Un média indépendant en accès libre, sans publicité, animé par sept journalistes, a besoin du soutien de ses lectrices et lecteurs. Faites un don à Basta ! En passant par J’aime l’info, un don de 50 euros ne vous coûte que 17 euros. Pour tout savoir sur notre campagne, cliquez ici.

Avancement de la campagne : 34582 € sur 100000 € !

34.58%

Education populaire

Un centre d’expérimentation permanente pour éco-construire, habiter mieux et… sauver la planète

par

  • Ajouter
  • Imprimer
  • Partager sur Delicious
  • Partager sur Google+

Au cœur du Gers rural et agricole, une association sensibilise et accompagne les démarches d’éco-construction et de gestion de l’eau. Un long travail de terrain pour montrer qu’habiter mieux est à la portée du plus grand nombre. Comment bâtir sa maison en éco-construction, en s’appuyant sur les ressources locales et les artisans du coin ? Reportage auprès de ceux qui veulent démontrer par l’exemple que d’autres manières de vivre sont possibles.

Pour voir l’article en grand format, cliquez sur l’image ci-dessous.

Tout commence avec une poignée d’adolescents passionnés par leur terroir : l’ouest du Gers, une zone à cheval entre les collines arrondies de la Gascogne et le bassin alluvionnaire de l’Adour. Une terre agricole, à la fois belle et exigeante, plutôt dans la tradition du productivisme hérité des année 60. C’est pourtant ici que va naître Pierre & Terre, une association engagée depuis 1997 dans le développement d’alternatives et de pratiques éco-citoyennes.

« Nous étions une bande de jeunes de moins de vingt ans qui avions en commun notre amour de cette terre et de son histoire », nous raconte Christophe Merotto, le directeur de la structure. Dans les années 90, chacun d’entre eux connait à sa manière une prise de conscience décisive sur la puissance et la rapidité de l’impact des activités humaines sur leur environnement. « Nous avons été durablement marqués par la frise chronologique qui montre à quel point, face à l’immensité des temps géologiques, les tous derniers moments de l’histoire de la planète ont été profondément bouleversés par l’homme industriel, alors que nous ne représentons pas grand chose dans cette histoire. »

[Cliquez sur l’image]

« Au début, notre principale action était de montrer des cailloux. On s’est mis à monter des expositions itinérantes, à tenir un stand aux fêtes patronales où l’on présentait nos outils de pierre et où l’on parlait de la vie de la rivière, de l’eau, de la terre. » L’association crée ensuite un poste de « technicien rivière », pour le suivi hydrographique du territoire. Mais cela ne fonctionne pas bien : « Les gens apprécient rarement que l’on critique leurs habitudes ou qu’on les pousse au changement. » En 2000, l’association décide d’être dans l’exemplarité, dans l’action positive plutôt que dans la critique. Changement de cap, changement de thématique : à partir des problématiques de l’eau, l’association « remonte » aux questions de l’assainissement, et donc de l’habitat qui dégrade la ressource aquifère. Les membres de Pierre & Terre se documentent et expérimentent les techniques de construction qui réduisent le plus possible l’impact environnemental des habitations. Le groupe de Gersois s’ouvre aux réseaux alternatifs pour devenir un centre de ressources en éco-construction.

Matériaux locaux et artisans du coin

Nomade à ses débuts, l’association finit par s’installer dans des locaux. En 2002, elle occupe la gare SNCF désaffectée de Riscle (Gers). Ensuite, Pierre & Terre récupère les anciens « bains douches » abandonnés de la commune. Mais la nécessité de pouvoir mettre directement en pratique les préconisations de l’association, et de s’installer dans un lieu qui illustre l’ensemble de la démarche d’amélioration de l’habitat, se fait rapidement sentir. Le site de l’ancien lycée agricole de Riscle, friche industrielle cible du vandalisme local, offre enfin l’opportunité de valoriser un terrain abandonné depuis cinq ans et d’en faire une vitrine des savoir-faire de l’association.

