Un média indépendant en accès libre, sans publicité, animé par sept journalistes, a besoin du soutien de ses lectrices et lecteurs. Faites un don à Basta ! En passant par J’aime l’info, un don de 50 euros ne vous coûte que 17 euros.

Avancement de la campagne : 23027 € sur 100000 € !

23.03%

À lire sur Fakir

Regarde les salariés tomber

  • Ajouter
  • Imprimer
  • Partager sur Delicious
  • Partager sur Google+

Le 23 juillet 2009, à Amiens, Mireille Dimpre, cadre à Sup de Co, se jette par la fenêtre de son bureau. Elle a 49 ans. Fin janvier 2012, en une étrange procession devant le tribunal correctionnel, ses collègues défilent comme plaignants. Et ses chefs, comme accusés.

À la barre du tribunal, Elisabeth Lemaire se tient sur ses talons hauts, enveloppée dans une veste noire et un pantalon à l’ourlet strict. Elle gueule du silence. Elle a perdu sa voix, et vingt-quatre kilos, cette jeune mère de famille, à la suite de l’« affaire Sup de Co ». C’est toute la salle d’audience qui tend l’oreille pour entendre ce qu’elle a subi, pour retenir le nombre infini de gentillesses que ses supérieurs hiérarchiques lui ont balancées pendant des années.
« Votre fatigue, c’est un problème d’organisation. »
« Il faut savoir travailler pour le plaisir et non pour l’argent. »
« Personne n’est indispensable. »
« Vous êtes déjà fatiguée à 30 ans. »

Ils sont là, tous les quatre, à quelques mètres d’elle. Elle les montre du doigt. Accusés de harcèlement moral, ils encourent des peines symboliques – mais le symbole, déjà, est fort : les voilà accusés. Les voilà qui répondent aux questions de la justice. Face à leurs sept victimes. Face à un tribunal correctionnel. Face aux juges. Comme des voyous, ces notables locaux, responsables de l’école supérieure de commerce d’Amiens.

« Je veux la vérité. »
Elle murmure encore, Elisabeth.
« Le midi, Georges Pouzot se plaignait que je mettais trop de temps pour manger, alors que je prenais juste un sandwich, ou que je ne mangeais pas du tout. Le matin, j’arrivais dans les premiers, à 7 h 30. Le soir, je partais souvent la dernière, vers 21 heures. Je faisais je ne sais combien d’heures supplémentaires sans qu’elles soient comptées. Et j’avais un PC portable pour continuer le travail chez moi... »
Elle ramasse ce qu’il lui reste de cordes vocales. Et se souvient d’une réunion, survenue deux mois avant que Mireille Dimpre, responsable des comportements professionnels à Sup de Co, ne se jette par la fenêtre de son bureau.

Lire l'article

Vidéos

  • Artisanat « Un métier n’est pas là pour vous emprisonner mais pour vous rendre libre »

    Voir la vidéo

Voir toutes les vidéos