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Scénario négaWatt

Transition énergétique : qu’en pensent les politiques ?

par , Nolwenn Weiler, Sophie Chapelle

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Les partis politiques sont-ils d’accord avec le scénario négaWatt, qui propose économies d’énergie à grande échelle, développement des énergies renouvelables et sortie du nucléaire en 2033 ? Comment réaliser la transition énergétique ? Faut-il renationaliser EDF, Areva et Total ? Mettre en place une tarification sociale de l’énergie ? Quelles sont les échéances possibles pour cette transition ? Du NPA à l’UMP, Basta ! leur a posé la question.

Photo : Source

À gauche, les grandes lignes de la transition énergétique esquissée par le scénario négaWatt font l’unanimité. Chose rare quand on commence à aborder les propositions alternatives ! Au PS, Laurence Rossignol (proche de Martine Aubry, en charge de l’environnement) le qualifie de « travail extrêmement sérieux ». Idem du côté des soutiens de François Hollande : « Une étude solide, sur laquelle nous saurons nous appuyer afin de mettre en œuvre une politique énergétique cohérente et volontariste », commente Aurélie Filippetti, en charge des questions énergétiques.

Le Parti de gauche (PG) le juge « tout à fait compatible » avec la planification écologique prônée par Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche. Le NPA le considère comme « un excellent point d’appui » pour aller au-delà. Yannick Jadot, député européen d’Europe écologie-Les Verts (EELV) et porte-parole d’Eva Joly en pense « beaucoup de bien ». Les élus locaux d’EELV y sont aussi très réceptifs. En Midi-Pyrénées, les conseillers régionaux écolos plaident « pour une déclinaison régionale du scénario négaWatt », pendant que ceux d’Aquitaine proposent leur région comme « territoire test ».

Un scénario qui « donne envie » ?

Faire des économies d’énergie à grande échelle, développer les énergies renouvelables et sortir du nucléaire font donc consensus. Reste à définir les modalités pour y arriver, et combler quelques lacunes. « Ce qui me gêne, c’est l’absence de dimension européenne », relève Yannick Jadot. « Si l’on envisage une sortie du nucléaire sur vingt ans, et un système énergétique basé à 90 % sur le renouvelable, nous avons besoin d’une dimension européenne, y compris pour gérer la variabilité des énergies renouvelables, en développant par exemple les éoliennes en mer du Nord, et l’énergie solaire au sud de l’Europe. »

Au MoDem, on trouve le scénario sympa. « Les perspectives énoncées donnent évidemment envie. Qui pourrait être opposé à ce que l’on ait quasiment 100 % de nos énergies qui soient d’origine renouvelable et à ce que l’on se passe totalement, à terme, du nucléaire ? », commente Yann Wehrling, porte-parole du mouvement de François Bayrou, tout en s’interrogeant sur « la faisabilité de toutes ces choses ». L’UMP est au contraire très loin de partager les ambitions de négaWatt. Le secrétaire nationale « à la croissance verte » du parti présidentiel, Éric Diard, n’a pu répondre à nos questions compte tenu « du délai trop court » de l’article (6 jours après la sortie du scénario). Pas très compétitif comme réactivité pour un promoteur de la croissance !

Éric Besson, ministre de l’Énergie, avait cependant donné le ton en annonçant le 6 septembre la création d’une commission d’experts pour plancher « sur plusieurs scénarios énergétiques à horizon 2050 ». Une commission composée d’ancien membres de la direction d’EDF, de GDF et d’Areva, et dont le président, l’universitaire Jacques Percebois, estime que « le nucléaire est une énergie indispensable ». Un commission dont, bien évidemment, l’association négaWatt est absente. Pour l’instant, seul l’objectif affiché lors du Grenelle de l’environnement – 23 % d’énergies renouvelables d’ici 2020 – demeure valable. On en est encore très loin : un peu plus de 8 % de la production d’énergie primaire est renouvelable, grâce notamment à la biomasse et à l’hydraulique.

