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Santé

Quand l’expertise citoyenne révèle l’inefficacité des médicaments anti-Alzheimer

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Quatre médicaments anti-Alzheimer viennent de voir leur efficacité revue à la baisse par la Haute Autorité de santé. Cette réévaluation est liée au travail d’alerte mené par le collectif Formindep, qui a révélé les conflits d’intérêts entre l’autorité sanitaire et les firmes commercialisant ces médicaments. En l’absence de traitement curatif efficace et de véritable politique de prévention, la vigilance de ces associations lanceuses d’alerte est primordiale pour éviter de nouveaux risques sanitaires.

Photo : source

C’est l’un des effets collatéraux de la crise sanitaire provoquée en France par le Mediator. Vivement critiquées pour la proximité de quelques-uns de leurs experts avec le laboratoire Servier, les autorités sanitaires réévaluent certains médicaments. La Commission de transparence, en charge de l’évaluation des médicaments au sein de la Haute Autorité de santé (HAS), a rendu ses conclusions le 27 octobre sur les quatre médicaments anti-Alzheimer commercialisés en France [1] : ils présentent un intérêt thérapeutique « faible », alors qu’il était qualifié d’« important » jusqu’à présent.

La commission pointe notamment des effets « au mieux modestes », un risque de survenue d’effets indésirables (troubles digestifs, cardiovasculaires et neuropsychiatriques notamment) et un risque accru d’interactions médicamenteuses. À l’inefficacité s’ajouterait donc la dangerosité. La commission recommande de limiter la prescription à un an, avec une réévaluation à 6 mois. Le renouvellement au-delà d’un an devra être décidé en réunion de concertation pluridisciplinaire : le patient, si son état le permet, l’aidant, le médecin traitant, le gériatre et le neurologue ou le psychiatre.

Une réévaluation, fruit de l’expertise citoyenne

Cette réévaluation est liée au travail d’alerte mené par le collectif Formindep, composé des professionnels de santé et de patients. En mars 2009, ce collectif interpelle la HAS à propos notamment de sa recommandation sur la maladie d’Alzheimer de mars 2008, et saisit le Conseil d’État, en demandant l’annulation de cette recommandation pour « violation du principe d’impartialité ». Formindep dénonce « une recommandation sous influences commerciales non maîtrisées », en pointant les liens d’intérêts de cinq membres de la HAS avec les firmes commercialisant des produits de santé concernés par la recommandation. Avec de telles connivences, pas étonnant pour le Formindep que la prescription de médicaments anti-Alzheimer, à l’efficacité contestée, soit « jusqu’à six fois plus importante en France que dans d’autres pays ».

Il faut attendre mai 2011 pour que le président de la HAS annonce finalement le retrait de cette recommandation ainsi que le réexamen de l’ensemble des recommandations professionnelles de la HAS depuis 2005. Dans les conclusions de cette réévaluation, publiées le 27 octobre, la HAS insiste sur l’absence de liens d’intérêts des membres de la commission et des quatre experts recrutés avec l’une des firmes concernées. Le souci de transparence est poussé à son paroxysme : l’ensemble des débats et des votes ont été filmés, et les enregistrements vidéo sont désormais consultables sur le site de la HAS.

Réactions mitigées

Cette dégradation du « service médical rendu » par les médicaments anti-Alzheimer à « faible » intérêt ne change rien en termes de remboursement pour les patients en affection longue durée (environ 300 000 personnes), qui demeurent pris en charge à 100 %. Pour les autres patients, les médicaments pourraient n’être remboursés qu’à hauteur de 15 % contre 65 % auparavant, selon l’association France Alzheimer. Pour cette dernière, cette décision est « fortement préjudiciable » aux personnes malades et « complique, plus que jamais, l’entrée dans le système de soins structuré par la prise en charge médicamenteuse ».

Côté médecins, les réactions sont mitigées. Les médicaments, même inefficaces, restent un moyen de rassurer le patient et permettent de construire un cadre de prise en charge du patient, au moment de l’annonce de la maladie. La Fédération nationale des centres mémoire de ressources et de recherche, l’Association des neurologues libéraux de langue française et la Fédération française des associations de médecins coordonnateurs en Ehpad (établissement d’hébergement) ont récemment écrit à la HAS. Elles regrettent que la HAS ne tienne pas compte des résultats d’une étude montrant que des patients traités pendant six mois déclinent à l’arrêt des médicaments et que la reprise du traitement ne permet pas de retrouver le niveau d’avant. Les études sur le sujet sont multiples mais aussi contradictoires. En cause, « les conflits d’intérêt [qui] constituent maintenant un risque démontré d’information et de formation médicales biaisées », souligne le Formindep.

Quid des politiques de prévention ?

Première source de dépendance, la maladie d’Alzheimer touche plus de 800 000 personnes en France. La HAS rappelle que « la prise en charge de cette maladie ne doit pas se limiter à une prescription médicamenteuse mais doit être globale ». L’association France Alzheimer s’investit, par exemple, dans les ateliers d’art thérapie, les jardins thérapeutiques ou la musicothérapie, qui permettent d’améliorer la qualité de vie des malades. En attendant un traitement curatif efficace.

La vigilance de Formindep a permis de mettre au jour des conflits d’intérêts qui entachaient l’évaluation des médicaments anti-Alzheimer. Leur réévaluation – « indemne de tout lien d’intérêt » – conduit aujourd’hui à chercher d’autres alternatives. Et montre le besoin de mener une véritable politique de prévention, quasiment inexistante à ce jour.

Sophie Chapelle

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