La démarche en écoconstruction commence bien en amont, car il faut d’abord détruire l’existant. Mais pas n’importe comment ! Le site est encombré de bâtisses qui tombent en décrépitude, d’unités en préfabriqué qui ne peuvent pas être reconverties. Pire, assez rapidement, le site s’avère contaminé à l’amiante. « L’évaluation d’une démolition conventionnelle avec les contraintes liées au déflocage de l’amiante, l’évacuation des gravats, etc, se chiffrait à 400 000 euros, décrit Christophe Merotto. Tout en respectant l’ensemble des contraintes légales et en y ajoutant des objectifs écologiques, nous avons ramené la facture de la démolition à 80 000 euros, grâce à la valorisation sur place des matériaux inertes, ce qui a très fortement réduit le nombre de camions nécessaires à l’évacuation des gravats du site. »

L’éco-centre en projet se veut ouvert au public, écologique, économique, exemplaire, avec le plus faible impact environnemental possible, tant pendant sa construction que lors de son fonctionnement. L’association veut aussi que son projet s’inscrive dans le tissu économique local : les matériaux seront essentiellement choisis sur place et il ne sera pas fait appel à des bénévoles mais au réseau des artisans et entrepreneurs en bâtiment du coin.

Pas plus cher qu’une construction « conventionnelle »

« Il y a un maçon qui vit pratiquement à côté du terrain, qui passe devant deux à quatre fois par jour, et il n’était donc pas envisageable pour nous qu’il ne travaille pas sur ce projet, explique Christophe Merotto. Quand nous lui en avons parlé, il n’a pas été très enthousiaste au départ. Pourtant, ça ne changeait rien à ses techniques et pratiques de construction : on changeait surtout la recette de ce qu’il mettait dans sa bétonneuse. » Une partie des artisans qui vont participer au projet n’ont absolument aucune expérience en éco-construction. Et si certains sont aussi réticents que ce maçon, tout comme lui, ils se laisseront convaincre de participer à ce chantier pas comme les autres. Chacun d’entre eux choisira ensuite d’intégrer ces nouvelles connaissances dans ses pratiques ou pas.

« C’était important que cela se fasse avec un budget contraint et avec la main d’œuvre que l’on peut trouver sur place. Le point important dans cette partie de notre démarche, c’est que notre choix de valoriser nos gravats, de chercher des matériaux locaux, écologiques et accessibles – voire gratuits, comme la terre crue sortie des fondations – nous a permis de consacrer plus d’argent à rémunérer les artisans, et donc à stimuler l’économie locale, que les industriels qui vendent des matériaux. » Tout aussi important, l’ensemble du chantier de l’éco-centre Pierre & Terre apporte un démenti cinglant à tous ceux qui prétendent que l’éco-construction revient plus cher que les constructions conventionnelles. Et pourtant avec une qualité constructive et une valeur d’usage bien supérieures ! « Alors que nous sommes en normes ERP, qui sont des normes pour les bâtiments ouverts au public, plus coûteuses que pour les constructions privées, le coût total du bâtiment est de 1 200 euros par m2 », tandis que le prix moyen à la construction se situe plutôt autour de 1 500 euros.

Démontrer par l’exemple

L’éco-centre Pierre & Terre est une démonstration des savoir-faire, des possibilités et des ambitions que l’on peut développer dans le cadre de l’habitat écologique et local. L’association propose toute l’année des visites guidées à destination d’un large public (particuliers, écoles, collectifs, etc.) et a décidé d’en développer une version plus compacte et technique à destination des artisans du secteur, celle à laquelle nous nous sommes invités. L’idée est de démontrer par l’exemple la validité des principes qui ont présidé à l’édification du site. Artisan maçon, carreleur à la retraite, architecte... chacun est invité découvrir les principes de l’éco-construction – certains avec une belle pointe de scepticisme au départ. L’ensemble de la construction de l’éco-centre est documenté et partagé librement en ligne dans un passionnant livret. Mais rien ne vaut la visite sur place, la main qui court sur les revêtements, la sensation d’agréable fraicheur qui vous saisit quand on pénètre dans le bâtiment bioclimatique.