Du côté du FN, on ne semble pas très concerné par ces enjeux. Le réchauffement climatique, la poursuite ou non du nucléaire, la perspective de nouvelles filières industrielles et de création d’emplois pour les énergies renouvelables, ou la baisse de la facture énergétique des ménages, ne seraient-ils que des broutilles ? Nous ne le saurons pas : Louis Aliot (le compagnon de Marine Le Pen), « à même de répondre sur cette thématique », reste injoignable.

Qui veut rester dépendant du nucléaire ?

NégaWatt propose la sortie définitive du nucléaire en 2033, au rythme de fin de vie des réacteurs, dont l’activité ne saurait être prolongée au-delà de 40 ans. « Nous sommes sur la même durée : fermeture du dernier réacteur en 2032. Mais avec un rythme différent, sans prolongation de centrales au-delà de 30 ans », explique Corinne Morel-Darleux, membre de la direction du Parti de gauche. Sur ces délais, le PS est divisé. « Concernant la sortie du nucléaire, il n’est pas certain que nous puissions la réaliser aussi rapidement que le souhaite négaWatt. La durée de vie d’une centrale ne doit pas être le critère décidant de sa prolongation ou non », estime Aurélie Filippetti, qui laisse ouverte la possibilité de faire fonctionner un réacteur au-delà de 40 ans. Une option inconcevable pour le NPA : « Allonger la durée de vie des centrales, c’est augmenter le risque nucléaire », assène Damien Joliton, animateur de la commission écologie, également dubitatif sur « l’incapacité de sortir du nucléaire avant vingt ans ».

Dans l’entourage de Martine Aubry, on se réjouit de savoir la sortie « techniquement possible », mais on s’interroge sur les coûts : « Ce qui manque dans ce scénario, c’est le volet économique : y a-t-il ou non un surcoût à la sortie du nucléaire ? Et si oui, dans quelle fourchette se situe-t-il ? », pointe Laurence Rossignol. La secrétaire nationale à l’environnement juge « totalement manipulateurs » les chiffres avancés récemment par Le Figaro (750 milliards d’euros [1]). Benjamin Dessus, cofondateur de l’association Global Chance, et coauteur d’une étude économique sur la filière nucléaire, remise à l’époque du gouvernement Jospin, estime à 410 milliards la sortie et à 470 milliards la poursuite du programme nucléaire.

Une tarification sociale et progressive de l’énergie ?

À l’UMP, pas question de remettre en cause la fission pour produire de l’électricité. « C’est un mensonge que de dire que les énergies renouvelables pourront remplacer à elles seules l’ensemble de la production nucléaire », proclame le site de l’UMP. Et tous ceux qui voudraient en sortir « sont prêts à ruiner la France ! ». Le parti présidentiel oublie que la perspective de sortie du nucléaire envisagée par le scénario négaWatt repose aussi sur un vaste plan d’économie d’énergie. « Ce scénario reste timide sur la partie remise en cause des consommations énergétiques. Il ne pose pas concrètement la question des consommations ou des productions socialement inutiles », regrette cependant Damien Joliton (NPA). « Quid de la remise en cause de la publicité, de l’industrie de l’armement ou des productions de pesticides, par exemple ? »

Comment mettre en œuvre ces économies d’énergie de manière socialement acceptable ? Corinne Morel-Darleux (PG) craint que de nouvelles mesures, de type taxe carbone ou bonus-malus « ne désavantagent les gens qui n’ont pas le choix ». Comme les habitants des zones rurales, peu couvertes par les transports collectifs, obligées de recourir à la voiture. « Il faut donner à chacun la possibilité de changer son comportement individuel. » Au MoDem, ces outils réglementaires et fiscaux « restent à inventer ».

Renationaliser EDF, GDF-Suez, Areva et Total ?

