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Solidarité internationale

Aide au développement : la tension monte entre les ONG et le gouvernement

Par Ivan du Roy (16 juillet 2010)

Le gouvernement Sarkozy veut-il écarter les organisations non gouvernementales et associations de solidarité internationale de l’aide au développement ? Rendez-vous annulé à l’Élysée, réunion avec l’Agence française de développement qui tourne au vinaigre… Autant de signes qui inquiètent le monde des ONG.

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Le 22 juin, le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner invite une vingtaine de représentants de la « société civile » à un « Conseil stratégique ». Des dirigeants de fondations, des chefs d’entreprises, quelques représentants d’ONG (Crid [1], Croix rouge française, Fiacat [2], Handicap International…), un syndicaliste (de la CFDT) se rendent donc au Quai d’Orsay discuter diplomatie et aide au développement. Problème : Bernard Kouchner ne participera pas aux sommets du G8 et du G20 qui se tiennent au Canada quelques jours plus tard.

Pour discuter de ces sommets, sur fond de crise, le rendez-vous clé est programmé deux jours plus tard, le 24 juin. Les ONG seront reçues par Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Cette rencontre entre société civile et président de la République, à la veille de chaque G8, est pratiquée depuis huit ans. Devenue traditionnelle, cette habitude a été prise sous la présidence Chirac en 2002 pour marquer la volonté de la France d’arriver à ces sommets après avoir entendu la parole de ses ONG. Une seule fois ce rendez-vous a été manqué, lors de la libération d’Ingrid Betancourt en juillet 2008.

23 joueurs valent bien 3 milliards de pauvres

Mais ce 24 juin, coup de tonnerre, ou plutôt de vuvuzela ! Nicolas Sarkozy annule sa rencontre avec les ONG pour caser le rendez-vous demandé par Thierry Henry, de retour de la débâcle sud-africaine. Question de priorité… « Pour le Président de la République, recevoir un footballeur est plus important que la situation des trois milliards de pauvres des pays en développement. C’est un très mauvais signal pour la politique de coopération de la France », déplore, le 25 juin, Jean-Louis Vielajus, président de Coordination Sud (qui regroupe 130 ONG) sur LCI. D’autant qu’en septembre, Nicolas Sarkozy est censé participer au sommet contre la pauvreté à New York, et qu’en novembre, la France doit prendre la présidence du G20. Les déconvenues des ONG ne s’arrêtent pas là.

Le nouveau directeur de l’Agence française de développement (AFD), Dov Zerah, invite ceux qui se sont fait poser un lapin par l’Élysée à le rencontrer, le 29 juin. Dov Zerah est un proche du Président de la République. Il vient d’être nommé le 2 juin à la tête de l’institution financière qui gère et distribue une grande partie de l’aide publique au développement (APD) destinée aux pays du Sud. Il connaît le secteur : il a dirigé le cabinet du ministre de la coopération Michel Roussin [3] en 1993 puis a présidé début 2000 le groupe textile Dagris (aujourd’hui Geocoton), très implanté en Afrique sub-saharienne. Il gère l’AFD sous la tutelle de trois ministères : le Quai d’Orsay, Bercy et le ministère de l’Immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire.

Claquage de portes

Mais la réunion tourne au vinaigre. Le ton du nouveau directeur est jugé agressif. Celui-ci semble peu disposé au dialogue. Il fait comprendre aux ONG que leur place en tant que partenaires privilégiés est loin d’être assurée face, notamment, aux entreprises qui – dit-il - doivent prendre toute leur place dans l’aide au développement (seraient-elles soudainement devenues philanthropes ?)... Il demeure flou sur la part de l’enveloppe budgétaire qui sera attribuée aux associations pour mener à bien leurs projets. Selon Coordination Sud, 1,5% de l’aide publique française au développement transite par les ONG, soit 45 millions d’euros en 2010. C’est dix à vingt fois moins que d’autres pays européens, notamment le Royaume-Uni ou la Suède. Et très en dessous de la moyenne des États de l’OCDE : 5% de l’aide au développement passe par les associations. Enfin, si les ONG présentes ne sont pas contentes, Dov Zerah menace explicitement d’en trouver d’autres, plus dociles. Après plus d’une heure de ce style, les représentants des 130 ONG décident de plier bagages.

L’attitude de Dov Zerah est en totale contradiction avec la promesse faite par Jacques Chirac, reprise à son compte par Nicolas Sarkozy, de doubler la part de l’APD transitant par les ONG françaises. Cet engagement, formulé en 2005, n’a toujours pas été tenu. Le directeur de l’AFD se retrouve également à contre-courant des indications formulées par le Parlement, lors de la remise du rapport sénatorial sur le financement de l’aide au développement, en novembre 2009. « Vos rapporteurs souhaitent que les engagements pris à l’égard des ONG soient tenus, car il importe pour l’efficacité même de notre politique de renforcer les opérateurs associatifs français qui mènent sur le terrain des actions souvent remarquables », écrivent alors les sénateurs Christian Cambon (UMP, Val-de-Marne) et André Vantomme (PS, Oise). Le directeur de l’institution financière, désormais présentée comme « un groupe au service du développement » disposant d’ « une gamme de produits diversifiés pour répondre aux besoin de nouveaux clients », ne semble pas partager ce point de vue. A-t-il l’aval de l’Elysée ?

Ivan du Roy

Notes

[1] Centre de recherche et d’information sur le développement, qui regroupe une cinquantaine d’ONG, dont le Secours Catholique et le CCFD.

[2] Fédération internationale des chrétiens pour l’abolition de la torture.

[3] Michel Roussin a ensuite été vice-président du groupe Bolloré, très implanté en Afrique de l’Ouest, de 2000 à 2010.

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