Découverte des matériaux, des enduits… Au fur et à mesure de la visite, les questions fusent : « Mais, des murs en paille ne peuvent pas être porteurs ? Comment est réparti le poids de la charpente ? Vingt-deux degrés toute l’année, sans chauffer ni climatiser, comment-est-ce possible ? Comment faites-vous pour produire plus d’électricité que vous n’en consommez ? Êtes-vous autonomes en eau ? » Les certitudes des « vieux de la vieille » se fissurent en découvrant la lagune, à l’arrière de bâtiment, qui ressemble à un petit bassin d’agrément. Et tout le monde de découvrir que les nouvelles lois très contraignantes sur l’assainissement non collectif ne s’appliquent pas pour les lieux équipés de toilettes sèches. En effet, la réduction de la consommation d’eau y est significative.

« Oui, mais bon, les toilettes sèches, c’est contraignant, ça sent, il faut vider le seau de sciure, c’est bien au fond du jardin… » : l’exposition sur les toilettes sèches modernes achève de convaincre les indécis. Il ne s’agit plus de tinettes ou de pots de chambre pas très ragoutants, mais de véritables sièges de toilettes modernes, esthétiques et surtout très efficaces. L’animatrice cite le cas d’une école primaire de la région qui a choisi l’expertise Pierre & Terre pour valider son projet d’équiper ses nouveaux bâtiments de toilettes sèches, à destination des enfants.

Toilettes sèches publiques à l’école de Saint-Germé (Gers) - Témoignage de la directrice d’école :

_
Non seulement les enfants n’ont aucune appréhension à utiliser cet équipement, mais très rapidement, tout le monde en apprécie les bénéfices. Les femmes de ménage ont constaté que les colonnes verticales se salissent moins et sont plus faciles à nettoyer que les conduits traditionnels. Mais surtout, en quatre ans d’utilisation, la direction de l’école a constaté une chute impressionnante du nombre de gastroentérites dans l’établissement. En l’absence de chasse d’eau, les microbes et bactéries anaérobies ne peuvent plus utiliser les gouttelettes en suspension pour se déplacer et les systèmes d’aspiration de l’air garantissent des locaux sans odeur et plus sains. Quant aux composteurs, ils n’ont pas encore eu besoin d’être vidangés.

Zone d’expérimentation permanente

Démonstration par l’exemple, accueil, sensibilisation, conseils, l’équipe de Pierre & Terre a déjà accompagné plus de 300 projets d’assainissement, 150 projets de bâtis. Plus de 40 collectivités, comme pour l’école de Saint-Germé, ont déjà fait appel à son expertise. Chaque année, entre 6 et 10 000 personnes sont sensibilisées par les quatre salariés permanents et par les stagiaires, qui viennent développer leurs compétences dans l’association avant de les disséminer ailleurs. Le centre dispose d’un partenariat avec la CAF, afin d’aider les ménages modestes à établir un écodiagnostic et d’initier des travaux d’amélioration de l’habitat, pour que tout cela ne reste pas réservé aux classes sociales les plus aisées.

L’écocentre Pierre & Terre est à la fois un écocentre à vocation pédagogique, une zone d’expérimentation permanente à travers son bâtiment et ses dépendances, mais aussi un centre culturel qui intègre depuis 2010 le petit théâtre Spirale et le festival Spirale à Histoires [1]. Cuisine, restaurant, douches, toilettes sèches permanentes, salles de spectacle : ils ont tout construit eux-mêmes, avec l’aide de l’association Pierre & Terre [2] « Un esprit sain dans un habitat sain » : Pierre & Terre pose les jalons d’un nouveau vivre-ensemble, plus respectueux de l’environnement, mais aussi de nous-mêmes.

Texte et photos : Agnès Maillard

En bref

Vidéos

  • Artisanat « Un métier n’est pas là pour vous emprisonner mais pour vous rendre libre »

    Voir la vidéo

Voir toutes les vidéos