupart, sont encore trop instables pour leur permettre de jouer pleinement ce rôle. Un vaste chantier en perspective.
Quelles sources de financements ?
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