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Sortir du cauchemar français, par Romain Goupil

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J’ai entrevu à la télévision un maire français en costume barré d’une écharpe tricolore froissée, lèvres pincées, visage émacié, débitant d’une voix nasillarde à un réfugié syrien interloqué : « Monsieur, vous n’êtes pas le bienvenu ici… »

J’ai lu l’interview d’un écrivain, penseur, professeur d’une « université populaire » nous expliquant comment faire le tri d’une manière savante entre les damnés de la terre, en appliquant la préférence nationale contre les migrants.

J’ai vu le succès délirant d’un ouvrage qui est le parfait manuel de liquidation des principes et des droits conquis depuis 1789, nommé Le Suicide français (Eric Zemmour, Albin Michel, 2014). C’est en réalité un meurtre à l’encontre de l’idée de la Liberté.

(...)

Ô mon frère giflé par un policier grec, Ô mon ami jeté à terre par les croche-pieds d’une cameraman hongroise, Ô toi électrocuté sous les caténaires de l’Eurostar, Ô compagnons morts congelés entre les cylindres d’acier d’un train d’atterrissage, Ô camarades broyés entre les essieux d’un semi-remorque à Calais, Ô âmes noyées, étouffées dans les fonds de cale, accrochées aux filets de la pêche au thon, naufragées, échouées dans votre Méditerranée, Ô vous happés par les trains, écrasés par les conteneurs.

Nous vous devons à chacun une minute de silence. Vous êtes 31 000 depuis dix ans à être morts d’espérance. Mais eux bavassent encore sur « l’appel d’air », alors que 71 d’entre vous sont morts asphyxiés dans un camion de 14 m². Ils continuent de parler de « fuite d’eau » devant le corps du petit Aylan.

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