À gauche, chacun s’accorde sur la création de fonds publics, ainsi que la mise en place d’une tarification sociale et progressive de l’énergie. D’un « livret d’épargne vert » (EELV) au « fonds national de l’efficacité énergétique » (PS), abondé en partie par « une taxe sur les superprofits des groupes pétroliers, sur l’uranium ou les déchets nucléaires », tous tentent de répondre au principal défi lancé par négaWatt : la rénovation et la meilleure isolation de 750 000 logements par an. « Ce n’est pas aux populations et aux ménages de gérer le financement, sinon cela revient à accepter qu’il ne se passe rien, ou à les mettre en difficulté financièrement », prévient Damien Joliton, du NPA.

Mais le possible gros sujet de discorde demeure l’avenir des principaux opérateurs français de l’énergie – EDF, GDF-Suez, Areva et Total –, dont les profits seront sérieusement menacés par une telle politique. Front de gauche et NPA proposent de régler le problème en renationalisant ces entreprises. « Nous ne pouvons pas attendre d’entreprises privées qui évoluent dans un système capitaliste de réduire leur vente, ce n’est pas leur objectif. Si nous voulons mener cette ambitieuse transition énergétique, nous avons besoin de reprendre les rênes », argumente Corinne Morel-Darleux (PG). Au PS ou du côté des écologistes, on se veut plus nuancé. « L’électricité, bien de première nécessité, non stockable, stratégique au plan économique et pour la vie des ménages, ne peut être livré aux seules règles de la concurrence. Il n’y aura pas d’autre choix pour la gauche que de revenir sur le processus de libéralisation, d’engager le contrôle démocratique et l’européanisation des choix politiques dans ce domaine », explique Aurélie Filippetti (PS).

Centralisation, régies locales ou multiples coopératives énergétiques ?

Si le sort d’EDF semble faire consensus, qu’en est-il de l’avenir des salariés actuels du secteur ? Ceux-ci risquent de percevoir ces grands bouleversements comme la destruction programmée de leur emploi. « On ne transforme pas du jour au lendemain un technicien du nucléaire en poseur de laine de verre », fait valoir Damien Joliton. Le Front de gauche souhaite travailler sur ce sujet avec la CGT Mines-énergie et SUD énergie. Mais, même en cas de sortie du nucléaire, les emplois d’Areva ne seront pas menacés : il faudra des décennies pour gérer les démantèlements, et des siècles pour s’occuper des déchets. Quant à Total, « si le groupe met tous ses moyens sur les énergies renouvelables, plutôt que pour aller pomper la dernière goutte de pétrole dans les sables bitumineux ou en Arctique, il arrivera à trouver une place dans le dispositif », suggère Yannick Jadot (EELV). Voilà Christophe de Margerie, son PDG, et ses actionnaires prévenus.

Reste que même les partisans les plus fervents de la renationalisation d’EDF estiment que c’est une condition nécessaire mais pas suffisante. « Les déchets nucléaires publics restent radioactifs ! », rappelle Corinne Morel-Darleux. Et pas question « de revenir à une EDF à l’ancienne, bureaucratique, qui échappe à tout contrôle démocratique », ajoute Damien Joliton. Un « pôle public de l’énergie » devra donc être forcément décentralisé. Pour Yannick Jadot, même si EDF assure la mise en place du service public de l’énergie et de la tarification sociale, la production énergétique doit être en partie assurée « par de petites unités, liées à la commune et aux territoires », à l’image de la coopérative Enercoop. « Une multiplication et une mise en concurrence de coopératives énergétiques », que craint Damien Joliton, du NPA, qui préfère « une gestion presque fédéraliste » à partir de « la constitution de régies locales avec des politiques nationales qui garantissent la péréquation tarifaire ». Quoi qu’il en soit, bien du chemin reste à accomplir et bien des combats devront être menés pour en arriver à ces choix.

Ivan du Roy, Sophie Chapelle, Nolwenn Weiler

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