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Voici à quoi ressemble la vie dans la capitale de l’État islamique

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Après être resté loin de chez moi pendant un bon moment, sur le chemin du retour, il m’a fallu paramétrer mon cerveau et le régler en mode Raqqa. J’ai laissé pousser ma barbe au point que son épaisseur et sa longueur paraîtraient louche en Turquie alors qu’elle est relativement courte et osée ici. Je ne suis pas encore habitué aux démangeaisons qu’elle provoque et je la gratte souvent.

Heureusement, l’État islamique n’exige pas encore que les habitants se rasent la moustache. Ça m’ennuie de devoir entretenir la mienne, mais au moins je n’ai pas l’air de suivre la mode de Raqqa du moment : celle du « frère » salafiste à la lèvre supérieure rasée et au collier de barbe qui donne une impression de mâchoire gigantesque.

Mes amis et moi nous moquons amèrement de nos têtes barbues, mais ça ne les raccourcit pas pour autant. Elles croissent et elle continueront de croître, exactement comme le salafisme à Raqqa aujourd’hui.

(...)

Certains de ceux qui assistent à ces cours sont à peine sortis de l’enfance. Ce sont de jeunes garçons qui peinent dans la ferme familiale ou travaillent comme des esclaves pour des clopinettes dans des ateliers sales où ils sont maltraités. Pour eux, rejoindre l’État islamique et devenir un « lionceau du califat » peut sembler une perspective séduisante. Certains participants adultes sont là pour le bon de 400 dollars que l’État islamique leur donne une fois le cursus terminé.

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Hamdan, déserteur de l’armée syrienne d’une vingtaine d’années, vit désormais à Raqqa. Sa longue barbe négligée est trompeuse –il méprise l’État islamique. Un vieil ami nommé Khalil, diplômé de l’université d’Alep, veut depuis un moment nous présenter l’un à l’autre. Il nous invite chez lui, où nous fumons, assis ensemble dans l’obscurité.

- « Tu es heureux, ici ? », demande Khalil à son vieil ami d’un ton acerbe, sachant pertinemment le genre de réponse qu’il va obtenir.
- « Non ! », répond Hamdan.
- « Alors pourquoi tu ne pars pas ? »
- « Je ne partirai pas. C’est chez moi ici. C’est mon quartier, rétorque Hamdan. Ce sont eux qui doivent partir ! »

En les écoutant se quereller, je suis étonné de constater à quel point les Syriens sont devenus divisés. Aujourd’hui, il est pratiquement impossible de trouver deux Syriens d’accord ne serait-ce que sur les termes de base qui définissent leur identité. Pour certains, la Syrie est une entité inventée par des puissances coloniales dont les frontières devraient être effacées de la carte. L’islam s’est divisé en un nombre incalculable d’idéologies conflictuelles, tandis que l’arabisme, qui a longtemps été un slogan du régime d’Assad, donne l’impression aux Kurdes, aux catholiques syriaques et à d’autres d’être marginalisés.

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