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Vacances

8 millions de Français bientôt bloqués chez eux

Par Ivan du Roy (29 avril 2010)

Ouf ! Les touristes sont sauvés. Leurs mésaventures contées pendant une semaine à longueur de journaux télévisés prennent fin. On attend avec impatience les unes, reportages et micro-trottoirs que les grands médias ne manqueront pas de consacrer cet été aux millions de Français bloqués chez eux, privés de vacances par l’éruption des inégalités.

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Les sillages de kérosène lacèrent à nouveau l’azur. Terminées les images de businessmen trépignant en vain, le smartphone à cours de batterie posé sur un lit de camp dans les travées d’Heathrow ou de l’aéroport JFK. Finis les micro-trottoirs réalisés dans des hôtels sans étoiles de Delhi ou Moscou, refuges spartiates pour des touristes qu’un volcan a mis sur la paille. Adieu les paroles énervées ou fatiguées de voyageurs trimballés de bus en ferry et de trains en taxis sous un ciel immaculé. Pendant cinq jours, un gigantesque jeu de télé réalité – les émissions du genre « at home express » : on vous pose à 5.000 km et revenez chez vous avec 1 euro en poche – a passionné les médias hexagonaux. Entre 100.000 et 200.000 Français, enfermés dehors, y ont participé à leur insu, tout en étant allègrement filmés. Cette parenthèse hors du temps de la globalisation s’est close. Restent des heures d’images et reportages, avec des halls, des quais, des guichets et des panneaux d’affichage pour décor.

Une autre parenthèse hors de ce temps de la mondialisation s’ouvrira entre le 14 juillet et le 15 août. Cette parenthèse ne concernera pas entre 100.000 et 200.000 Français, mais 7 à 8 millions : la proportion de nos concitoyens qui, faute de moyens, n’auront pas pris de vacances en 2010 et regarderont à la télé dans leur salon chauffé par le soleil d’été, les quais de gare bondés et les autoroutes engorgées. D’où sort ce chiffre ? D’après les dernières études de l’Insee (publiées en 2006), le « taux de départ » en vacances est d’environ 65%. Un tiers des Français passent donc leurs congés à domicile, soit 21 millions de personnes. Si certains le font par choix ou pour raison de santé, les autres (37% de 21 millions) y sont contraints financièrement. L’absence de vacances ailleurs que chez soi concerne ainsi un enfant ou un adolescent de 5 à 19 ans sur quatre, principalement dans les familles d’agriculteurs, de retraités et d’ouvriers. Selon de plus récentes enquêtes, ce taux de départ en vacances, même relocalisées à portée de trains, de voitures ou de vélos, aurait tendance à baisser alors qu’il avait progressé au cours des années 1990. Mais que celles et ceux qui ont la culpabilité facile se rassurent : l’Insee ne devrait plus publier ce genre d’étude déprimante.

Cet « accident » de la globalisation frappe beaucoup plus de monde que les naufragés du transport aérien. Il serait pourtant bien étonnant que les grands médias lui consacrent une place au moins égale, à défaut d’être proportionnelle. En attendant le réveil de ce volcan social des inégalités pour l’instant en sommeil.

Ivan du Roy

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