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Législatives

« Le discours social de la gauche n’est plus crédible »

Par Ivan du Roy (11 juin 2007)

Le géographe Christophe Guilluy, scrutateur des fractures sociales, réagit au premier tour des législatives et s’inquiète du « divorce quasi définitif » entre la gauche et les catégories populaires.

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Cet article a été initialement publié dans l’hebdomadaire Témoignage Chrétien

Quel est selon vous le principal enseignement de ce premier tour ?

L’abstention : la moitié des ouvriers, des revenus modestes et des jeunes de 18-24 ans, plus de 40% des employés et des 25-44 ans se sont abstenus. La vague bleue, c’est sans les catégories populaires. Reste à savoir pourquoi cet électorat populaire ne s’est pas mobilisé pour les candidats de gauche. Il ne s’est pas rendu aux urnes ou, quand il l’a fait, c’est pour voter Nicolas Sarkozy, qui arrive en tête chez les revenus les plus bas tout en étant sur-représenté chez les plus élevés.

Observe-t-on encore une fracture géographique entre villes et zones périurbaines ?

Les poches de résistance du PS et de la gauche sont plutôt dans les grandes villes. Mais cette mécanique très forte lors du premier tour des élections présidentielles - les villes à gauche et les zones péri-urbaines à droite - est moins marquée du fait de l’abstention.

Comment expliquez-vous l’absence de mobilisation à gauche malgré la menace ?

On sait qu’il va y avoir une vague bleue mais on ne se déplace plus pour voter. Cela pose la question du discours à l’égard de gens qui veulent être protégés. Depuis 2002, la gauche ne se pose pas la question du projet, ni celle des catégories populaires et de leur attente d’une autorité protectrice. Nicolas Sarkozy, avec son discours sécuritaire et autoritaire face à la mondialisation, donne l’impression d’avoir entendu le message. Comme si les gens avaient intégré que la protection face à la mondialisation était incarnée par Nicolas Sarkozy et la droite. Le candidat le plus néo-libéral se muant en protecteur face à la mondialisation néo-libérale... C’est hallucinant !

L’effondrement du FN est-il durable ?

Le FN est très bas, mais ses idées sont très hautes. Le PCF disparaît parce que ses idées ne sont pas prégnantes. Le discours du FN a totalement été intégré par Nicolas Sarkozy et son discours d’autorité face à la perception qu’ont les catégorie populaires de la mondialisation via l’immigration. Certaines des catégories qui se sont le plus abstenues sont celles qui votaient plutôt pour le FN, en particulier dans les zones rurales. On peut se réjouir de son effondrement mais ses idées sont toujours là. Marine Le Pen réalise 25% des suffrages dans le Nord, dans une circonscription de gauche. Quand la droite ne capte pas cet électorat, le FN continue de le faire. Entre un discours néo-libéral et une illusion de protection, combien de temps Sarkozy arrivera-t-il à tenir les deux bouts ? La captation de cet électorat se fera en allant toujours plus dans le sens du FN.

Pourquoi l’extrême gauche n’attire pas davantage ces catégories populaires ?

La gauche - y compris l’extrême gauche - est perçue comme exclusivement tournée vers la protection des salariés du public, auprès desquels elle arrive d’ailleurs en tête. Si le PCF se maintient tant bien que mal, c’est grâce à l’abstention et pas à un vote d’adhésion. C’est un maintien par défaut. Même le discours radical de l’extrême gauche et le bla-bla trotskiste ne marchent pas. Le discours social tel qu’évoqué par la gauche n’est plus crédible.

Y compris chez les jeunes pourtant majoritairement hostiles à Sarkozy ?

La gauche s’effondre en banlieue. Les jeunes de banlieue n’étaient pas pro-Royal mais anti-Sarkozy. Même cet électorat n’a pas suivi. Il n’y a pas d’adhésion idéologique à la gauche gouvernementale. Tout est à reconstruire.

En prend-elle le chemin ?

A entendre les déclarations au soir du premier tour, pas un représentant de la gauche n’a tenu de discours répondant à ces questions. Que les bas salaires votent d’abord pour Sarkozy n’a pas l’air de les choquer. Ils appellent à se mobiliser pour le second tour. Cela révèle une fois de plus leur incapacité à écouter. Les catégories populaires n’iront pas plus voter au second qu’au premier. Ils ne veulent pas être le dindon de la farce. Va-t-on assister à un divorce absolu et quasi définitif entre la gauche et les catégories populaires ?

Recueilli par Ivan du Roy

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