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Soutien à Jeudi Noir, expulsé de la Place des Vosges

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Les membres du collectif Jeudi Noir ont été délogés samedi de l’hôtel de la Place des Vosges qu’ils occupaient depuis un an. Malgré la reconnaissance de « la légitimité de la démarche du collectif », la Cour d’appel de Paris a ordonné l’expulsion sans délais, avec le versement d’indemnités d’environ 80.000 euros. Jeudi Noir appelle à se mobiliser contre cette décision absurde, qui jette 33 jeunes précaires à la rue, alors que l’immeuble est inoccupé depuis 1966.

Communiqué de presse de Jeudi-Noir (25 octobre 2010) :

« Jusqu’à présent c’était un rêve », expliquait samedi matin un récent habitant de « La Marquise » à une journaliste. Mais à 7 heures du matin, samedi 23 octobre, l’Etat a mobilisé les grands moyens pour y mettre un terme et exécuter le jugement sans pitié prononcé par la cour d’appel moins de 24 heures plus tôt. Béliers et gaz lacrymos étaient de rigueur pour enfoncer les portes de la place des Vosges, déloger ses habitants et s’assurer qu’un immeuble somptueux, vide depuis 1966, le reste encore quelques années de plus. « Le temps que les pigeons reprennent possession des salles aux poutres peintes et planchers Versailles » ironise Nicolas du collectif Jeudi-Noir.

Depuis près d’un an, le collectif Jeudi Noir s’était saisi de cet incroyable scandale immobilier en plein cœur de Paris, symbole de l’incurie des pouvoirs publics et du cynisme de quelques rentiers, pour loger 33 jeunes précaires et attirer l’attention de l’opinion sur le mal-logement. A l’endroit où est née la Marquise de Sévigné, c’est tout un quartier qui s’était réveillé, c’est un groupe militant qui avait animé quantité d’animation culturelles, de débats politiques et autres visites touristiques ou distributions de paniers de fruits et légumes AMAP, avec le soutien d’une improbable coalition allant de la mairie de Paris au conseil régional, du NPA au député UMP Etienne Pinte, en passant par le PG, Europe Ecologie, le Modem, le PS et tant d’autres militants de la Fondation Abbé Pierre, du DAL, de Sud ou d’ailleurs.

Jusqu’au gaz lacrymogène des policiers au matin du samedi 23 octobre s’inventait ici l’espoir d’une vie différente. Mais la rentière millionnaire a gagné : les étudiants et travailleurs pauvres qui avaient élu domicile dans ce bâtiment qu’elle avait abandonné sont à la rue. A la place, deux vigiles et deux chiens policiers tournent en rond dans le bâtiment vide. Quel meilleur symbole que ce triste spectacle pour ce quinquennat sans âme ? « Quel signal plus clair ce gouvernement peut-il envoyer à la jeunesse pour signifier le bizutage social que notre société lui réserve et impose ?  » rajoute Julien de Jeudi-Noir.

« Au-delà du cas concret des 35 personnes qui avaient trouvé un toit et un peu de répit place des Vosges, c’est bien toute la crise du logement que ce bâtiment abandonné puis réquisitionné puis expulsé représente  » résume Margaux. « Et la réponse brutale du gouvernement, l’expulsion, ne règle en rien la crise du logement  ».

Depuis 1998, les prix à l’achat ont triplé à Paris et en moyenne en France, les loyers ont augmenté de 50%. Les taux d’effort (la part du revenu consacré au loyer) ont explosé dépassant souvent les 50% et les expulsions pour impayés ont malheureusement suivi.

D’après la Fondation Abbé Pierre, ce sont 10 millions de personnes qui sont touchées de près ou de loin par la crise du logement, du SDF aux ménages surendettés pour avoir cédé au mirage du « tous propriétaires ».

Les jeunes actifs sont au premier rang de la crise du logement, victimes en particulier d’un chômage massif. « Et quand on a la chance d’avoir un emploi, comment justifier de 3 fiches de paie en CDI quand 70% des contrats « offerts » aux moins de 30 ans se font en CDD ? » demande Ophélie. Plus globalement, « ce gouvernement continue de baisser les aides à la construction de logement sociaux pour privilégier l’orientation idéologique, inflationniste et donc néfaste de l’accession à la propriété » conclut Lionel.

Place des Vosges, les toiles d’araignée, les fientes de pigeon et le droit de ne rien faire de sa propriété ont vaincu les mal-logés. Les étudiants qui repartent dormir dans la cuisine des amis ou le canapé-lit du salon de vagues connaissances ont perdu. Sur les 35 habitants, tous ont été hébergées via la solidarité spontanée (amis, famille quand il y en a, propositions d’hébergements de soutiens) mais ces solutions ne sont pas viables. La situation est en particulier intenable pour 10 des anciens habitants qui d’ici mardi se retrouveront à la rue, à quelques jours de la trêve hivernale. Témoignage (poignant) de Mamadou ici ou d’Adeline ici, et réactions et soutiens ici.

Le courageux gouvernement a montré ses muscles et voudrait nous voir baisser la tête. Mais Jeudi Noir continue son combat, lancera d’autres actions et réquisitions, et appelle chacun à faire de même de son côté. Nous avons perdu une bataille mais la crise du logement est une guerre que nous n’avons pas le droit de perdre. « Ce ne sont pas les adresses de bâtiment vides qui manquent, 10% des logements sont vides à Paris d’après l’INSEE, et c’est sans compter les bureaux » explique Raphaël de Jeudi-Noir, ex-habitant.

Jeudi Noir demande dans l’immédiat :

- L’abandon des saisies bancaires, alors que les jeunes expulsés « doivent » encore plus de 100 000 euros à Béatrice Cottin, faisant peser le risque d’une dette insoutenable au moment de leur entrée dans la vie active.

- La récupération de l’intégralité des affaires des habitants.

- Le relogement décent des habitants à la rue par la mairie de Paris et la préfecture.

- Un rendez-vous auprès du secrétaire d’Etat au Logement Benoist Apparu pour proposer des politiques publiques dignes de ce nom pour que les jeunes de ce pays puissent mettre un toit sur leur tête sans être traînés en justice comme des criminels.

« Pour pouvoir rêver il faut savoir où dormir » résume Manuel de Jeudi-Noir

Prochains rendez-vous :

- Lundi 25 octobre : Rassemblement place des Vosges à 18 h. Devant le 11 bis, rue de Birague.

- Mardi 26 octobre : 18h - 20h : Point relais de l’AMAP de la Marquise devant le bâtiment.

- Jeudi 28 octobre : point fixe de Jeudi noir sur le parcours de la manifestation syndicale.

Le site de Jeudi Noir

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