Santé publique

Virus zika : polémique au Brésil autour d’un insecticide

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Et si le responsable des milliers de cas de microcéphalies – de graves malformations crâniennes – recensés chez les nouveaux-nés au Brésil, n’était pas le virus Zika transmis par les moustiques, mais un produit chimique ? Le 9 février, un groupe de chercheurs argentins du Reduas, réseau universitaire de l’environnement et de la santé, a publié un rapport pointant du doigt l’utilisation massive de pyriproxyfène au Brésil. Ce produit chimique est abondamment utilisé depuis 18 mois dans certaines régions pour détruire les larves du moustique Ædes ægypti dans les réservoirs d’eau, responsable de la propagation de la dengue... mais aussi du virus Zika. « Les malformations détectées chez des milliers d’enfants dont les mères enceintes vivaient dans des zones où le gouvernement brésilien a ajouté du pyriproxyfène à l’eau potable n’est pas une coïncidence », avance le rapport.

Les chercheurs soulignent également que les précédentes épidémies du virus Zika n’ont engendré aucun cas supplémentaire de microcéphalies. Leur rapport s’appuie sur une note technique publiée par Abrasco, une association brésilienne de santé publique, qui exige des autorités une enquête épidémiologique sur les malformations des nouveau-nés. D’après cette note, sur les 3 893 suspicions de microcéphalie fœtale reportées dans l’Etat du Pernambuco au 20 janvier 2016, 49 décès à la naissance pour complications liées aux malformations ont été enregistrés. Sur ces 49 décès, l’infection par le Zika a été confirmée pour 5 nouveaux-nés... Trop peu pour qu’on ne prenne pas en compte les autres facteurs socio-environnementaux entourant la naissance de ces enfants.

L’utilisation du pyriproxyfène suspendue dans l’Etat de Rio Grande

D’autre part, en Colombie, second pays le plus touché par zika, aucun cas de microcéphalie qui pourrait être lié au virus n’a été recensé pour l’instant. En réaction dans un article du Monde, des chercheurs « s’agacent des rumeurs fondées sur des hypothèses erronées ». Ils citent notamment des cas de microcéphalie détectés dans des zones où le pyriproxyfène n’a pas été employé. De son côté, le ministère de la Santé brésilien a déclaré le 15 février qu’« il n’existe aucune étude épidémiologique démontrant une association entre l’utilisation de pyriproxyfène et la microcéphalie. Le ministère de la Santé utilise uniquement des larvicides recommandés par l’OMS (Organisation mondiale de la santé, Ndlr). Produits soumis à un processus d’évaluation rigoureux de l’OMS ».

Deux jours avant cette annonce, l’Etat du Rio Grande do Sul a décidé de suspendre l’utilisation du pyriproxyfène dans l’eau potable. Selon l’industriel japonais Sumitomo Chemical, fabricant du pyriproxyfène et « partenaire stratégique » de Monsanto, ces accusations à l’encontre de son produit ne reposent sur « aucune base scientifique ». Le pyriproxyfène est l’un des douze larvicides recommandés par l’OMS pour réduire les populations de moustique. L’organisation internationale s’est engagée à donner une réponse claire permettant d’étayer ou d’infirmer le lien entre ce virus et la microcéphalie qui ravage le Brésil. Si la responsabilité de ce larvicide était écartée, le directeur de l’institut thématique Microbiologie et maladies infectieuses de l’Alliance pour les sciences de la vie et de la santé (Aviesan) rappelle qu’« aucune étude scientifique ‘béton’ ne démontre aujourd’hui l’existence d’un lien direct » entre le virus Zika et la flambée des microcéphalies. En clair, les recherches indépendantes en la matière doivent se poursuivre.

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