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Droit à la santé

Médecin des pauvres, un métier éreintant

Par Nolwenn Weiler (1er février 2008)

Une généraliste d’un quartier populaire raconte son combat pour que les pauvres aient accès aux soins. Un combat qui n’a pas résisté au démantèlement du système de santé public, aux pressions de l’administration et au flicage des patients.

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Calé au rez-de-chaussée d’une des tours de la cité populaire de Verneau, à Angers, le cabinet médical du quartier se fond dans le paysage. Les boîtes aux lettres sont défoncées, la porte d’entrée de la cage d’escalier ne vaut guère mieux. Au sol, gisent des tas de pubs jamais, ou rarement, ramassés. Sylvie Cognard Er Rhaimini, médecin généraliste, a tout juste 26 ans quand elle s’y installe, en 1980, invitée par un collègue qui, depuis, s’est suicidé... . « Nous voulions nous rapprocher des plus démunis, de ceux qui souffrent le plus. Des collègues nous ont dit que nous étions fous, et le conseil de l’ordre des médecins avait du mal à accepter notre contrat d’association. Les travailleurs sociaux, en revanche, nous ont accueillis à bras ouverts. » Convaincus et passionnés, les deux généralistes hésitent, au début, à se faire payer, et sont restés smicards pendant deux ans !

Serment d’Hippocrate

Ils défendent « une médecine proche des gens, qui prend en compte leur totalité physique, psychique et sociale » et pratiquent une médecine lente, qui laisse une grande part à l’écoute. « Cela permet de révéler les liens qui existent entre maladies et parcours de vie », souligne Sylvie. Les parcours de ses patients sont le plus souvent chaotiques. « 40% d’entre eux sont à la CMU. Ils sont 30% à être en ALD (affection longue durée, ndlr). J’ai 75% de paiements indirects », précise-t-elle. « Ça étonne certains médecins conseils, que j’ai autant de patients en ALD. Pourtant, tout le monde sait bien qu’au sein des populations défavorisées, on est plus malade qu’ailleurs. L’argent ne fait pas le bonheur mais il semble qu’il favorise un meilleur état de santé ».

Plutôt accommodante, Sylvie Cognard Er Rhaimini antidate parfois les ordonnances, pour que ses patients puissent bénéficier encore un peu de leur CMU, qui vient de se terminer... ou pour leur éviter de venir plusieurs fois de suite au cabinet. Ces petites entorses à l’ordre administratif ne lui ont jamais posé de problèmes de conscience. Elle estime être là dans le « prendre soin », tout simplement, et dans le plus pur respect du serment d’Hippocrate. Les instances de contrôle des médecins, qui se multiplient au fur et à mesure que se réforme la sécurité sociale, ne l’entendant évidemment pas de cette oreille, et la docteure a été rappelée à l’ordre et sanctionnée à plusieurs reprises. « L’exercice de la médecine générale auprès d’une population défavorisée devient mission impossible », tempête-t-elle.

Grenelle de la santé

Le « médecin pauvrologue », comme elle se définit elle même, a donc décidé de dévisser sa plaque. Elle a quitté le quartier en décembre dernier. Epuisée de s’être tellement engagée, effrayée par la disparition programmée de la sécurité sociale, révoltée par la criminalisation des patients. « Le système s’est durci. Le climat est devenu suspicieux, entre les gens et entre les médecins. Mais que croit-on ? Que cela fait plaisir aux gens de tomber malade ? Qu’ils le font exprès ? Quand je prescris un arrêt de travail à une personne que je connais depuis 20 ans, on me demande maintenant un compte rendu de psychiatre. Je sens là que l’on ne reconnaît plus ma compétence et ça je le vis très mal. » Elle est aussi lassée de protester contre le paiement à l’acte, « ce mode de rémunération qui fait que plus on travaille vite et mal plus on gagne d’argent ».

Plutôt pessimiste sur l’avenir de la santé publique, Sylvie Cognard Er Rhaimini a malgré tout la grande satisfaction de ne pas laisser le cabinet du quartier Verneau vide. Trois jeunes généralistes ont pris la relève. Ils ont 33, 36 et 37 ans. Désolée de leur laisser « une discipline non reconnue et des collègues trop peu nombreux et épuisés », elle les invite à provoquer « un Grenelle de la santé où on assiérait ensemble les gestionnaires, les patients, les médecins ainsi que quelques philosophes pour repenser totalement le système, et en inventer un qui soit plus cohérent. »

Nolwenn Weiler

A lire : Toubib de cité, malade du régime, l’honneur de la désertion. Publié en avril 2007 par les éditions du Petit Pavé, cet ouvrage est un plaidoyer passionné en faveur de la médecine générale. D’une écriture alerte et spontanée, Sylvie Cognard Er Rhaimini raconte son quotidien de médecin et les réflexions qu’il lui inspire, expliquant pourquoi elle continue de l’aimer, éperdument. Et pourquoi elle s’inquiète. Pour l’avenir de ses patients, peu fortunés, et pour celui du métier, tellement dévalorisé.

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