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Turquie : « Nous nous élevons contre l’état d’urgence et toutes ses mesures antidémocratiques »

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Au prétexte de punir les auteurs du coup d’État avorté de mi-juillet, le pouvoir turc étouffe progressivement toute opposition et expression dissidente. Des milliers de fonctionnaires ont été licenciés, des centaines d’universitaires expulsés, des maires kurdes sont arrêtés, les médias fermés les uns après les autres, des journalistes emprisonnés. La maison d’édition turque Evrensel est aussi dans le collimateur du régime et a dû interrompre ses activités. L’éditeur en appelle à la solidarité : « Le travail d’un éditeur est de faire circuler les idées et les rêves. Nous voulons pouvoir faire notre travail sans subir l’oppression, les menaces et le danger. »

Nous ne cessons pas de publier !

Comme on le sait, une tentative de coup d’État a eu lieu en Turquie, le 15 juillet 2016. Dans la foulée, le 22 juillet, le président Recep Tayyip Erdoğan a instauré un état d’urgence qui confère au gouvernement le pouvoir de promulguer des décrets ayant force de loi. Le Premier ministre Binali Yıldırım assurait que ces décrets ne viseraient que les conspirateurs et qu’aucune autre partie ne serait l’objet de mesures anti-démocratiques. Pourtant, notre pays, dont la Constitution est de facto suspendue, est dirigé à coup de décrets d’urgence prononcés par la voix du président Erdoğan.

Au cours des quatre derniers mois, des dizaines de chaînes de télévision, de journaux, d’agences de presse et de maisons d’éditions ont été fermées. Des centaines de journalistes ont été placés en garde à vue et arrêtés : leurs cartes de presse ont été détruites, ils sont sous le coup d’interdictions de quitter le territoire. Des auteurs qui luttent pour la paix et pour la démocratie comme Aslı Erdoğan et Necmiye Alpay ont été jetés en prison. De ces prisons nous parviennent les échos de mauvais traitements et de torture. Ceci se produit en dehors de tout processus légal transparent, sans la moindre preuve tangible et sur la seule base d’allégations et d’accusations arbitraires de « collusions avec les conspirateurs et des organisations terroristes ».

Le dernier décret d’urgence en date a été promulgué le 29 octobre 2016, entraînant la fermeture de deux agences de presse, de dix journaux et de trois périodiques : le magazine artistique et culturel Evrensel Kültür, la revue de théorie politique Özgürlük Dünyası – tous deux vieux d’un quart de siècle –, et le magazine culturel bilingue kurde-turque Tîroj, fondé il y a 10 ans. Ces périodiques appartiennent au groupe de presse Doğa Basın Yayın qui abrite aussi notre activité éditoriale. Le 30 octobre 2016, des fonctionnaires du gouvernement accompagnés des forces de l’ordre et d’un véhicule blindé sont venus placer sous scellées les locaux de nos périodiques. Tous les comptes en banque et les avoirs du groupe ont été bloqués. En conséquence, l’activité de notre maison d’édition est de facto interrompue de façon arbitraire et illégale.

Fondées en 1988, les éditions Evrensel ont publié 700 ouvrages : fictions, essais et littérature jeunesse. Elles entretiennent des relations commerciales avec des éditeurs reconnus dans plusieurs pays. Elles se sont associées avec les principales organisations internationales de l’industrie du livre comme la Foire du livre de Francfort et la Foire du livre de jeunesse de Bologne. Aujourd’hui, toutes nos activités sont menacées.

Nous nous élevons contre l’état d’urgence et toutes ses mesures antidémocratiques. Nous voulons que soient reconnues notre liberté de pensée et d’expression. Le travail d’un éditeur est de faire circuler les idées et les rêves ; nous voulons pouvoir faire notre travail sans subir l’oppression, les menaces et le danger. Et en dépit de l’oppression, nous déclarons : Nous sommes toujours une maison d’éditions ; nous ne cessons pas le travail ! Nous faisons appel à la solidarité !

La maison d’éditions Evrensel

Traduction de l’appel par les éditions Le passager clandestin

- A lire : le dossier du portail des médias libres sur la répression en Turquie

Image : CC Nurettin Mert Aydin/Flickr

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